10e jour du procès en appel de Nicolas Zepeda : l'accusé fait évoluer sa version des faits mais nie toujours l'assassinat de Narumi Kurosaki

Nicolas Zepeda est jugé devant la cour d'appel de Vesoul (Haute-Saône) du 4 au 22 décembre 2023. Il est accusé de l'assassinat de son ex-petite amie Narumi Kurosaki en 2016 à Besançon. Revivez son interrogatoire au 10e jour, comme si vous étiez dans la salle d'audience.

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Suivez la suite de l'interrogatoire de Nicolas Zepeda au 11e jour de son procès, minute à minute, dans cet article.

L'audience reprendra mardi à 9h.

19h15 : L'audience reprend après une suspension d'une quinzaine de minutes. Le président explique que les questions des différentes parties, avocats des parties civiles, avocat général et avocat de la défense, auront lieu le lendemain. 

18h54 : Cela fait 5 heures que le Chilien de 33 ans répond aux questions de la cour. Le Chilien est interrogé ensuite par une des assesseures installée à la gauche du président. Il répète et réexplique certaines choses déjà développées en amont. Il ne reconnaît pas avoir espionné Narumi Kurosaki pendant plusieurs jours en stationnant et en déambulant près de la résidence universitaire de la Bouloie, contrairement à l'hypothèse soutenue par l'accusation. "Monsieur B. (ndlr, un témoin entendu la première semaine) a évoqué que vous aviez parlé du fait que mademoiselle Kurosaki aurait exercé des violences sur vous, c'est vrai ?", demande le président pour finir. "Non, ce n'est pas quelqu'un de violent ni d'agressif. Je n'étais pas victime de violence, dit Nicolas Zepeda. Je ne sais pas [d'où ça sort]"

18h40 : Concernant les propos tenus à son cousin concernant l'asphyxie, l'étranglement et la manière de donner la mort à une personne ? "Je ne crois pas avoir tenu ces propos ou posé ces questions. Je pose plein de questions, parfois des questions à la con. Je ne m'empêche pas de poser des questions. Je suis curieux. Est-ce qu'on était au restaurant, est-ce qu'il y avait un sujet à ce propos à la télé ? Ce n'est pas un sujet à mon initiative", abonde l'accusé, contredisant une fois de plus la déposition de son cousin Juan Felipe. Le couteau donné par Nicolas Zepeda à ce dernier ? "Cela ne me dit rien du tout", dit le jeune homme qui nie en bloc les propos de son cousin, avec qui il entretenait des bons rapports. 

18h07 : "Avez-vous dit à votre cousin (ndlr, comme il l'a dit dans sa déposition) avoir vu Narumi Kurosaki pour la dernière fois au mois de septembre 2016 ?", demande François Arnaud. "Non", explique l'accusé avant de préciser que son cousin ne lui a pas posé la question et qu'il a principalement visité la ville plutôt que d'avoir des conversations intimes avec son cousin. "Je n'ai pas interrogé mon cousin (ndlr, au sujet de sa déposition auprès de la police). C'est lui qui a pris l'initiative de me raconter", contredit l'accusé. Pour rappel, son cousin a précisé aux enquêteurs avoir été interrogé avec insistance par Nicolas Zepeda concernant ce qu'il avait déclaré à la police. A-t-il parlé de son ex-petite amie au passé, comme a également expliqué son cousin à la police espagnole ? "Je ne crois pas que ce soit le cas et d'ailleurs 'gusta' et gustaba' en espagnol, ça se ressemble", contredit une fois de plus l'accusé, en profitant pour faire un point de conjugaison espagnole.

18h03 : Pourquoi un billet de train pour Lyon a-t-il été acheté avec les moyens de paiement de la victime depuis la Toison d'or à Dijon, lieu exact où se trouvait l'accusé après son départ de Besançon ? "C'est à la demande de Narumi Kurosaki. Elle m'avait un jour donné ses codes de carte bancaire, dit-il. Elle m'avait demandé de l'acheter la veille". "Pourquoi vous ne l'avez pas dit avant ?", demande à nouveau le président. "Je savais qu'on allait se servir de ça pour m'accuser de quelque chose que je n'avais pas fait". "Elle vous a dit qu'elle avait une carte de réduction SNCF ?" "Non pas du tout", dit Nicolas Zepeda, qui une fois de plus, avoue pour la première fois avoir acheté ce billet de train en personne. Le Chilien passe une nuit à l'hôtel à Dijon puis quitte la ville en direction de Genève. Il dit avoir pris un bus jusqu'en Suisse, directement. Il achète son billet d'avion pour Barcelone, la veille du départ, le 6 décembre 2016, pour rendre visite à son cousin. Il y restera 5 jours. 

17h44 : François Arnaud, le président de la cour d'appel, continue à rafraîchir la mémoire de l'accusé concernant l'évolution de sa version des faits. "Quand vous quittez Besançon en direction de Dijon, avez-vous fait un ou des arrêts ?". "Aujourd'hui je ne me rappelle plus", dit Nicolas Zepeda. "Vous avez expliqué que vous vous étiez arrêté dans une église". "Non je n'ai pas dit ça, j'ai dit devant. J'appellerais pas ça un arrêt en vérité. L'emploi du mot a créé un malentendu", s'aventure Nicolas Zepeda.  

17h36 : Le président demande ensuite à ce que la déposition spontanée du jeune homme faite à Interpol au Chili soit lue. Une incohérence demeure et pose question à la cour. Nicolas Zepeda avait dit à Interpol avoir quitté la chambre le 5 décembre et non pas le 6 décembre 2016, comme précisé ce jour. "Je ne pensais pas que ça allait m'être reproché d'avoir manqué des choses... J'essayais d'apporter des choses mais je suis navré si c'est inexact. À Interpol, j'aurais jamais imaginé qu'on allait me reprocher ça", dit l'accusé, mis face à ses contradictions. "Ce n'est pas une question de vous reprocher des choses, c'est juste que c'est différent de votre version c'est tout", abonde Me Portejoie, son propre avocat. "Je n'ai pas jugé capital le fait d'être précis [face à Interpol]", ose-t-il. "Avez-vous recontacté Madame Kurosaki plus tard, [en Espagne, au Chili] ?", demande le président. "J'ai essayé de la recontacter un jour par Line (ndlr, une application japonaise), mais je n'ai jamais eu de réponse", assure le Chilien. Ce point n'a pas été confirmé par les enquêteurs.  

17h18 : Concernant le moment où les amis et Arthur Del Piccolo, petit ami de la victime se sont trouvés devant sa porte, inquiets de ne pas la voir réapparaître, le soir du 5 décembre 2016 : "Narumi me fait le signe du silence et m'a dit qu'elle m'expliquait après", justifie l'accusé. Pour rappel, pour l'accusation, Nicolas Zepeda était dans la chambre 106 avec le corps de la victime après l'avoir tuée la nuit précédente. "Cela dure 2h tout de même. Elle vous fait signe pendant 2h de faire le silence ?", s'étonne le président. "Oui je suis au lit, je lis un livre, je ne fais pas de bruit".  

17h10 : Nicolas Zepeda a expliqué avoir constaté, dans la nuit du 5 au 6 décembre, que Narumi Kurosaki était un peu agitée. Il dit que la jeune femme était heurtée du fait qu'il doive partir, et que ce bon moment se termine. "'Toute façon tu vas partir', elle m'a dit. Oui c'était vrai, j'allais partir. J'ai pris mes affaires. Elle ne voulait pas que je parte et je ne voulais pas partir non plus. J'ai hésité à faire autrement", l'accusé se frotte la tête. Il quitte finalement Besançon le 6 au matin. Le président remarque que la location de son véhicule courait jusqu'au 7 décembre 2016. Pour rappel, la version défendue depuis le début d'après-midi par l'accusé est diamétralement opposée à celle avancée par les enquêteurs et à la version qu'il a lui-même donnée durant sa déposition spontanée à Interpol. "Est-ce que vous la recontactez ? Pourquoi vous ne la recontactez pas ?", demande le président François Arnaud. L'accusé prend son temps avant de répondre. "Je sais ce que ça aurait causé de faire ça. C'est la demande de revenir. C'était tout ce que je ne voulais pas. J'avais pris une décision en toute conscience", explique Nicolas Zepeda, pour justifier le fait qu'il n'a jamais pris contact avec la victime après le 6 décembre 2016.

16h56 : L'audience reprend. Le président interroge toujours l'accusé sur les faits et notamment sur la nuit du 4 au 5 décembre 2016, durant laquelle des cris de douleurs, d'horreur, provenant d'une femme, ont été entendus selon plusieurs étudiants présents dans le bâtiment Rousseau, aux alentours de 3h20 du matin. Que s'est-il passé en entrant dans la chambre 106 ? "On a eu une discussion au sujet de ce qu'on allait faire ensuite et... on fait un câlin sur le lit. Je suis sur un nuage, je n'aurais jamais imaginé ça. J'ai le sentiment que cette chambre devient un peu notre chez nous, comme au Japon", dit l'accusé. "Avez-vous eu une relation sexuelle ?", demande le président. "Oui, on en a eu une", dit Nicolas Zepeda. "Entendez-vous quelque chose de particulier pendant cette nuit ?". "Non on a dormi. On se réveille si mes souvenirs sont bons à 7h30. On reste ensemble dans la chambre, on regarde un film. C'est la routine d'une journée d'un week-end au Japon", explique Nicolas Zepeda qui explique qu'ils dormaient profondément à 3h20 et qu'ils ne sont pas sortis de la chambre le 5 décembre 2016. Cette version est une fois de plus nouvelle. Auparavant, le Chilien avait expliqué avoir eu plusieurs rapports sexuels intenses, provoquant de forts bruits. Pourquoi aucun préservatif n'a été retrouvé dans la chambre, alors que Nicolas Zepeda dit s'être protégé. "Moi dans mon souvenir, j'avais la mauvaise habitude de jeter ça dans les WC. Donc ça ne me parait pas si étrange". Et les emballages ? "C'est quelque chose que j'ai pu mettre à la poubelle... Ce n'était pas ma priorité à ce moment-là", répond le Chilien sans vraiment répondre à la question.  

L'audience est suspendue 15 minutes.

16h18 : Toujours concernant la soirée du 4 décembre au restaurant à Ornans, Nicolas Zepeda dit que Narumi Kurosaki lui raconte ses débuts en France, son impression sur les Français, ses expériences à Besançon. Le président rappelle que le serveur du restaurant a indiqué ne pas avoir eu affaire à un couple très amoureux. Pourtant le jeune homme dit avoir pris la main de Narumi Kurosaki. "On y a passé 3 heures, il n'était pas à côté de nous. On était vraiment dans notre coin", répond Nicolas Zepeda, précisant que le serveur était pressé. Les deux jeunes reviennent ensuite à la cité universitaire de la Bouloie à Besançon. "Elle m'a invité à passer la nuit chez elle", dit l'accusé, contredisant puis s'adaptant aux propos qu'il a eus auprès du juge d'instruction. Nicolas Zepeda fait clairement évoluer ses déclarations qui collent mieux aux propos des différents témoins entendus pendant ce procès en appel.  

16h17   : C'est finalement le 4 décembre 2016 qu'il rencontre Narumi Kurosaki. "J'ai cogité et j'ai réfléchi. J'ai pris une feuille de papier A4 et j’ai écrit quelque chose. Avec Narumi, on mélangeait nos deux prénoms. Elle m'appelait parfois Narulas et je l'appelais Nicomi. J'ai pris un stylo et j'ai écrit ce surnom en japonais phonétique Nicomi. J'ai garé la voiture en faisant en sorte que la partie arrière donne face au bâtiment Rousseau. J'ai mis la feuille sur le pare-brise [arrière] et j'ai attendu 1h et à un moment donné... je suis dans la voiture... (il souffle) et je vois Narumi qui vient dans mes rétroviseurs, étonnée et elle prend cette feuille A4 et je la vois pleurer dans le rétroviseur. Je suis sorti", explique Nicolas Zepeda. "Pour moi cette histoire de papier, c'est la première fois que vous en parlez. Pourquoi ?", s'interroge le président. "J'avais expliqué que c'était pas moi qui étais allé cherche Narumi Kurosaki. J'avais expliqué les circonstances, sauf que je craignais qu'on ne me croie pas [avec la feuille A4], mais ça a marché je vous le dis", répond l'accusé. Selon ce dernier, Narumi Kurosaki monte alors dans la voiture pour discuter mais ne lui parle pas de sa relation avec Arthur Del Piccolo. "Je lui demande si elle veut aller quelque part. Elle me dit que c'est compliqué de trouver des restaurants ouverts [à Besançon] le dimanche. Je lui parle de l'hôtel [dans lequel j'ai passé une nuit] à Ornans. Donc, on s'est dirigés dans ce restaurant car je savais qu'il serait ouvert", poursuit Nicolas Zepeda, précisant être allé à la Saline d'Arc-et-Senans de manière improvisée, en raison de l'intérêt de l'ancien couple pour les sites classés au patrimoine mondial de l'Unesco. Comment se passe cette soirée au restaurant le 4 au soir ? "J'aurais jamais pensé que ça puisse se passer mieux", répond l'accusé avant de s'arrêter. "Moi je ne m'attendais à rien. Pourtant les choses se sont bien passées. Elle était contente de me voir, ça marche super bien", s'enthousiasme le jeune homme, sourire aux lèvres.

On était contents de se revoir. A un moment donné, on s'est dit 'Allons quelque part'. Elle me raconte qu'elle va bien, que sa famille va venir, qu'il fait froid, ce qu'elle a pu faire.

Nicolas Zepeda, l'accusé

15h57 : L'accusé admet être allé toquer à la porte de la chambre de la victime le 2 décembre 2016, puis être allé dans la cuisine. Il admet aussi avoir croisé la témoin Rachel R... mais pas au 4e étage. "J'ai menti en première instance. J'ai dit que je l'avais pas vue mais je l'avais vue, oui. Donc, j'étais un peu coincé...", dit l'accusé. Et la 2e témoin qui l'a vu en situation de détresse, les yeux rougis par les larmes, et qui est sûre de l'avoir reconnu ? Selon lui, non, ce n'est pas vrai, il ne l'a pas vue. Le 3 décembre 2016, Nicolas Zepeda achète une tenue habillée dans un magasin de vêtements en centre-ville de Besançon : une chemise blanche et un blazer bleu. Pourquoi ? "En réalité, c'est chez H&M, l'enseigne venait d'arriver au Chili. Je pense à l'offre de travail que j'allais avoir quand j'allais revenir au Chili. Je me suis dit qu'une chemise de plus me conviendrait". Le jeune homme dit ne pas avoir fait ses achats dans l'espoir de plaire à Narumi Kurosaki. "Et vous retournez à 23h30 vous garer à la cité universitaire. Et vous sortez vous dégourdir les jambes de temps en temps ?", poursuit François Arnaud, le président de la cour. "Oui, peut-être", répond Nicolas Zepeda. Pour rappel, il nie être le rôdeur observé plusieurs fois sur les caméras de surveillance de la cité universitaire.  

15h30 : -   Que faites-vous cette nuit-là [du 1er au 2 décembre 2016] ?
- Je dors. J'ai des choses dans la voiture que j'utilise pour passer le temps. Je mange quelque chose, je lis mon bouquin, je regarde mon portable.
- Vous sortez du véhicule de temps en temps ? Il fait frais au mois de décembre, si la voiture ne tourne pas, il n'y a pas de chauffage.
- Dans mes affaires, j'avais une couverture, une petite polaire et un oreiller rond. C'était pas si inconfortable. Mais oui je suis sorti me dégourdir parfois les jambes. Il est possible que je sois passé vers la résidence. Je ne pense pas que c'est le seul endroit où je suis allé. Il y a plein d'endroits où on peut aller.

15h24 : Pourquoi achète-t-il un bidon de produit inflammable, des allumettes et du détergent   à Dijon, avant de reprendre la route pour Besançon ? Il explique avoir voulu utiliser le contenant pour y mettre de l'essence et éviter la panne sèche en voiture. Les allumettes ? "J'ai pas vu de mal, je me suis dit que ça allait me servir de toute façon. Je vais à l'église donc j'achète ça pour les bougies. Je fume pas donc... En réalité, je pense pas à moi quand j'achète ça. Je me dis que ça pourrait me servir pour... quelque chose quand je reviens au Chili", abonde l'accusé. Selon l'accusé, le détergent a été acheté dans un souci de rendre le véhicule de location dans un état irréprochable de propreté, ce même véhicule qui a pourtant été rendu sale, plein de terre, selon la personne ayant loué le véhicule après le Chilien. Finalement, le trentenaire sort de l'autoroute à Dole, dans le Jura plutôt qu'à Besançon. "Je cherche à faire demi-tour. J'y arrive pas donc un moment donné, je me suis dit qu'il fallait arrêter de tourner en rond. Je me suis arrêté pour chercher où j'étais. Je suis tombé sur des villages avec des lumières de Noël... Au Chili, Noël, c'est l'été... Je profite de la situation", développe l'accusé. Il ne s'en souvient pas, mais il effectue à ce moment-là plusieurs arrêts. L'accusé regagne ensuite Besançon, et plus précisément le campus de la Bouloie.

15h21 : Concernant son désir désormais assumé de se rendre en France pour voir la victime, le président s'étonne du changement de version de l'accusé, il y a une semaine seulement. "Je sais que c'est stupide, mais on se servait de ça pour faire une accusation qui était fausse. Je me suis dit que si j'admettais ça, cela allait être utilisé contre moi. Mais comme je vous l'ai dit, je n'ai plus peur", répond l'accusé. Son interrogatoire se poursuit concernant le déroulé des faits à son arrivée en France. Pourquoi se rend-il directement à Besançon après avoir récupéré sa voiture de location à Dijon, alors qu'il est si tard ? "Je n'avais rien prévu. J'arrive à Besançon, je m'égare dans le Crous. J'étais très fatigué. Je me suis endormi très vite et dès que je me suis réveillé j'ai vu Narumi presque en face, à l'arrêt de bus. Ce n'était pas cherché. Je l'ai vue passer presque devant moi, elle ne m'a pas vu", défend l'accusé, qui maintient la version d'un hasard dans la rencontre. "Je ne savais même pas qu'elle était à Besançon", dit-il. Le président pointe du doigt un revirement de version de plus. Nicolas Zepeda a affirmé plus tôt dans ce procès avoir eu connaissance de la position géographique de Narumi Kurosaki à Besançon, au Crous de la Bouloie et même du numéro de sa chambre. "Je comprends votre doute. Je ne savais pas si elle faisait ses courses, si elle voyageait ailleurs...", dit Nicolas Zepeda. Il retourne ensuite à Dijon, pour changer sa voiture de location qui ne lui convenait pas. Il ne se rend pourtant pas auprès du loueur. Pour cela aussi Nicolas Zepeda a une explication. "Il n'y avait finalement pas de voiture de disponible". "Pourquoi avez-vous donné une adresse à Lyon [quand vous avez acheté une carte SIM] ?" demande le président. Dans une réponse assez longue, Nicolas Zepeda finit par souffler, avant de mettre la faute sur la vendeuse.

14h55 : Nicolas Zepeda dit ne pas avoir eu connaissance de la relation amoureuse entre Narumi Kurosaki et Arthur Del Piccolo dès septembre 2016. "La police japonaise dit que vous avez consulté plus de 150 messages sur la session numérique de Narumi Kurosaki, que vous avez traduit avec un traducteur, et que vous avez fait un certain nombre de recherches sur Arthur Del Piccolo", interroge le président. "Je n'ai pas fait ça. Je ne me suis pas introduit dans le compte universitaire de Narumi", répond Nicolas Zepeda, avant de se lancer dans une explication censée prouver que la police s'est trompée dans ses analyses.  

14h46   : L'accusé se considère-t-il comme une personne jalouse ? "On est les deux jaloux", dit Nicolas Zepeda à son sujet et celui de Narumi Kurosaki. "Donc vous êtes jaloux ?", embraye le président. "Oui, c'est une forme de jalousie. On est tous jaloux jusqu'à un certain point", dit l'accusé. "Pourquoi vouliez-vous qu'elle supprime des contacts masculins [sur les réseaux sociaux] ?" demande le président François Arnaud. "Je pensais qu'elle allait refuser. Et pourtant elle était hésitante. Elle me disait, est-ce que je peux effacer l'un et pas l'autre ? J'ai vraiment pensé qu'elle allait pas le faire", dit l'accusé. On peine à comprendre le raisonnement. "Si vous voulez rompre, pourquoi vous ne lui dites pas ?", s'étonne le président. "J'ai essayé à plusieurs reprises et pourtant, on trouvait toujours des raisons pour continuer, pour réessayer", dit l'accusé.   "Pourquoi vous lui dites que vous perdez patience dans la vidéo que vous lui envoyez ?", abonde le président. "Je me suis demandé si je cherchais à ce qu'on se pose les vraies questions. Est-ce que c'est une provocation ?, s'interroge lui-même l'accusé. Je ne sais pas aujourd'hui".  

Cette vidéo était un outil. Un miroir pour me regarder, et me dire que j'étais con de vouloir continuer.

Nicolas Zepeda, au sujet de la vidéo envoyée à la victime

14h24 : Nicolas Zepeda espérait que Narumi Kurosaki aille au Chili plutôt qu'en France pour apprendre l'espagnol plutôt que le français. "Mais en même temps, je me suis dit, si ça la rend heureuse... Je n'avais aucune raison de m'opposer, je n'avais aucun droit. Oui, il y avait une réticence au début, mais après je la soutiens. On a rempli des formulaires ensemble. Il y a eu ensuite un soutien absolu", affirme l'accusé. "Quand Narumi Kurosaki quitte le Japon, il y a des échanges tendus qui apparaissent dès le mois d'août", poursuit le président, en référence au 28 août, date à laquelle la victime reproche à l'accusé de lui pourrir son voyage en France. "Oui, c'est tendu parce que c'est la suite de différences de vécus, de malentendus, de vivre en décalage, de choses qu'on ne comprend pas. Mais il faut savoir que ça passe, comme je vous le disais tout à l'heure, ça va et ça vient, à chaque fois on se rencontre. Parfois c'est aussi la recherche d'une confirmation. Elle cherche aussi à confirmer que je suis encore là", répond Nicolas Zepeda. Concernant la vidéo envoyée à Narumi Kurosaki, dans laquelle il emploie un ton menaçant, Nicolas Zepeda dit ne pas se souvenir exactement des conditions qu'il a données à la victime. "Quand je lui posais des questions simples, elle était évasive", rapporte l'accusé toujours aussi prolixe face au micro installé dans son box.  

14h17 : Concernant les circonstances de la séparation avec Narumi Kurosaki. "Ça s'est passé en différentes phases. On a eu un certain éloignement géographique", dit Nicolas Zepeda. Le président le relance : "cette séparation s'est bien passée ?". "J'aurais aimé que ça se passe mieux. Je n'aurais pas souhaité qu'on ait des discussions parfois débiles, adolescentes, pas productives du tout mais en même temps, c'est un peu la vie, ça va ça vient. Est-ce qu'on peut faire encore quelque chose ? Comment on arrive à ce point-là en réalité ? On a beaucoup discuté sur la suite, si on se quitte, comment on va faire ? Est-ce que c'est définitif, est-ce que c'est pour maintenant, est-ce que ça va durer ? C'est bien plus complexe que ça et c'est la raison pour laquelle cela a pris du temps", répond Nicolas Zepeda qui situe la rupture définitive au 6 octobre 2016 avec la victime. "Vous vous éloignez de la question monsieur Zepeda, recentrez-vous", demande François Arnaud, au sujet d'une autre question.  

14h03 : L'audience reprend. Nicolas Zepeda se lève pour répondre aux questions de la cour. Il prend la parole spontanément d'abord. "J'ai beaucoup attendu ce moment. Malgré la pression, le stress, c'est une accusation horrible pour quelque chose que je n'ai pas fait. Quelque part, le moment arrive, je suis prêt à répondre à vos questions et je n'ai plus peur de vous répondre", explique l'accusé avant de répondre aux questions du président François Arnaud. L'accusé affirme à nouveau avoir menti au sujet de l'objet de sa venue à Besançon. Il voulait voir Narumi Kurosaki. Le président François Arnaud reprend ensuite la chronologie concernant les différentes dépositions de Nicolas Zepeda, devant Interpol spontanément, puis face aux juges chiliens lorsqu'il refuse catégoriquement de répondre aux questions. "Si j'avais eu quelque chose à craindre et si je n'avais pas confiance en la justice française, je me serais échappé. J'étais en liberté pendant des années", explique Nicolas Zepeda suite à une question du président.

L'audience est suspendue jusqu'à 14h.

11h53 : L'enquêteur ne sera pas réentendu. Étrange matinée. L'audience est suspendue pour la pause déjeuner, jusqu'à 14h.

L'audience est suspendue à nouveau.

11h31 : Me Portejoie, avocat de l'accusé, précise que l'enquêteur Christophe T. est présent dans la salle et demande à l'interroger par rapport à l'incident survenu en début de matinée. L'audience est à nouveau suspendue, au grand dam de l'avocat général qui demande à pouvoir "enfin" interroger l'accusé sur les faits.

11h27 : Des questions troublantes ont été posées par Nicolas Zepeda à son cousin Juan Felipe. L'accusé s'est montré "intéressé par des thèmes médicaux, en référence aux signes de morts par pendaison ou lésions médicales".  

Que dois-je faire si je trouve quelqu'un de pendu ? Pourquoi meurt une personne pendue ? Combien de temps met-elle pour mourir ? Une personne meurt-elle plus vite étranglée ou la gorge tranchée ? Que se passerait-il si on manipulait une personne avec des lésions ? Comment savoir si quelqu'un est mort par pendaison ?

Nicolas Zepeda à son cousin

11h22 : Le 31 janvier 2017, Juan Felipe Contreras, cousin de l'accusé, est à nouveau entendu par la police espagnole. Il souhaite, de lui-même, compléter sa déposition. Le 25 janvier 2017, Nicolas Zepeda demande à parler à son cousin par téléphone. "Parfois, disposer de beaucoup d'informations engendre de grandes responsabilités", lui aurait dit Nicolas Zepeda, en insistant auprès de son cousin pour qu'il fasse preuve d'assurance face à la police. Il lui a rappelé aussi que la famille devait être unie dans les moments difficiles. "Il parlait de sa petite amie au présent, il tenait un discours bien préparé. À un moment il s'est relâché. Et il a dit textuellement, - Narumi aimait beaucoup la mer -. Il a été frappé qu'il parle d'elle de façon très neutre et froide", a expliqué à la police Juan Felipe, parlant de "menaces voilées" à son encontre, de la part de Nicolas Zepeda.  

11h10 : La déposition de Juan Felipe Contreras, du 24 janvier 2017, le cousin de l'accusé chez qui il s'est rendu après son passage à Besançon, est lue publiquement. Ce dernier n'a pas répondu à la demande de la justice française de témoigner durant ce procès. Il reste injoignable. Le 8 décembre 2016, Nicolas Zepeda est arrivé à Barcelone, où résidait à l'époque son cousin. "Il lui a raconté que la relation avec [Narumi Kurosaki] s'était terminée en septembre et qu'il ne l'avait pas revue depuis", lit le président François Arnaud, mettant en évidence les mensonges de Nicolas Zepeda à l'époque, alors qu'il avait bel et bien rendu visite à la victime à Besançon. Juan Felipe dit ne pas avoir observé de comportement bizarre chez son cousin. Nicolas Zepeda lui avait précisé de ne rien publier sur internet et de ne pas parler de sa visite en Espagne, expliquant avoir des problèmes avec son père Humberto. L'accusé reste à Barcelone jusqu'au 12 décembre 2016.  

11h06 : L'audience reprend. La cour décide de rejeter les conclusions de la défense. Les débats se poursuivent.

10h57 : La cour délibère toujours. Les jurés n'ont pas la possibilité de donner leur avis sur cette décision. Les avocats de la défense posent potentiellement des jalons pour un éventuel pourvoi en cassation de l'accusé, après ce procès en appel. Nicolas Zepeda, lui, est installé dans son box, entouré des trois interprètes. Le regard dans le vide et la mine triste, il semble plongé dans ses pensées. Il n'interagit pas avec ses parents installés sur le banc du premier rang, à quelques mètres seulement de lui.  

L'audience est suspendue le temps que la cour délibère.

9h40 : Me Cormier, avocat de Nicolas Zepeda, prend la parole. "Je reviens sur un incident qui résulte de la déposition du 2e enquêteur monsieur T. Nous avons reçu un document qui nous est présenté comme le support de l'intervention de monsieur T. Je l'ai examiné jusqu'à 4h du matin. Il y a un choc lorsque je constate que dans la projection qui nous a été faite ici, et dans le document remis, il y a des différences", exprime l'avocat lyonnais. Ce dernier s'étonne qu'une "collation de résultats supplémentaires" ait été faite entre les deux procès et parle d' "une enquête perpétuelle". "C'est révélateur de services d'enquête qui sont sans arrêt à enquêter", explique Me Cormier, mettant le doigt sur un point précis de procédure. L'avocat demande le renvoi du procès. Le président et ses assesseurs vont devoir statuer sur ce point. Les avocats des parties civiles argumentent sur le fait que cette demande est selon eux irrecevable. "La défense est fébrile pour nous demander un renvoi du procès pour un événement qui s'est déroulé vendredi 8", explique l'avocat général Etienne Manteaux. "Nous ne sommes pas fébriles. Nous nous plaignons de ce que certaines investigations ont été effectuées sans que nous puissions les vérifier", s'époumone Me Portejoie à la barre, soutenant la demande faite par son confrère Me Cormier.  

9h25 : L'accusé est présent dans son box. Son visage est extrêmement fermé. Il semble perdu dans ses pensées. Ses avocats discutent de temps à autres avec lui. L'audience débute.

L'audience doit reprendre à 9h15.

Après deux semaines de procès en appel particulièrement intenses, l'interrogatoire sur les faits reprochés au Chilien Nicolas Zepeda doit enfin avoir lieu ce lundi. Jeudi, après les expertises psychiatriques, l'accusé s'est effondré en pleurs dans son box en abordant les conditions de son incarcération. L'audience a dû être suspendue brusquement. "Dimension narcissique dans les relations aux autres, sentiment d'autosuffisance, tendance à la séduction, recherche de pouvoir et faible tolérance à la frustration", a notamment noté la psychologue qui a pu s'entretenir le plus longuement avec l'accusé en 2020.

(Re)lire le déroulé du 9e jour de procès en appel de Nicolas Zepeda.

Nicolas Zepeda, qui clame depuis le début son innocence, a été condamné à 28 ans de réclusion lors de son procès en première instance, à Besançon, en avril 2022. Il est accusé d'avoir assassiné Narumi Kurosaki, une étudiante japonaise de 21 ans, qui était son ex-petite amie au moment des faits. À Vesoul, son attitude reste peu ou prou la même, avec peu d'émotions visibles, hormis quand il s'agit d'aborder sa situation personnelle. Le corps de la victime n'a jamais été retrouvé malgré des années de recherches. Le Chilien risque une peine de réclusion à perpétuité. Il continue à nier son implication.

ARCHIVES. De la disparition de Narumi Kurosaki à la condamnation en première instance de Nicolas Zepeda pour assassinat :

Du 4 au 22 décembre 2023, suivez en direct les débats en cours à l'intérieur de la salle d'assises du procès en appel de Nicolas Zepeda à Vesoul. Rendez-vous chaque matin sur l'article "DIRECT" de notre site internet.

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