Cépage Chardonnay en Beaujolais:un sujet qui fâche

Le chardonnay planté en Beaujolais a trois débouchés possibles : Beaujolais blanc, Coteaux Bourguignons et crémant

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Beaujolais blanc, un sujet qui fâche

Depuis environ trois ans, les relations ne sont pas au beau fixe entre les vignobles beaujolais et bourguignons. Alors que le vignoble Beaujolais veut se rapprocher de la Bourgogne pour mieux résister à la crise, les bourguignons redoutent une concurrence déloyale

Depuis trois ans, les rapports entre les interprofessions de Bourgogne et du Beaujolais sont tendues. Sur fond de crise du vignoble Beaujolais, on assiste à un phénomène nouveau, la plantation de cépages bourguignons à la place du traditionnel Gamay, qui est parfois perçu comme une concurrence déloyale  par les viticulteurs bourguignons

Côté Bourgogne, voici en vrac les reproches et les craintes :  D'abord, le Beaujolais raccrocherait le wagon bourguignon pour se sauver de la crise alors qu'il revendiquait haut et fort son autonomie par rapport au puissant voisin quand son vignoble était florissant. Ensuite, ce rapprochement se ferait aux dépens des viticulteurs bourguignons. Et de citer par exemple la pratique, parfaitement légale, qui autorise les vins produits en Beaujolais à base de cépages bourguignons (pinot et chardonnay)  à porter un nom faisant mention de la Bourgogne. Très longtemps, il s'est agi pour les rouges de l'appellation "Bourgogne Grand Ordinaire", désormais remplacée par "Côteaux Bourguignons" sous la pression des Bourguignons, précisément, qui ne voulaient plus que le mot "Bourgogne" soit accolé à ces vins.

Quant aux Beaujolais blancs, ils ne pourront plus être commercialisés sous l'AOC "Bourgogne blanc" que s'ils proviennent de parcelles délimitées.

Même avec ces ajustements, certains professionnels bourguignons redoutent un arrivage massif de ces vins qui déstabiliserait le marché. En rouge , l'appellation générique Bourgogne ne se porte pas précisément bien et souffrirait à coup sûr de nouveaux volumes apportés sur le marché. Une crainte que ne justifie toutefois pas la réalité des chiffres, tant la plantation de pinot en Beaujolais reste marginale. Reste la pratique, très ancienne, dite du "repli", elle aussi autorisée, qui permet de commercialiser les crus du Beaujolais sous l'appellation Bourgogne simple. Mais s'ils ont ici des griefs à formuler, les bourguignons devraient peut-être moins les adresser à leurs collègues beaujolais qu'aux maisons de négoce, qui recourent régulièrement depuis des années à cette solution avantageuse.

Rouge : rien ne bouge. Blanc : tout fout le camp

Il est difficile de connaître précisément la superficie plantée en chardonnay dans le Beaujolais. La dernière estimation, qui date de 2009, serait de 450 hectares, sur les 20500 que compte le vignoble Beaujolais.

Pour certains viticulteurs ou caves coopératives, il s'agit simplement de diversifier un peu leur production avec du Beaujolais blanc. Ils tentent ainsi  de compenser la mévente des vins rouges, qui touche de plein fouet les  Beaujolais simples et même les Villages, seuls les crus parvenant à résister à la crise. Mais la plantation de chardonnay à cette fin ne semble pas très importante. Les caves beaujolaises ont été conçues pour vinifier du vin rouge et une reconversion serait compliquée et coûteuse. Par ailleurs, le socle granitique du Beaujolais ne favorise pas la meilleure expression du chardonnay, à la différence des sols argilo-calcaires présents dans toute la Bourgogne, dès le Mâconnais.

Peu significative également, quantitativement,  semble  la vente sous l'appellation Coteaux Bourguignons. En revanche,  l'élaboration de crémants de Bourgogne paraît être le débouché le plus couru et la principale cause des plantations de chardonnay en lieu et place du gamay arraché en Beaujolais. Là encore, les grands négociants bourguignons ont un rôle majeur dans ce processus. C'est souvent sur leur impulsion que des viticulteurs du beaujolais se lancent dans le chardonnay, parfois en passant avec le négoce de véritables contrats d'intégration. Le négociant finançe la plantation et les frais de cultures et le viticulteur s'engage à  lui livrer sa production pendant tant d'années, à un prix qui ne paraît d'ailleurs pas toujours fermement garanti.

L'explication de ce phénomène est simple : la demande est très soutenue sur le crémant de Bourgogne et les négociants veulent donc accroître leurs volumes. Celà peut même passer par l'achat de vignes par le négoce bourguignon, un hectare valant de deux à dix fois moins chers en Beaujolais qu'en Bourgogne.