Disparition de Delphine Jubillar : de nombreuses similitudes dans l'enquête avec l'affaire Alexia Daval

Le mari de Delphine Jubillar, disparue en décembre 2020 dans le Tarn a été mis en examen le 18 juin pour le meurtre de sa compagne. Ce fait-divers rappelle en de nombreux points l'affaire Alexia Daval, survenue à Gray, en Haute-Saône, entre 2017 et 2020. Explications. 

Alexia Daval à gauche. Delphine Jubillar à droite.
Alexia Daval à gauche. Delphine Jubillar à droite. © MARIE PIERRE VOLLE / Didier FOHR - MaxPPP

L'affaire Jubillar, du nom de Delphine Jubillar, disparue le 16 décembre à Cagnac-les-Mines dans le Tarn a de nombreux points communs avec l'affaire Alexia Daval, qui a secoué la petite ville de Gray, en Haute-Saône, fin 2017. Le mari de la victime tarnaise, dont le corps n'a toujours pas été retrouvé, vient d'être mis en examen pour homicide volontaire par conjoint. Il reste présumé innocent. Il nie toute implication dans la mort de son épouse. Pourtant des éléments troublants interpellent les enquêteurs.

► L'alerte donnée par le mari 

C’est Cédric Jubillar, plaquiste en intérim, qui alerte en premier lieu la gendarmerie pour signaler la disparition de sa femme, le mercredi 16 décembre. L’infirmière et mère de famille de 33 ans, Delphine Jubillar, aurait quitté son domicile de Cagnac-les-Mines, près d'Albi ; en tout cas selon la version de son mari. D'après ce qu'il rapporte aux enquêteurs, son épouse serait sortie de la maison vers 23 h pour promener leurs deux chiens, en plein couvre-feu, vêtue d’un manteau blanc et munie de son téléphone portable. Toujours selon Cédric Jubillar, les chiens auraient retrouvé le chemin de la maison seuls.

Aux enquêteurs, il précise avoir été réveillé vers 4h par les pleurs de leur fille. C'est à ce moment-là qu'il se serait rendu compte de l’absence de son épouse. Il aurait alors téléphoné à des amies de cette dernière pour vérifier qu'elle ne se trouvait pas avec elles, en vain. Il prévient alors la police. Dans le cas de l'affaire Alexia Daval, c'est également Jonathann Daval qui avait prévenu la gendarmerie, prétextant que sa femme était partie faire un jogging. Le jour de son meurtre, Alexia était âgée de 29 ans. 

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► La marche blanche 

Le 5 novembre 2017, des centaines de personnes défilent dans les rues de Gray en hommage à Alexia, disparue quelques jours plus tôt. Au premier rang, on constate ce jour-là la présence des parents de la jeune femme ainsi que de Jonathann Daval, son mari, en pleurs durant une bonne partie de l'événement. Il prendra la parole sur un podium devant une foule dense, en mémoire de sa femme.

Cette marche blanche rappelle évidemment celle organisée le 12 juin dernier en l'honneur de Delphine Jubillar, alors portée disparue depuis le 16 décembre 2020. Quatre-vingt personnes se regroupent dans les rues d'Albi. Collègues, amis mais aussi Cédric Jubillar sont vêtus de blanc et affichent sur leur torse une photo de l'infirmière souriante en blouse blanche.

► L'intérêt de l'opinion publique pour cette affaire

On se souvient de l'onde de choc provoquée par la disparition d'Alexia Fouillot, mariée Daval, fin octobre 2017 et de l'impact de cette affaire auprès de l'opinion publique, bien au-delà des frontières du petit département rural de Haute-Saône. Pendant de nombreuses semaines, parrallèlement aux recherches actives et aux battues organisées aux alentours du parcours de course d'Alexia, les internautes adeptes de faits-divers ont joué aux apprentis enquêteurs, à coup de suspiscions jetées publiquement sur les réseaux sociaux et de scénarios en tout genre. C'est également le cas avec la disparition de Delphine Jubillar.

En effet, comme le rapporte un article de nos confrères de Franceinfo, sur une dizaine de groupes Facebook, "des détectives en herbe creusent toutes les hypothèses, de la fugue de Delphine Jubillar à la vengeance d'un amant éconduit, en passant par l'action d'un tueur en série ou bien un meurtre conjugal commis par Cédric Jubillar, son mari. Certains y voient ainsi des similitudes avec l'affaire Alexia Daval" (lire l'article). 

De plus, la presse, locale mais aussi nationale, s'est largement faite l'écho des nombreux rebondissements de ces deux faits-divers. 

► Le profil de Cédric Jubillar

Le profil de Cédric Jubillar, 33 ans, en interpelle plus d'un, tout comme celui de Jonathann Daval au moment des faits. Pour sa part, le Franc-Comtois, âgé de 34 ans à l'époque, était apparu fébrile tout au long de l'enquête, soutenu moralement et physiquement par ses beaux-parents Jean-Pierre et Isabelle Fouillot. Rapidement, les soupçons s'étaient accumulés contre lui.

Dans le cas de la disparition de Delphine Jubillar, les regards se sont aussi rapidement tournés en direction de son mari Cédric. Après sept ans de mariage, le couple avait acté une séparation et envisageait de divorcer. Selon les informations du Parisien, la jeune femme avait un amant du côté de Montauban, avec qui elle conversait toute la journée par sms. "Les enquêteurs ont la conviction que Cédric Jubillar a découvert dans les minutes et les heures suivantes une information sur la relation extraconjugale de son épouse" rapportent nos confrères. Par ailleurs, les gendarmes auraient relevé plusieurs appels sortants sur le téléphone de Cédric Jubillar, la nuit de la disparition, alors qu'il avait déclaré qu'il dormait. On se souvient, dans le cas de l'affaire Daval, que Jonathann Daval avait utilisé le portable de sa femme, en se faisant passer pour elle pour faire croire qu'elle était toujours vivante. 

Le suspect aurait menti sur la tenue que portait sa femme lors de sa disparition : il a dit qu'elle était sortie en doudoune alors qu'elle revêtait une nuisette. Aussi, les gendarmes ont découvert une photo de l'amant de Delphine sur le téléphone de Cédric.

Alors que Jonathann était plutôt timide et effacé dans son couple, il apparaît, selon un article de nos confrères de La Dépêche, que Cédric Jubillar est d'un tempérament plus contrasté. Certains proches de sa femme le décrivent comme provocateur, orgueilleux et renfermé. Tout comme le couple Daval, le couple Jubillar traversait une période compliquée avec de nombreux conflits et disputes. 

► Une enquête complexe et minutieuse 

Concernant Jonathann Daval, les enquêteurs avaient pris leur temps pour rassembler le maximum de preuves à l'encontre de l'informaticien haut-saônois, dans le plus grand secret. Cela avait pris trois mois. C'est également le cas dans l'affaire tarnaise. La mise en examen du mari de la victime intervient six mois après sa disparition. 

"La communicaiton sur ce dossier a été volontairement retardée, même si la couverture médiatique était importante, pour assurer la sérénité des investigations développées par les gendarmes et qui ont conduit à ses développements les plus récents en ce qui concerne ce dossier qui part de la disparition" a expliqué ce 18 juin Dominique Alzeari, le procureur de la République de Toulouse. "Un travail considérable a été accompli" a confirmé le procureur. 

Cédric Jubillar, s'il est reconnu coupable, encourt une peine de réclusion criminelle à perpétuité. Mis en examen, il conteste les faits. Son avocat Me Jean-Baptiste Alary a réagi après la conférence du procureur. Ce dernier parle "de présomption de crime, ce qui me heurte parce qu'en droit français la seule présomption que l'on connaisse c'est la présomption d'innocence", a expliqué l'avocat.

Jonathann Daval avait été condamné à 25 ans de réclusion criminelle pour le meurtre de sa femme, en novembre 2020. 

 

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