Le hackathon de la matrice patrimoine : trois jours de sprint créatif !

Après trois jours intenses de sprint créatif, les étudiants de la matrice patrimoine se sont répartis en six équipes. / © Antoine Marquet
Après trois jours intenses de sprint créatif, les étudiants de la matrice patrimoine se sont répartis en six équipes. / © Antoine Marquet

Après une phase d’immersion, les étudiants composant la matrice patrimoine se retrouvaient à Paris, dans les locaux de l’Ecole 42 pour trois jours de sprint créatif. Durant ce hackathon, six équipes ont vu le jour… Retour.
 

Par Antoine Marquet

Aux portes de Clichy trône l’Ecole 42. Fondée par Xavier Niel, l’école forme de futurs codeurs et développeurs informatiques. C’est entre ses murs que le hackathon de la matrice patrimoine a eu lieu pendant trois jours, du 16 au 18 janvier dernier.

Le mois de décembre a été rythmé par une phase d’immersion. Les matriciens ont ainsi pu visiter les lieux les plus touristiques et de la région Bourgogne : Abbaye de Fontenay, Château du Clos de Vougeot, Abbaye de Citeaux, Hospices de Beaune. L’immersion s’est aussi faite dans des sites culturels et touristiques de la région parisienne profitant déjà des nouvelles technologies pour améliorer leurs expériences touristiques. De quoi nourrir l’imagination des étudiants…
La commande est de taille il faut le dire. Pas facile de faire parler des pierres vieilles de 900 ans.
Une fois leurs carnets de notes bien noircis et des idées plein la tête, il fallait faire le tri au moment du hackathon.

Dernières répétitions


La salle est immense. De grandes baies vitrées laissent passer la lumière et soulignent des visages marqués, fatigués, angoissés. Le dernier jour, certains n’ont pas pu sortir de leur lit. Mais malgré le retard, la motivation est toujours là. Il ne reste que quelques heures aux étudiants pour peaufiner leurs projets. Les équipes sont déjà constituées, ou presque. Les affinités de chacun, les compétences d’autres ont permis de créer des groupes de travail plus ou moins équilibrés. Et cet équilibre est difficile à trouver quand une équipe se crée par défaut... Mais à la fin de la journée, à la fin du hackathon, toutes les équipes sont satisfaites et déterminées à proposer le meilleur projet. Et puis les matriciens l’ont répété trois jours durant : rien n’est figé. Tout peut encore bouger : équipes comme projets.
 
Nouvelle décoration murale à l'École 42 : les affiches d'idées des différentes équipes ! / © Antoine Marquet
Nouvelle décoration murale à l'École 42 : les affiches d'idées des différentes équipes ! / © Antoine Marquet

Les murs sont couverts d’affiches, de cartons, tous gribouillés. Les notes trainent sur les tables, entre les marqueurs et les verres de café. Les idées fusent et s’élèvent dans la salle. Elles se concrétisent même. Mais l’ambiance n’est pas seulement studieuse. Elle est aussi bon-enfant. Même si les équipes ne travaillent pas sur les mêmes problématiques, l’entraide est de rigueur. Certains se déplacent pour prendre des nouvelles de leurs collègues (et non pas concurrents), s’essaient aux projets. Les pizzas arrivent à l’heure du déjeuner et les équipes n’existent plus. Seulement Matrice.

En début d’après-midi, les entraînements pour le jury final démarrent. Dans les vraies conditions. Cinq minutes pour présenter à d’anciens matriciens leur équipe, leur problématique et leur solution. Un groupe part et cinq autres restent les yeux rivés sur la porte d’entrée, impatients de savoir « comment ça s’est passé ? »
Dernières modifications aux diaporamas, dernières corrections dans les textes de présentation et le jury final s’installe, prêt à écouter toutes les propositions des matriciens. Et c’est un jury d’exception qui se prépare :
  • Laurent Stefanini, Ambassadeur de France auprès de l'UNESCO
  • Donald Chevignard,  Confrérie des Chevaliers du Tastevin
  • Muriel Mayette, membre de l'Académie des Beaux-Arts
  • Ewrard de Montgolfier, propriétaire de l’Abbaye De Fontenay
  • Grégory Salinger, Chief Digital Officer APAX
  • Arnaud Orsel, intendant général de la Confrérie des Chevaliers du Tastevin
  • Vincent Barbier, Grand Maître de la Confrérie des Chevaliers du Tastevin
  • Laurence Houlle, Directrice Marketing/Communication Editions Glenat
  • Patrick Molinoz, vice-président conseil Bourgogne-Franche-Comté e
  • Nicolas Laugero, directeur de l’ICART, President Fondateur d'Artistik Rezo
  • Geoffroy Tremblin, CTO Feelae
  • Gérard Margeon, Chef sommelier du groupe Alain Ducasse
  • Bruno Cartron, Confrérie des chevaliers du Tastevin
  • Laure Pressac, Directrice du centre des monuments ntionaux (CMN)
Le jury final a assisté à la présentation des six équipes de travail de la matrice patrimoine et numérique. / © Matrice patrimoine
Le jury final a assisté à la présentation des six équipes de travail de la matrice patrimoine et numérique. / © Matrice patrimoine

Les présentations faites, les matriciens prennent place dans l’amphithéâtre, prêts pour l’ultime présentation. Matrice numérique oblige, tous les membres du jury sont équipés d’une tablette avec laquelle ils vont pouvoir non pas évaluer, mais donner un avis sur la pertinence et la force des propositions de chaque équipe.

Six équipes devant le jury


VISITCH est la première équipe à se jeter dans la gueule du loup. Benjamin (Université Paris-Est Marne-la-Vallée), Hector (Ecole 42), Jeanne (médiation culturelle) et Hortense (ICART) se sont rendus compte pendant leur immersion en Bourgogne que les visites guidées fonctionnaient très bien. Ce que VISITCH souhaite améliorer, c’est la visite libre. Leur objectif ? Raconter 900 ans d’histoire en mettant en valeur « l’âme des lieux » de manière didactique, ludique et intuitive.
Pour ce faire, ils vont installer des capteurs à différents points clés des sites touristiques qui s’activeront lorsque les visiteurs pénétreront dans le secteur. Les capteurs déclencheront des animations sonores ou lumineuses. Des conversations fictionnelles, réalisées par comédiens pourraient aussi se déclencher. A Fontenay, la forge qui ne peut être animée pourrait par exemple prendre vie grâce au mapping, une technique de projections lumineuses.
 

Thibaud (Université Paris-Est Marne-la-Vallée), Adelaïde (ICART) et Sauvanne (Paris 3) forment HOMI. « Comment améliorer l’implication des locaux dans l’expérience touristique » est leur question conductrice. Ils savent que les Bourguignons sont très attachés à leur terre et souhaitent partager son histoire avec des touristes. Alors, grâce à une application mobile ou un site internet, les touristes pourront s’inscrire et entrer en contact avec des locaux. Ces derniers leur promettront une visite totalement personnalisée autour d’une rencontre et d’un échange.
 


ART-IS.T, c’est la rencontre d’Hector (Sorbonne nouvelle), Corino (EM Lyon Business School/42) et Audran (42). Tous trois se disent que les sites touristiques ne savent pas vraiment qui sont leurs visiteurs. Quelles attentes ont-ils ? Quelle expérience vivent-ils à l’intérieur des lieux ? Leur solution consiste à installer un système d’intelligence artificielle capable d’identifier les personnes, leur sexe, leur âge, leurs émotions, leurs démarches, en temps réel grâce à une caméra. Ils promettent que les données ne seront pas collectées puisque ce qui les intéressent ce n’est pas l’identité des visiteurs, mais bien leur expérience au sein des sites.
 


ETINCELLE est la quatrième équipe à présenter son projet. Nathan, Juliette et Isabelle proviennent tous de l’ICART. Tous les trois se sont penchés sur une problématique de séjours courts toujours proposés par la région Bourgogne. Sur le site internet, on ne peut lire que des propositions de week-ends. La théorie d’Etincelle, c’est que l’oenotourisme masque complètement les autres aspects touristiques de la région. Le groupe propose une structure d’accompagnement de résidences d’artistes de tous horizons dans des sites culturels, sur des scènes culturelles et alternatives. Nathan, Juliette et Isabelle proposent aussi un carnet de voyage sous la forme d’une web app (un site internet ergonomique et s’adaptant à un téléphone portable, pas besoin de télécharger d’application). Ce carnet de voyage permettrait aux touristes de partager leurs expériences et souvenirs en Bourgogne sous forme de vidéos, photos, podcasts.
 



Vous connaissiez certainement l’escape game… mais l’inscape game ? C’est ce que propose le groupe IN’SITE. Alexis (42), Caroline (ICART), Maud (uB) et Emma (uB) souhaitent mettre en place un jeu pour permettre aux touristes de rentrer à l’intérieur du site touristique. Tous les quatre se sont demandés comment ils pourraient adapter la médiation à un public familial. Grâce à une application mobile téléchargeable sur un seul téléphone, une famille va pouvoir jouer ensemble et résoudre des énigmes pour pouvoir rentrer à l’intérieur de Fontenay par exemple et visiter le lieu. Un moine bloque l’entrée… jusqu’à ce que l’énigme soit résolue. Les énigmes sont modulables et adaptables selon les âges et les saisons.
 


Enfin, la dernière équipe se compose de Sherylin (Tourisme culturel à la Sorbonne nouvelle), Clara (Histoire et civilisations comparées), Basile (Communication digitale) et Ignacia (Architecte, Master en Histoire). Dans leurs ambitions les plus folles, ils rêvent de présenter leur projet au ministère de l’Education Nationale. Un projet appelé « Bernaaard » qui a pour mission de cibler les acteurs de demain, les générations futures et leur transmettre toute la richesse du patrimoine. Bernaaard c’est une idée qui se divise en trois temps :
« Avant », les professeurs disposent d’une box avec des activités pour leurs élèves qui leur permettent de préparer une visite.
« Pendant », les élèves profitent d’un boitier vocal et conversationnel, sans écran. Ils peuvent poser des questions et Bernaaard leur répondra.
« Après », une communauté se crée autour de Bernaard et les enfants continuent de parler de la visite et des lieux. Les matriciens imaginent même des jeux dans les vignes près de Vougeot
 


Six présentations originales et ambitieuses, toutes saluées par le jury qui n’a pas manqué de s’interroger sur les moyens techniques mis en œuvre. « Voyez ce qu’on a fait en trois jours, laissez-nous six mois » ont répété tour à tour les équipes.

A partir de maintenant, la matrice patrimoine rentre dans la deuxième phase : la transformation. Cette étape permettra de consolider et appliquer leurs premières idées sur le terrain.

Prochaine escale à Dijon, le 18 mars prochain.
 

Les étudiants racontent leur hackathon


Comme toujours, les matriciens sont les mieux placés pour nous parler de ce qu'ils ont vécu pendant ces trois jours intenses de hackathon. 
 
L'équipe Visitch en pleine réflexion. / © Antoine Marquet
L'équipe Visitch en pleine réflexion. / © Antoine Marquet

Benjamin :

Pour ma part le hackathon est passé très vite, je n'ai pas vu 3 jours mais seulement 1 jour et demi car nous avons eu beaucoup d'ateliers et étions souvent interrompus lors des moments de travail.
Je n'ai pas ressenti le coté intense de ce sprint, sortant d'une semaine de Crash Test avec mon école en partenariat avec Disneyland Paris, ces trois jours sont passés sans réels gros problèmes.
Les difficultés que j'ai rencontrées, ont eu lieu lors de la formation des groupes qui ont mis du temps à se mettre en place, puis lors de la concrétisation de nos idées en un projet concret.
Dans le groupe nous avions tous un objectif et une idée commune ce qui a été très stimulant et enthousiasment pour avancer sur notre projet.
Le hackathon nous as quand même servi a bien avancer sur notre projet et à voir les problèmes à résoudre grâce aux appréciations du jury. 

L'équipe IN'SITE propose un modèle original : un inscape game. / © Matrice patrimoine
L'équipe IN'SITE propose un modèle original : un inscape game. / © Matrice patrimoine

Emma :

Maud et moi-même avons rejoint MATRICE très récemment. 
Nous avons été contactées car ils manquaient d’étudiants bourguignons et cherchaient un regard un peu plus local sur le projet. Pendant que le groupe était en IMMERSION en Bourgogne, nous avons été invitées le jeudi soir à les rejoindre dès le vendredi matin au Château du Clos de Vougeot, on a sauté sur l’occasion ! 

Notre intégration au groupe s’est très bien déroulée malgré le fait que nous sommes rarement sur place… Maud est en Master 1 de Direction de Projets et d’Établissements Culturels à l’Institut Denis Diderot et je suis en Master 1 recherche en Histoire de l’art à l’Université de Dijon. C’est d’ailleurs assez fatiguant et stressant pour nous car on fait les aller-retours entre Paris et Dijon. 

Concernant le sprint, c'était éprouvant ! On a eu beaucoup de mal à former les équipes car on était 7 à vouloir travailler sur la médiation culturelle. Comme personne ne se décidait et qu’on perdait du temps, Maud et moi, qui avions eu l’occasion de bien discuter de nos idées communes, avons proposé un premier projet en disant que 2 personnes pouvaient nous rejoindre (4 personnes par équipe maximum), mais qu’il fallait qu’on commence à travailler sur quelque chose ! 

De là, Caroline et Alexis sont venus avec nous. C’était un moment assez dur car on a du se séparer de Nathan avec qui on avait beaucoup apprécié travailler à l’occasion du Sprint sur le quartier du Marais...

Malgré la fatigue et l’émotion, c’était une expérience très enrichissante pour chacun d’entre nous. On arrive tous à s’écouter les uns les autres, à ne pas se vexer si quelqu’un n’est pas d’accord avec notre proposition. Mais surtout, comme on vient tous de formations différentes, on se fait progresser l’un l’autre : j’essaye d’aider Caroline avec son expression orale, quand de son côté elle m’apprend à être moins académique… 

Nous formons donc à présent le groupe « In’Site » qui propose, non pas un ESCAPE, mais un INSCAPE GAME et dont le but serait donc d’arriver à rentrer dans un lieu en partant de ses alentours pour mieux en comprendre l’insertion territoriale. À travers une application mobile qui nous enverrait des énigmes à résoudre sur fond de scénario d’aventure historique, une famille pourrait partager, sur une demi-journée, un moment convivial. Notre but serait de créer un jeu fondé sur des principes d’entre-aide afin de créer des liens inter-générationnels entre les participants et d’inclure, si on y arrive, les locaux et les habitants des alentours. 

L'anecdote amusante, c’est que cette idée est née très tardivement pendant le sprint. On partait d’abord sur une visite guidée ludique, mais juste avant de passer devant le jury intermédiaire, il nous fallait une deuxième proposition. Pendant une pause, on a commencé à délirer en imaginant les visiteurs plongés au XIIe siècle, déguisés en moines et courant dans la forêt de l’Abbaye de Fontenay poursuivis par des loups… et voilà l'Inscape Game !

Qui aurait cru qu’on gagnerait le Hackathon avec une idée partie d’un fou rire ? 

Caroline :

On s'est finalement remis du sprint !

La première demie journée à muséum connection a été pour moi assez incroyable. On a pu rencontrer des personnes très inspirantes et voir des innovations vraiment impressionnantes. On en est sorti en se disant : mais en fait, tout existe, on ne pourra jamais faire mieux.
Mais finalement, ça nous a permis de rebondir sur certaines choses que nous avions vues.

Ensuite, le sprint  a été pour ma part une expérience stimulante mais hyper stressante, notamment pour la constitution des équipes. On s'est chacun réparti selon des affinités en terme de problématiques à résoudre mais pour ma part ça à été un peu chaotique pour se constituer en groupe. C'est difficile de se dire que ce sont les gens avec qui on va ensuite travailler pendant 10mois ... et peut-être plus !

Le sprint ça a aussi été des moments où je me suis pris des claques émotionnelles, les jurys bien que bienveillants nous poussent sans cesse dans nos retranchements
On a travaillé hyper dur pendant deux jours et demi mais ça a finalement payé. L ambiance générale est motivante.

C'est aussi l occasion de travailler en équipe. Ça n'a pas été simple pour moi parcr que je ne connaissais que très peu mes partenaires et nous ne travaillons pas de la même manière. Pourtant, en discutant, nous avons trouvé une certaine cohésion.

La difficulté pour la constitution concrète des projets est qu'on a envie de tout dire alors qu'il faut bien cibler pour présenter quelque chose de construit et en même temps décalé à la fin des jours.

Avec mon équipe, nous avons donc créé In'Site à travers le concept de l'Inscape Game qui permet s'ancrer un lieu dans son territoire en partant de celui-ci pour réussir à arriver au coeur historique du monument. Le concept repose sur une appli vendue préalablement au monument qui est entièrement adaptable en fonction des événements. Notre but étant de rendre le patrimoine accessible à tous, de tisser des liens entre les générations et d'apprendre en s'amusant.

Finalement nous avons été le coup de coeur du jury ce qui m'a beaucoup touché. Ça n'a pas été facile de se coordonner dans une équipe. Chacun a une vision différente du projet et il faut faire des concessions pour arriver à produire quelque chose. Un véritable challenge pour moi mais une expérience humaine et professionnelle des plus enrichissante.

Finalement la page blanche commence à s'écrire, Cest un peu stressant, On ne veut pas se tromper de direction, mais c'est aussi très excitant !

Le sprint finalement c'est :

  • énormément de notes adhésives
  • deux jurys intermédiaires
  • des moments de tension en équipe
  • pas mal de café
  • du rire
  • de la cohésion d'équipe
  • une course contre la montre
  • beaucoup de remise en question
  • des nouveaux mots qui apparaissent  à cause dun cerveau KO

J'avais très peur de ce sprint mais finalement on a été efficace, On a peu dormi, le cerveau a tant donné qu'on s'est senti vide à la fin mais très satisfait.

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