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Drame de Villeparois : les avocats d'Hervé Delaunay défendent la mémoire de leur client dans des lettres ouvertes

Les avocats d'Hervé Delaunay ont reçu mandat par la famille pour mener une action judiciaire en responsabilité contre l'État à la rentrée de septembre. / © France 3
Les avocats d'Hervé Delaunay ont reçu mandat par la famille pour mener une action judiciaire en responsabilité contre l'État à la rentrée de septembre. / © France 3

Le 24 juin, les corps d'Hervé Delaunay et de son fils étaient retrouvés carbonisés en Haute-Saône. Un geste désespéré du père face au placement imminent de l'enfant. Ses avocats publient deux lettres mettant en cause la justice, dont une adressée au Procureur de la République. 

Par Florence Cicolella

La façon de faire est peu courante. Maître Marie Grimaud a publié sur sa page Facebook lundi 8 juillet une lettre directement adressée à son client Hervé Delaunay. Un courrier cathartique "comme pour tenter de me réparer des maux liés à votre mort, à celle de votre fils", écrit-elle. Le 24 juin, le Haut-Saônois a donné la mort à son fils de neuf ans avant de s'immoler par le feu, sur la commune de Villeparois (Haute-Saône). L'enfant devait être emmené ce jour-là à 8h30 par les services sociaux pour être placé en famille d'accueil. La juge des enfants avait pris cette décision le 21 mai, alors qu'Hervé Delaunay avait la garde exclusive de son fils depuis 2015, date à laquelle avait commencé une procédure de divorce d'avec son épouse Jennifer Delaunay. 
 


L'avocate s'interroge sur le dernier mot reçu de la part de son client peu de temps avant le drame : "merci". Elle évoque tour à tour sa colère et son incompréhension. Mais elle entend aussi sortir de son silence pour dénoncer les déclarations faites par plusieurs personnes sur la personnalité d'Hervé Delaunay. "Aujourd'hui, je refuse de faire semblant, d'assister sans rien dire à cette mascarade sociale et judiciaire dans laquelle chacun s'autorise au mensonge, à la tromperie, à l'hypocrisie, à la calomnie...", dit-elle.

Et Marie Grimaud de s'en prendre à nouveau aux magistrats qui ont décidé du placement du fils d'Hervé Delaunay puis qui n'ont pas réagi à ses alertes. "Votre MERCI [d'Hervé Delaunay NDLR] est une leçon, délivrée dans un paroxysme de violences certes, mais appelant chacun d'entre nous à questionner en son âme et conscience la violence de ce système judiciaire avec lequel tout un chacun peut se trouver aux prises aux détours d'une épreuve de vie si commune qui est celle de la séparation d'un couple avec un enfant..."

La responsabilité de l'institution judiciaire mise en cause par les avocats


Maître Rodolphe Costantino, dernier avocat d'Hervé Delaunay dans le cadre de son divorce avec la mère de l'enfant, s'adresse, lui, directement au Procureur de la République de Haute-Saône, Emmanuel Dupic, dans une lettre ouverte. "Parce que je ne me résous pas à ce que mon client ait eu publiquement l'air de la calomnie pour requiem, parce que je ne me résous pas à ce que le mensonge se referme sur mon client comme un tombeau, parce que je ne me résous pas à voir simplement écrit sur sa stèle le mot "assassin" en guise d'épitaphe, mais surtout parce que je ne me résous pas à ce que la Vérité soit sacrifiée sur l'autel d'intérêts supérieurs que vous défendez, je vous réponds enfin", écrit le conseil sur la première des cinq pages. 

Rodolphe Costantino ne veut pas minimiser la gravité du meurtre perpétré par Hervé Delaunay sur son fils : "D'où qu'on le regarde, ce geste est monstrueux, et le frappe à jamais d'indignité", dit-il. Mais l'avocat entend souligner "toutes" les responsabilités. Reprenant certains éléments de l'affaire, les circonstances dans lesquelles a été prise la décision de placer l'enfant, il insiste sur ces courriers d'alerte envoyés par Maître Grimaud aux magistrats pour alerter "sur une issue tragique". 

"Et vous auriez voulu qu'en de telles circonstances la responsabilité de l'institution ne fût pas interrogée ?! ", s'exclame-t-il. Et de finir : "J'affirme aujourd'hui pour conclure mon propos que la plus grande faute de la Justice à mes yeux n'est pas d'avoir failli - car je sais toute la difficulté de sa tâche - mais bien qu'elle ait tenté à travers vos propos de faire porter la responsabilité de son naufrage à d'autres qu'elle-même, et notamment à ceux qui, plus que quiconque, avaient besoin d'elle et en ont été les victimes."

Contacté par France 3 Franche-Comté, le Procureur n'a pas pour l'instant réagi à ce courrier envoyé par Me Costantino.

Après ces courriers, que va-t-il se passer ? Les avocats Marie Grimaud et Rodolphe Costantino ont été mandatés par la famille d'Hervé Delaunay pour engager une procédure en responsabilité contre l'État à la rentrée de septembre. Le temps que la "famille épuisée" puisse couper un peu, selon leurs dires. Hervé Delaunay a été enterré le 3 juillet. 
 

Des courriers "particulièrement choquants et indécents"


Virginie Bardet, l'avocate de Jennifer Delaunay, ex-femme d'Hervé Delaunay et mère de l'enfant tué, a réagi vivement aux tribunes tenues par ses confrères. Même si la restitution de la dépouille du petit garçon à la mère s'est faite sans difficulté, l'avocate estime choquant que ces lettres soient publiées au moment même où l'enfant était enterré. "Un dernier voyage", comme dit Jennifer Delaunay, qui s'est fait loin des lieux du drame. 
 


"Maître Grimaud n'a pas eu un mot pour la mère dans sa lettre", s'offusque Maître Virginie Bardet. "Ces lettres sont contraires à nos usages déontologiques (...) Un petit garçon est mort et son père l'a assassiné. Les dossiers (de divorce et de placement) sont terminés de par la mort des personnes concernées. Ce genre de publication ne fait pas partie de ma pratique professionnelle et de ma morale", explique l'avocate. 

Sur les poursuites en responsabilité de l'État, Maître Bardet entend elle aussi lancer une procédure quand sa cliente sera prête. "Après la douleur, la sidération, est venu le temps du deuil", précise-t-elle. Mais sa plainte, si elle a lieu, portera sur le début de la procédure de divorce et de garde de l'enfant en 2015. Quand un expert auprès des tribunaux, dit l'avocate, avait expliqué qu'il y avait "un risque d'aliénation" du fils par le père. "Je rappelle que c'est le père qui a accusé, qui a demandé au juge que la garde soit retirée à la mère." Il est étrange de "remettre aujourd'hui la faute sur le dos de la justice", conclut-elle.
 

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