“J’ai du mal à comprendre cette décision” : mariages, fêtes et rassemblements familiaux limités à 30 personnes

Dans 69 départements classés en rouge dont le Doubs et Territoire de Belfort, les rassemblements "fêtes, mariages, tombolas, événements associatifs, anniversaires, communions devront se tenir en petit comité, à moins de 30 personnes" a annoncé le 23 septembre, le ministre de la Santé Olivier Véran.

Image d'illustration.
Image d'illustration. © Pixabay
La réduction des rassemblements familiaux à 30 personnes dans le Doubs ou le Territoire de Belfort, la Saône-et-Loire, Côte d'or et 65 autres départements de France : la nouvelle a vite circulé au sein des familles. La mesure entrera finalement en application à compter du lundi 28 septembre.

Alors que la date couperet, n'était pas encore précisément connue, les amoureux qui devaient se dire oui dans les prochains jours, se demandent si leur union pourra bien avoir lieu. Plusieurs d'entre eux nous ont confié leurs craintes, doutes, incompréhension parfois.
 

Un oui en comité réduit pour Clément et Fanny ? 

Clément et Fanny devaient se dire oui le 3 octobre à Pierre-Fontaine les Blâmont dans le Doubs. “On hésite encore à tout annuler. Ou à repousser. On a la trentaine, on a des grands-parents âgés, on sait que si on reporte en 2022, ils ne seront peut-être plus là” s’inquiète Clément. Le couple avait déjà reporté ce printemps ce mariage en raison de l’épidémie de Covid. Là, c’est un peu le coup de bambou. “On avait tout prévu, le vin d’honneur, les invités, on sait qu’on ne récupérera pas certaines sommes dépensées” ajoute le futur marié. 

“On a commencé à prévenir nos invités, que ça sentait “mauvais”. On privilégiera la famille proche, les cousins, les anciens, les témoins” complète Clément, affecté par la nouvelle d’un mariage sans doute réduit à 30 personnes.
 
Dans le garage, les courses du mariage déjà repoussé s'entassent.
Dans le garage, les courses du mariage déjà repoussé s'entassent. © Clément


"Le moral est au plus bas, j’ai du mal à comprendre cette décision" confie une future mariée


Dans la famille des mariés, Lise et Jérémy devaient aussi se dire oui samedi 3 octobre. L’union était prévue au départ le 20 juin, mais le couple y a renoncé pendant le confinement.

“On est à une semaine et demie du mariage, tout était prêt, on avait acheté le vin, j’avais fait les essais de chignon. Le moral est au plus bas. J’ai un peu de mal à comprendre cette décision alors que cet été, il y a eu des milliers de personnes au Puy-du-Fou” explique Lise.

Le couple avait réservé une salle municipale, il s’apprête à l’annuler. Le traiteur a donné son accord pour reporter sa prestation. Une cinquantaine d’invités étaient prévue. “Nos enfants sont déçus de ce report” déplore Lise. Les alliances vont dormir dans leur boîte jusqu’en juillet 2021, nouvelle et troisième date choisie par ce couple de Serre-les-Sapins dans le Doubs. 
 
Lise et Jérémy, un mariage qui se fait attendre, repoussé par deux fois avec l'épidémie de Covid.
Lise et Jérémy, un mariage qui se fait attendre, repoussé par deux fois avec l'épidémie de Covid. © Lise et Jérémy


Trois communions qui ne sont plus à la fête

Dans le Haut-Doubs, Sandra d’Houtaud devait faire les communions de ces enfants et de sa filleule. Les dates sont calées, 4 octobre, 11 octobre et 8 novembre. Des communions qui n’ont pu se dérouler au printemps. 

“On devait faire un repas en commun au départ avec les trois communiants, on a tout annulé. Avec cette nouvelle décision, c’est la grande inconnue. Les enfants n’ont plus envie de faire leur communion, les adultes non plus. La communion est une fête familiale, là ce ne sera pas la fête.. Faire un repas avec quatre personnes autour d’une table, ce n’est pas la fête” regrette Sandra. La mère de famille dit comprendre néanmoins ces mesures Covid, même si elle trouve que les injonctions sont parfois contradictoires entre le milieu familial, et le monde du travail par exemple. “On a l’impression de retourner en arrière” nous dit Sandra, comme si le confinement recommençait. 
La décoration de la table de communion a été revue. Et Sarah et sa famille se demandent s'ils vont pouvoir se réunir en famille prochainement.
La décoration de la table de communion a été revue. Et Sarah et sa famille se demandent s'ils vont pouvoir se réunir en famille prochainement. © Sarah d'Houtaud

 
“On est croyant, c’est frustrant de ne pas pouvoir marquer le coup”

Romane et Augustin devaient faire leur communion et profession de foi les 18 octobre et 8 novembre. Sylvie, leur maman, est dans l’expectative. “C’est super compliqué, on hésite à inviter du monde, c’est un jour important, c’est une fois dans la vie, mais si quelqu'un tombait malade, on se sentirait responsable” dit cette mère de famille de Noirefontaine dans le Doubs. “On pensait être au moins 30. Là, on attend. On est croyant, c’est frustrant de ne pas pouvoir marquer le coup. En même temps, on comprend qu’il faut protéger les personnes âgées, on s’en voudrait” lance Sylvie. “Les communions, en général, on les prépare dans une ambiance très familiale”: Ce ne sera pas le cas cette année pour cette famille qui s’apprête à les célébrer en petit comité. 
 
Des professions de foi et communions dans l'attente avec de nouvelles limitations sur les rassemblements familiaux.
Des professions de foi et communions dans l'attente avec de nouvelles limitations sur les rassemblements familiaux. © Sylvie

Dans l'appel à témoignages lancé sur notre page Facebook, vous êtes nombreux à vous interroger sur cette nouvelle donne. Delphine s'étonne qu'on interdise les rassemblements familiaux de plus de 30 personnes. "Par contre on autorise plus de 30 élèves dans une classe cherchons l'erreur" dit-elle. Marie ajoute : "Et les élèves qui sont plus de 30 en classe, ou les profs retirent le masques . Là c'est normal...c'est du grand n'importe quoi . École ok, mais mariages, baptêmes,etc.. annulés. Chercher l'erreur" lance-t-elle.  
 


"Evitez, autant que possible, les rassemblements privés", écrivent des médecins


"Les Français respectent plutôt bien les mesures dans la sphère publique et la sphère professionnelle. Mais il reste cette troisième sphère, la sphère privée, qui peut être un point d'échappée pour le coronavirus", expliquait mi-septembre Philippe Amouyel, professeur de santé publique au CHU de Lille. Le médecin est cosignataire d'une tribune parue dans le Journal du dimanche (JDD).
"Evitez, autant que possible, les rassemblements privés", écrivent les médecins qui l'ont signée, en appelant à "siffler la fin de la récréation" alors que l'épidémie repart en France, avec des chiffres en hausse continue.
"Plus une pièce est petite, plus elle contient de monde, moins elle est aérée, et plus vous augmentez les risques. Réduisez le nombre de personnes présentes dans le cadre privé. Si possible, reportez toute réunion. Sinon, portez un masque, comme au travail. Sans oublier la distanciation", poursuivent-ils.


26% des foyers de contamination proviennent des rassemblements familiaux et évènements publics/privés


Selon l'agence sanitaire Santé publique France, le "milieu familial élargi" et les "événements publics/privés rassemblant de manière temporaire des personnes" sont à l'origine d'un quart (26%) des quelque 1.600 foyers de contamination (ou "clusters") repérés depuis la fin du confinement en mai. C'est presque autant que les entreprises, qui occupent la première place (29%).

"Rassemblements privés et autres fêtes familiales sont des événements à haut risque non seulement de transmission mais aussi de passage du virus à des personnes à risque, car ce sont le plus souvent des événements intergénérationnels", explique quant à lui l'épidémiologiste Antoine Flahault.


Un taux d'incidence en hausse en Bourgogne-Franche-Comté

Vendredi 18 septembre, en Bourgogne-Franche-Comté, quatre départements étaient en "rouge" ayant dépassé le seuil de 50 cas pour 100.000 habitants. Voici quelle était la situation : 

- en Côte-d’Or (80 cas pour 100 000 habitants) l’incidence demeure bien au-delà du seuil d’alerte de 50 pour 100 000 habitants. La métropole dijonnaise est suivie avec attention compte tenu d’un taux d’incidence à 140 pour 100 000 habitants sur 7 jours.
- le Territoire-de-Belfort (56 cas pour 100 000 habitants) et le Doubs (56 cas pour 100 000 habitants) dépassent le seuil d’alerte.
- la Saône-et-Loire (50 cas pour 100 000 habitants) atteint le seuil d’alerte.
- l’incidence augmente dans la Nièvre (33 cas pour 100 000 habitants) et de manière très marquée dansl’Yonne (39 cas pour 100 000 habitants).
- le virus progresse plus modérément dans le Jura (29 cas pour 100 000 habitants).
- l’incidence est en baisse en Haute-Saône (15 cas pour 100 000 habitants).

La situation évolue chaque jour, le Doubs par exemple est passé à 71 nouveaux cas pour 100.000 habitants à la date du 20 septembre. Voir l'évolution en temps réel avec les données de Geodes Santé Publique.
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