Série d'incendies de fourrage en Haute-Saône : la météo capricieuse de l'été multiplie les risques pour les agriculteurs

Depuis plusieurs semaines, les incendies de fourrage se multiplient dans notre région. En Haute-Saône, c'est le septième en 15 jours. Pourquoi les leçons ne sont-elles pas tirées des incendies précédents pour éviter que cela se reproduise ? Éléments de réponse.

Un violent incendie ces dernières heures en Haute-Saône

C'est à Arc-Les-Gray que l'incendie s'est déclaré ce dimanche 3 octobre vers 11h20 au Gaec de la ferme des alouettes. Très rapidement 2500 tonnes de fourrage, stockées dans le batiment de 2500 mètres carrés se sont embrasées et 600 tonnes de céréales ont été endommagées par la chaleur. D'importants moyens de secours ont été déployés pour éteindre l'incendie et préserver les habitations voisines. Personne n'a été blessé et les 90 bêtes présentes ont pu être évacuées à temps.

Des scénarios très différents

Le 30 juin un autre batiment agricole abritant du fourrage est aussi parti en fumée, à Larnod à côté de Besançon. Un incendie impressionnant pris rapidement en charge par les pompiers. L'exploitant avait en effet très tôt senti des odeurs suspectes, alors qu'aucune fumée n'était encore visible. Il avait alors aussitôt prévenu les secours et commencé à sortir du fourrage avant leur arrivée.

Cette fois, à Arc-Les-Gray, l'alerte a été donnée par des passants qui ont vu la fumée depuis l'extérieur du batiment. L'exploitant était présent sur place mais il n'a rien vu et rien senti.

Une minute avant que les flammes ne traversent le toit, je suis passé à cet endroit pour préparer un tracteur. Je n'ai rien vu et rien senti. Même pas cette odeur de caramel qu'évoquent nos anciens.

Julien Joyandet Gaec de la ferme des alouettes

 

Un contexte très particulier cette année

Avec sept incendies de fourrage dénombrés en 10 jours en Haute-Saône, l'année 2021 est terriblement mauvaise. Mais ces incendies à répétition ont une explication : une météo très compliquée à gérer pour effectuer la coupe du regain fin août et début septembre.

Le président de la FDSEA, joint au téléphone nous a livré ses explications. Cette année de récolte a été étonnante, avec des rendements en foin énormes et une météo capricieuse.

Les agriculteurs ont dû faire au mieux pour couper les regains entre deux averses, et il suffit d' une poignée d'herbe humide au centre d'une botte de 500 kilos pour mettre le feu !

Emmanuel Aebischer, Président de la FDSEA 70

Les incendies de fourrage sont liés à la fermentation de l'herbe rentrée trop humide sous forme de bottes de foin dans les exploitations. Cette herbe humide va fermenter, puis s'échauffer jusqu'à 80, 90 dégrés et s'il y a un courant d'air elle peut s'embraser.

La plupart des agriculteurs sont maintenant équipés de machines pourvues de sondes d'humidité, qui donnent l'alerte lorsque l'herbe fauchée est trop humide pour être récoltée, mais ça ne suffit pas toujours.

Des précautions sont aussi prises par les agriculteurs qui ont des doutes sur l'humidité de leur fourrage et qui choisissent de laisser les bottes de foin plusieurs jours s'assécher sur le pré. Une solution qui n'est pas non plus infaillible car en cas de nouvelles pluies, le fourrage (même protégé avec du plastique) peut absorber l'eau du sol par capilarité.

Aucune piste écartée

Pour le président de la FDSEA, même si la météo est en cause, la vigilance reste de mise dans les exploitations agricoles :

La météo et le fourrage humide restent des explications vraisemblables, mais vu le nombre important d'incendies, aucune piste n'est écartée, la gendarmerie continue ses investigations.

Pour l'instant, rien ne filtre côté enquête, mais si le fourrage rentré humide est la seule cause, les incendies devraient maintenant cesser. En effet, le fourrage fermente et s'enflamme généralement dans une période de 10 à 40 jours après avoir été récolté.

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