Une nouvelle Bougie pour le Sapeur le 29 février : on vous dit tout sur ce drôle de journal qui paraît seulement tous les 4 ans

La Bougie du Sapeur revient dans les kiosques. Ce journal humoristique périodique paraît tous les 29 février. Un quotidien unique au monde qui doit son nom au célèbre Sapeur Camember, le héros créé par Christophe, le dessinateur de Lure (Haute-Saône).

"On ne paraît que tous les quatre ans mais on est toujours à la bourre pour boucler le journal", plaisante Jean d'Indy. Pas de doute, l'homme est un joyeux luron. Plutôt fier de son drôle de journal, "un quotidien unique au monde, daté du 29 février", précise-t-il à France 3 Franche Comté, à quelques heures de la sortie du prochain numéro. La Bougie du Sapeur sera en kiosque le 28 février 2024, "la veille de sa date de parution, comme Le Monde, comme un grand journal du soir."

11 numéros seulement ont déjà paru depuis le premier en 1980. Son nom, le journal satirique le doit à une célébrité franc-comtoise, le Sapeur Camember, imaginé par le Haut-saônois Christophe au XIXe siècle. Le héros de bande dessinée ne souffle sa bougie que le 29 février lui aussi. Ce journal parodique d'une vingtaine de pages a été fondé par Jacques Debuisson et Christian Bailly. Son rédacteur en chef, Jean d'Indy a rejoint l'équipe en 1992. Il est également aujourd'hui le directeur de la publication. Ni journaliste, ni patron de presse cependant, il travaille en fait dans les relations publiques et dans l'organisation de courses hippiques. Il poursuit désormais l'aventure avec sa "bande de copains" comme il dit.

"Bêtes mais jamais méchants"

Des amis, pas plus d'une dizaine au total, qui se veulent les modestes héritiers de "l'humour potache" de Christophe, et qui se nourrissent de l'actualité. "Il suffit d'écouter la radio, de regarder la télé ou de lire les journaux, indique Jean d'Indy. On invente aussi des informations, on aime bien les fake news!"

Comme Hara-Kiri, on est juste bêtes. Mais on n'est jamais méchants. De temps en temps, on pique un peu. On se moque juste des dirigeants politiques qui nous donnent souvent matière à rire.

Jean d'Indy, rédacteur en chef de La Bougie du Sapeur.

Des lecteurs fidèles peuvent parfois aussi apporter leurs contributions. Cette étonnante rédaction ne se fixe aucune limite, excepté une seule. "Il faut que nos articles fassent rire ou sourire, c'est tout. Par exemple, on ne parle pas du conflit israélo-palestinien dans ce numéro, ça ne me fait pas rire du tout.".

Comme à chaque livraison, La Bougie propose encore une fois un supplément inédit. En 2004, "comme tous les 28 ans", est apparu le numéro 1 de La Bougie du Sapeur-Dimanche. Le numéro 2 devrait revenir le dimanche  2032. En 2008, il y a eu aussi le premier numéro du supplément La Bougie du Sapeur-Madame, et, en 2012, La Bougie du Sapeur-Coquine, "à ne pas mettre en toutes les mains", prévient le rédacteur en chef. Cette année, ce sera donc Le Sapeur sportif, à l'occasion des JO de Paris. La Bougie sera d'ailleurs dit-elle, partenaire des Jeux, et décernera un prix No Sport au premier athlète éliminé de la compétition. "Winston Churchill est connu pour cette réponse faite à un journaliste qui lui demandait le secret sa longévité : 'Cigars, whisky... and no sport', explique Jean d'Indy. On a aussi choisi pour symbole la tortue car elle ne fait aucun effort, elle ne stresse pas et elle vit au-delà de 80 ans !"

Généreuse entreprise

La Bougie a été tirée à 200 000 exemplaires cette année. "C'est un journal attendu, sourit Jean d'Indy. Attendu et collectionné !". Il y a quatre ans, 120 000 exemplaires avaient été vendus, "120 000 selon la police, un million selon les organisateurs", corrige le journal dans ses colonnes. Mais attention, l'entreprise n'est pas du tout commerciale.

Chut, il ne faut pas le dire aux syndicats, on est le seul journal qui ne paie pas ses journalistes, c'est un vrai scandale !

Jean d'Indy, rédacteur en chef de La Bougie du Sapeur.

"On espère en vendre assez pour payer quelques illustrateurs, l'impression, la distribution. On met de côté juste ce qu'il faut pour pouvoir assurer le numéro suivant. Tout le reste des bénéfices va à une association caritative." L'an passé, l'association A tire d'Aile, qui accompagne de jeunes adultes autistes, a ainsi reçu un chèque de plusieurs dizaines de milliers d'euros.

"Il faut bien que l'humour serve à quelque chose et c'est la seule chose sérieuse qu'on fait avec La Bougie", confie Jean d'Indy. En espérant naturellement faire aussi la joie et le bonheur de tous ses lecteurs d'un jour. Le journal humoristique tient absolument à rester fidèle à sa devise (inventée) empruntée au (faux) sage chinois Li Chen Glu : "le 29 février rira, quatre années bien passera."

Né un 29 février

Marie-Louis-Georges Colomb, alias Christophe, est né le  à Lure (Haute-Saône) et il est mort le  à Nyons (Drôme). Il est considéré comme l'un des pères de la bande dessinée en France. Il a en effet donné naissance à de nombreuses histoires illustrées parues en feuilleton à la fin de XIXe siècle et des personnages hauts en couleurs : la famille Fenouillard, le savant Cosinus et les lutins Plick et Ploc, et donc le Sapeur Camember....

Ce dernier a la double particularité d'être né une année bissextile, un 29 février, et dans un village imaginaire de "Saône-Supérieure", à deux pas du village natal de son créateur. "Le 29 février 1844, fut déclarée à la mairie de Gieux-lès-Lure, la naissance d'un enfant du sexe masculin, fils d'Anatole Camember, cultivateur, et de Polymnie Cancoyotte, son épouse. L'enfant fut inscrit sous les noms de François-Baptiste-Ephraïm", peut-on ainsi lire dans l'album à la couverture rouge, qui rassemble toutes ses aventures, publiées dans Le Petit Français illustré entre 1890 et 1896. 

Lure est toujours appelé aujourd'hui "la cité du Sapeur Camember". Une statue de deux mètres du célèbre personnage a été érigée, avenue de la République au centre-ville. Tous les quatre ans, on y célèbre ce symbole de l'autodérision et de l'absurde. Depuis 2004, il existe même une Confrérie du Sapeur qui perpétue cet hommage à Camember et à son créateur. En 2024, de nombreuses festivités sont prévues jusqu'au 2 mars pour fêter le 44e anniversaire (seulement) du Sapeur.