Souvenirs d'en France : les cartes postales de Jean-Marie Combier

Il n’y a pas si longtemps, les présentoirs de cartes postales tournaient dans le vent de la plupart des villes et villages de France. Les cartes postales CIM de Jean-Marie Combier nous livrent un formidable témoignage sur la France du 20e siècle.

Le site des cartes postales CIM
Le site des cartes postales CIM © Fonds Combier
Les cartes postales CIM ont été le quotidien des Français pendant des années, ces trois lettres sont les initiales de Combier Imprimeur Mâcon. On en a tous vu naguère sur nos lieux de vacances ou en fouillant dans les boites de souvenirs de famille.
Pendant près d’un siècle, la maison CIM va publier plus de dix millions de cartes postales différentes, couvrant toute la France ou presque et même l’Afrique du Nord.
 

Jean-Marie Combier, un destin français

Fils et petit-fils de vigneron né à Serrières, dans le Macônnais, Jean-Marie Combier a fait très jeune le choix de la photographie, malgré l’avis de ses parents. A seize ans, il décide de se former auprès d’un photographe professionnel à la Clayette, une bourgade du Charolais située à 40 kilomètres de son village natal.
Jean-Marie Combier
Jean-Marie Combier © Fonds Combier
Il devient à partir de 1910 un témoin privilégié de son époque. Il photographie la "vie de tous les jours" : les pèlerinages, les loisirs, les travaux agricoles…
A l’heure ou peu de personnes possèdent un appareil photo, il vend ses photographies à de nombreux commerçants qui les éditent pour le marché local.
Afin de photographier les départements voisins et élargir sa clientèle, le photographe fait l’acquisition d’un vélo, puis d’un side-car, plus pratique pour emmener son matériel. Il signe d’ailleurs ses photos en installant son véhicule sur les clichés.
Carte postale de Verzé par Jean-Marie Combier
Carte postale de Verzé par Jean-Marie Combier © Fonds Combier

En 1912, à vingt et un ans, il est appelé à accomplir son service militaire de trois ans à Bourges comme artilleur. Il profite de ses permissions pour continuer à réaliser des photos.
Il devient un éditeur renommé de cartes postales sous la marque-signature CIM (Combier Imprimeur à Mâcon) qu’il appose sur ses carte en 1935.
Il constitue entre 1907 et 1968 un fonds photographique unique de plus de dix millions de clichés différents sur toute la France et l’Afrique du Nord dont plus d’un million nous est parvenu.
 

Le Fonds photographique CIM

Conservé au Musée Niépce de Châlon-sur-Saône, ce fonds d’archives méconnu présente 95 % des communes de France, ce qui fait sa richesse et son intérêt. C’est un formidable témoignage sur la France du 20e siècle, y compris des photographies aériennes à partir de 1949, ce qui est unique.

Avant le fonds Combier, je n’étais pas sûr que le musée puisse exister, il n’y avait rien sauf qelques incunables de Niépce

Paul Jay, fondateur et ancien conservateur du musée Niépce

Comprenant près d’un million de photographies différentes, classées par département et par commune, ce fonds méconnu et inédit a été déposé au Musée Niépce en 1975.
Le Fonds Combier au musée Nicéphore Niépce de Chalon-sur-Saône
Le Fonds Combier au musée Nicéphore Niépce de Chalon-sur-Saône © Bonne Etoile Productions


La carte postale, média de masse

Depuis le début du siècle et les expositions universelles la carte postale est le nouveau medium en vogue, l’outil de communication du quotidien. Il s’en vend par millions.
Le moindre événement donne lieu à une édition, même en petite quantité.
Pour répondre à la demande, les commerçants d’une bourgade ou d’un village s’improvisent éditeurs. Ces cartes postales relatent une mémoire locale, souvent populaire.
Scène de rue à Montbard
Scène de rue à Montbard © Fonds Combier

Etape intermédiaire entre la photographie et l’image numérique dans la mesure où elle est reproduite à des milliers puis des millions d’exemplaires, la carte postale accompagne l’essor de la mondialisation des images et participe au développement du tourisme, puis du tourisme de masse. On est fier, on aime montrer, souvent pour la première fois, le lieu de sa villégiature ou les sites d’une excursion en famille et l’on s’empresse d’envoyer une carte postale de l’endroit.
Les Saintes-Marie-de-la-Mer
Les Saintes-Marie-de-la-Mer © Fonds Combier

Actuellement, la carte postale sous son format papier est devenu désuète et elle est dorénavant plutôt l'objet de nombreuses collections. 
La pratique d’envoi de messages et d’images subsiste maintenant dans la pratique des réseaux sociaux.
 

Les cartes postales de Jean-Marie Combier, témoignages uniques de la Première Guerre mondiale

Pendant quatre ans et demi, en tant qu’artilleur canonnier Jean-Marie Combier va combattre sur les champs de bataille de la Somme, de la Marne et à Verdun.
Contre toute attente, ce conflit lui sert de tremplin et sera pour lui un accélérateur de carrière.
Au milieu de tout ce chaos, il continue à photographier le quotidien de ses camarades de combat.
C’est un témoignage unique de  de scènes de la vie quotidienne, dans les zones de repos ou à l’arrière du Front, qu’il fixe avec son appareil photo.
Scène de la vie quotidienne des poilus
Scène de la vie quotidienne des poilus © Fonds Combier
Le photographe nous laisse un témoignage unique sur les habitations précaires des soldats, les cantonnements, mais aussi l’armement et les préparatifs avant une attaque. Il les fige dans la peur, la boue, le sang des assauts et des attaques, mais aussi les rires, la camaraderie….

Chargé du service postal en tant que vaguemestre, il bénéficie d’un vélo lui permettant d’aller à plusieurs kilomètres du Front.
C’est ainsi qu’on lui doit un étonnant reportage sur le Poilus Park de Commercy, une sorte de parc d’attractions et de loisirs, où les soldats au repos se livrent, à seulement quelques kilomètres du Front, à des activités récréatives telles que des combats de boxe à l’aveugle, ou des concours de natation, avec la bénédiction de leur état-major.
Le Poilus-Park de Commercy
Le Poilus-Park de Commercy © Fonds Combier

A la fin de la guerre, il fait une série de photos de villages bombardés.
Le photographe va connaître ses premiers succès commerciaux en éditant des cartes montrant les ravages de la guerre dans les communes de Champagne, de la Meuse et de la Marne.
La ville de Noyon dans l'Oise après les bombardements
La ville de Noyon dans l'Oise après les bombardements © Fonds Combier
Il produit à cette époque plusieurs milliers de cartes (jusqu’à 2000 cartes par sujet !) qu’il vend lui-même aux commerçants.
La carte postale participe à l’effort de guerre en contribuant à la propagation des idées patriotiques.
 

Chroniques photographiques de la France au 20e siècle

Ce parcours photographique débuté en 1907, qui se poursuivit et se développa dans les tranchées et sur les décombres de la première guerre mondiale, raconte la France en cartes postales.
Il relate l'histoire de manière documentaire avec ses drames et ses bonheurs, des tranchées et monuments aux morts de la guerre de 1914-1918 aux transformations tous azimuts des Trente glorieuses (1944-1974), de la société de consommation et des loisirs des années 1980.
Jean-Marie Combier a parcouru sa région et la France d’abord en vélo dans sa jeunesse, puis en side-car, puis en voiture à partir de 1920 et en avion puisqu’il achète en 1949, aux Domaines, des avions de reconnaissance laissés par les Américains après la guerre. 
Avec ces photos aériennes Jean-Marie Combier réalise le rêve qui le nourrit depuis 1919 : avoir au moins une photographie de chaque village de France.
Vue aérienne d'Escolive, dans l'Yonne
Vue aérienne d'Escolive, dans l'Yonne © Fonds Combier

Ses cartes postales nous permettent de découvrir avec nostalgie les villages d’autrefois, les premières stations de ski, les cités industrielles, les coeurs de villes, mais aussi les grands sites naturels (cascades, montagnes, rivières, bords de mer) et les « beaux sites architecturaux » dans leur époque.


"Souvenirs d'en France : les cartes postales de Jean-Marie Combier", un film de Caroline Reussner
Coproduction France Televisions / Bonne étoile productions
Diffusion lundi 26 octobre à 23h25 et vendredi 13 novembre à 9h15
A revoir sur la page émission "La France en Vrai"



 
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