Histoire : le 18 juin 1940, la Bourgogne était en plein exode

Il y a 80 ans, le 18 juin 1940, le général de Gaulle exhortait à lutter contre l’armée allemande. À ce moment-là, très peu de Français entendirent son appel car ils fuyaient l'occupant. De nombreux Bourguignons étaient aussi en plein exode.
Distribution d'essence aux réfugiés. Dessin d'E. J. Thoorens.
Distribution d'essence aux réfugiés. Dessin d'E. J. Thoorens. © Archives départementales de la Nièvre

"Vive la France libre". Ces mots sont ceux d'un papillon qui fut collé le vendredi 30 août 1940 sur les murs du Ciné-Parc, cinéma du centre-ville de Nevers (Nièvre). Mais ce sont aussi les termes employés par Charles de Gaulle pour initier la lutte contre l’occupant allemand.

Ce papillon serait-il donc une référence à l’appel du 22 juin 1940 dans lequel Charles de Gaulle déclare plus exactement "Vive la France, libre, dans l’honneur et dans l’indépendance !" ? 

L’auteur du papillon a-t-il entendu le général à la radio ? Ou a-t-il seulement voulu glorifier la France qui ne se soumet pas au régime du maréchal Pétain et aux Allemands ?

C’est ce que se demande Michaël Boudard, chargé des études documentaires aux Archives départementales de la Nièvre. "Je suppose qu’on parle de la France libre. Cela pourrait vouloir dire que cette personne a pu entendre la radio anglaise et elle sait que la France libre est désormais l’organisation combattante pour la France. Cette personne veut résister."

Papillon collé le vendredi 30 août 1940 sur les murs du Ciné-Parc, à Nevers (Nièvre).
Papillon collé le vendredi 30 août 1940 sur les murs du Ciné-Parc, à Nevers (Nièvre). © Arch. dép. Nièvre, 1067 W 97

 

Pourquoi des papillons ? Parce qu’ils étaient bien plus pratiques que les tracts : ils se distribuaient rapidement et étaient collés sur les murs des villes.

"Ils avaient l’avantage de ne pas consommer beaucoup de papier - denrée rare - et il étaient faits la plupart du temps à la main donc ils ne nécessitaient pas d’encre ni d’imprimerie. Il y en aura de plus en plus en 1942 et 1943", explique l’archiviste.

Un appel très peu entendu

L’appel historique du 18 juin 1940 prononcé par le général de Gaulle depuis Londres invitait les Français à continuer la lutte contre l’armée allemande. La veille, à la radio, le maréchal Pétain, alors à la tête du gouvernement français, avait annoncé la capitulation du pays, marquant ainsi le début de l’Occupation par les Allemands.

L’appel - dont on commémore les 80 ans - a pourtant eu peu d’écho au moment des faits.

Dans la région, même la figure de la résistance nivernaise Marcel Henry n’en a pas eu connaissance : "Cet appel, pratiquement personne ne l’a entendu et pour cause ! Avec l’arrivée des Allemands, toute vie est éteinte, plus d’électricité, ni téléphone, les commerces sont vides. Plus de travail, la plupart des patrons d’entreprises ont pris le chemin de l’exode et tout est arrêté." 

Dans Au-devant de la vie, publié en 2013, le résistant poursuit : "cet appel, nous en aurons connaissance beaucoup plus tard, expédié du ciel par les avions de la Royal Air Force, ou retransmis par ‘’Radio Paris’’ avec des commentaires défaitistes."

Aurore Callewaert, directrice du Musée de la Résistance en Morvan et du Mémorial de Dun-les-Places, renchérit : "L’appel du 18 juin est très peu entendu car les gens sont sur les routes et tout le monde n’a pas de poste de radio (il y en a dans un foyer sur deux seulement). L’appel du général n’est pas enregistré, il l’enregistrera dans les jours suivants. Beaucoup n’ont pas connaissance de cet appel".

 

L'appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle a en réalité été très peu entendu par les Français.
L'appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle a en réalité été très peu entendu par les Français. © Archives départementales de la Nièvre

 

À l’époque, les journaux locaux ne paraissent plus, donc ce n’est que bien plus tard qu'ils feront état du discours du général. 

L’exode des Bourguignons

En vérité, au moment de cet appel, un autre drame se déroule en Bourgogne : le "massacre des 43 tirailleurs sénégalais" durant lequel des tirailleurs de l’armée française sont tués à Clamecy (Nièvre) en raison de leur couleur de peau.  

 

À cette date aussi, comme toute la population française, les Bourguignons sont en plein exode. La Bourgogne est entièrement occupée par les soldats de la Wehrmacht. La région est alors coupée en deux par la ligne de démarcation qui longe la Loire tout en séparant la Saône-et-Loire (le Charolais, le sud chalonnais, la Bresse et le Mâconnais sont quant à eux rattachés à la zone libre). 

Distribution de denrées aux réfugiés. Dessin d'E. J. Thoorens du 24 juin 1940 réalisé et publié sous le contrôle et la validation des Allemands afin de montrer que la "vie continue".
Distribution de denrées aux réfugiés. Dessin d'E. J. Thoorens du 24 juin 1940 réalisé et publié sous le contrôle et la validation des Allemands afin de montrer que la "vie continue". © Archives départementales de la Nièvre

 

Aurore Callewaert explique : "la particularité de la Bourgogne est le fait d’être ensuite traversée par la ligne de démarcation et le passage de la ligne sera l’une des premières actions de résistance pour un grand nombre de personnes, persécutées et/ou pourchassées. De ce fait, la Bourgogne accueille un grand nombre de réfugiés du Nord de la France, qui fuient les combats de juin 1940. Un certain nombre d’entre eux resteront sur place." 

L'écrivaine Irène Némirovsky arrêtée en Saône-et-Loire

L’exode se fait dans les deux sens : on vient se réfugier en Bourgogne mais on en part aussi.

"En fonction de l’avancée des troupes allemandes, des Bourguignons quittent leur foyer. Des Dijonnais vont du côté d’Autun, de Beaune… Ils reviendront une fois les combats terminés. Les civils sont au coeur des combats", rappelle l’historien Jean Vigreux.

C’est justement en Bourgogne que décide de se réfugier avec sa famille l’écrivaine Irène Némirovsky (1903-1942), plus précisément à Issy-l’Évêque (Saône-et-Loire), au nord de la ligne de démarcation. L’autrice de Suite française y sera arrêtée le 13 juillet 1942. Elle sera ensuite transférée au camp de transit de Pithiviers (Loiret) et mourra au camp d’Auschwitz un mois plus tard.

 

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