Affaire Daval : le jour où Alexia est devenue l'un des symboles des violences faites aux femmes

Le procès de Jonathann Daval, accusé du meurtre de sa femme en octobre 2017, doit se tenir du 16 au 20 novembre à Vesoul. Le procès sera suivi de près par les associations féministes. Pour cause, Alexia Fouillot (mariée Daval), est devenue l'un des symboles des violences faites aux femmes.

Alexia Daval
Alexia Daval © France 3 Franche-Comté

Isabelle Fouillot et Jean-Pierre Fouillot ne veulent plus entendre ni même voir le nom Daval. Sur la tombe de leur fille, ils ont fait changer l'inscription. Alexia Fouillot repose au cimetière de Gray depuis son meurtre, survenu dans la nuit du 27 au 28 octobre 2017. Son mari, Jonathann Daval, est quant à lui en prison à Dijon, depuis fin janvier 2018. Il sera jugé à Vesoul du 16 au 20 novembre 2020.

"C'est un scandale qui a éclaté à ce moment-là. Et qui nous a mis en alerte à Solidarité femmes, puisqu'il s'agissait d'un meurtre de femme. On a craint un meurtre par un quidam. On n'a pas pensé que cela venait de son mari, car c'est lui qui a donné l'alerte" se remémore Christine Perrot, présidente de Solidarité Femmes Besançon au moment de l'affaire. 

A l'époque, des milliers de femmes mettent leur baskets et courent pour Alexia Daval et pour leur liberté. Le visage de la jeune grayloise devient rapidement le symbole des violences faites aux femmes. On imagine qu'elle a croisé un pervers, un fou, un meurtrier sur son chemin de jogging, mais on n'imagine pas encore que l'auteur des faits puisse être son mari.

Trois mois plus tard, Jonathann Daval craque devant sa belle-famille. Il expliquera avoir étranglé Alexia et lui avoir mis plusieurs coups de poing : "pour qu'elle se taise" confie-t-il a un psychiatre.

"J'espère que la lumière sur ce procès sera assez puissante pour mettre en valeur les moments où il est important d'intervenir lorsqu'il y a des violences. Les femmes doivent comprendre qu'elles ne sont pas tenues de supporter des situations comme celles-là" nous explique Christine Perrot. Tout en tempérant : "Des drames comme ceux d'Alexia peuvent peut-être faire évoluer les choses, mais s'ils faisaient si bien évoluer les mentalités, on n'aurait plus autant de meurtres. Il faut autre chose. Les femmes doivent se sentir légitimes à se plaindre et à sortir de ces situations."

 

La défense refuse le terme "féminicide"

Pour Randall Schwerdorffer, avocat de la défense, qui s'est attiré les foudres des féministes et de Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité hommes-femmes au moment des faits, après des propos controversés au sujet de l'affaire, les associations de défense des femmes n'ont rien à faire à ce procès.

"On ne défendra pas lors de ce procès un féminicide, nous sommes devant une affaire d’homicide qui n’a strictement rien à voir. Elle peut être qualifiée soit d’homicide, soit de violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Nous ne sommes pas concernés par le débat sur le féminicide. C’est un mauvais débat... Les associations ne doivent pas s’emparer de ce procès. C’est le procès de Jonathan Daval” explique l'avocat ultra-médiatisé au moment de l'affaire, et qui cherchera à prouver lors du procès de Jonathann Daval, que sa femme, la victime, avait une emprise sur son mari.

"C'est toujours la femme la fautive"

Pour les parents d'Alexia, il s'agit évidemment d'un féminicide. Ces derniers n'ont pas l'intention de laisser la mémoire de leur fille salie lors de ce procès. "Ils n'ont pas de preuves qu'Alexia était dure avec son mari. Les sms dont ils parlent, c'est du pipeau. Elle voulait sauver son couple" nous ont-ils expliqué.

Isabelle Fouillot, la maman d'Alexia, veut que toute la vérité éclate et sait que sa fille est devenue un symbole : "Alexia, c’est le visage des violences faites aux femmes. C’est toujours la femme la fautive. Il faut que notre société avance dans la lutte contre les féminicides. Il faut qu’on reconnaisse dans notre société que la femme est l’égale de l’homme. Elle n’est pas soumise à son mari. Elle est en droit de faire différemment. On dit que pour une femme, c’est un défaut d’avoir du caractère. Pour un homme c’est une qualité. Il faut arrêter avec ce genre de propos."

En France, en 2019, 146 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint. En 2017, à l'époque où Alexia Daval a été tuée, elles étaient 109. 
 

Le procès de Jonathann Daval sera à suivre sur France 3 Franche-Comté.

 

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