Témoignage. “On garde l’espoir de retrouver son corps” : Jean-Michel Nicolier, Français mort pour la Croatie est toujours une icône à Vukovar

Publié le Écrit par Sophie Courageot et Elisabeth Khanchali

Jean-Michel Nicolier avait 25 ans quand il est parti en 1991 combattre aux côtés des forces indépendantistes croates. Son corps n'a jamais été retrouvé. Sur place en Croatie, sa famille espère toujours, alors que le parquet de Haute-Saône vient de publier une requête aux fins de déclaration d’absence du jeune combattant.

Il avait décidé que ce serait son combat. Jean-Michel Nicolier est parti de Vesoul en Haute-Saône un jour de septembre1991 pour combattre avec l'armée croate. À 25 ans, il s’est engagé volontairement dans cette guerre d’indépendance. Il n’en est jamais revenu.


Le jeune homme a disparu alors qu’il combattait aux côtés des indépendantistes croates dans la guerre d’indépendance de la Croatie (1991-1995). Épris de justice, il estimait avoir choisi le camp des opprimés. 

C’est un garçon qui lisait beaucoup, on lisait la presse. On savait que les choses allaient s’envenimer là-bas. Un matin, quand je suis rentrée du bureau, il m’a dit “je pars, tu n’as rien à me dire, je pars, j’ai 25 ans".

Lyliane Fournier

Mère de Jean-Michel Fournier, disparu en 1991 en Croatie


Lyliane Fournier vit depuis 8 ans en Croatie avec son deuxième fils Paul. Elle est toujours émue quand elle évoque la mémoire de son jeune fils tombé sous les balles serbes, la mère de famille garde un infime soupçon d’espoir. “J’aimerais juste qu’on retrouve Jean-Michel”.

Jean-Michel Nicolier est mort, c’est une certitude pour sa famille. Pour la justice française, 33 ans après, il est sur le point d’être déclaré “absent”. Une procédure qui devrait permettre d'ici à un an d’enclencher les actes de succession, précise le parquet de Vesoul. Un symbolique et administratif acte destiné à le déclarer mort, malgré l'absence de corps.


 

Le terrible massacre de Vukovar


En 1991, c’est un reportage de guerre qui décide le jeune Comtois Jean-Michel Nicolier à rejoindre les forces de libération croates.
“Mon frère n’a jamais été d’extrême droite comme ont pu le dire certains journaux. C’était quelqu’un de gentil, de bien. Il était apolitique” confie Paul Nicolier son jeune frère, aujourd’hui âgé de 56 ans. Trois décennies sont passées, mais la famille Nicolier n’a rien oublié. Jean-Michel Nicolier aurait aujourd'hui 58 ans.

Quand Vukovar est tombée, les Serbes ont bloqué tous les accès. Mon frère était blessé à l’hôpital. Les Serbes ont trié là-bas des gens pour les emmener dans une bergerie, les battre et les mettre à mort.

Paul Nicolas, frère de Jean-Michel Nicolier


Le massacre de Vukovar a duré trois jours, du 18 au 21 novembre 1991. Les forces serbes ont exécuté sommairement 260 personnes dans l’hôpital le 20 novembre, après la prise de la ville.

Des journalistes français verront pour la dernière fois le Français


“Je n’avais plus de nouvelles de mon fils depuis le 7 octobre 1991. C’est une journaliste française qui m’a contacté, elle venait de voir à l'hôpital, Jean-Michel en vie. Le lendemain, il n’y était plus” se remémore avec douleur Lyliane Fournier.


À la veille du massacre de Vukovar, à l’équipe de journalistes, Jean-Michel confie qu’il n’est pas prêt, même blessé, à quitter le combat pour la Croatie. “Plusieurs fois, on m’a proposé de rentrer en France ou de sortir tout du moins de Vukovar, mais je suis resté”, racontait-il alors. Pour lui, Vukovar symbolisait “une boucherie”.

La guerre de Croatie (1991-1995) s’inscrit dans les guerres de Yougoslavie qui se sont déroulées entre 1991 et 2001. Elle a opposé la Croatie qui proclamera son indépendance le 25 juin 1991 et l’Armée populaire yougoslave (JNA), contrôlée par le gouvernement fédéral de Belgrade. Guerre d’indépendance ou sécession ? Telle est la question qui les a opposées. En 1995, le conflit s'est soldé par la victoire de la Croatie.

Un héros national en Croatie


Jean-Michel Nicolier est devenu un symbole de l’indépendance du pays. Une phrase "né Français, mort Croate", est très utilisée pour parler de ce héros national. En 2011, il a été décoré à titre posthume par le président croate Ivo Josipovic. Une statue a été érigée à Vukovar, un pont sur la rivière Vuka porte son nom depuis 2014. 


“La mémoire de mon frère est toujours très présente. On trouve son nom dans les livres scolaires. Des places portent le nom Jean-Michel Nicolier. Il sera présent dans le futur musée à Zagreb qui rendra hommage aux étrangers volontaires alors pour aider la Croatie” ajoute Paul Nicolier.

Le peuple croate continue à l’honorer et n’a jamais compris pourquoi un Français de 25 ans est venu mourir en Croatie.

Paul Nicolier, frère de Jean-Michel Nicolier, disparu en Croatie depuis 1991


Chaque année, le 18 novembre, jour anniversaire du début du massacre de Vukovar, des centaines de milliers de Croates marchent de l’hôpital vers le cimetière de la ville.

En novembre 2021, lors de sa visite officielle à Zagreb, le président français Emmanuel Macron a rencontré la mère de Jean-Michel Nicolier. Le Vésulien faisait partie des quelque 480 volontaires étrangers venus de 35 pays qui avaient rejoint les forces croates. Sa famille n'a jamais cessé le combat. Elle a lancé en 2016 une procédure en France auprès du tribunal de grande instance de Paris pour crime contre l’humanité.

Où les Serbes ont-ils abandonné le corps du jeune français ? Sa famille espère avoir un jour la réponse. En Croatie, la guerre s’est soldée par un bilan officiel croate de 13 000 morts et près de 40 000 blessés. 1600 personnes seraient encore portées disparues, selon le frère de Jean-Michel Nicolier. 

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