Jaunisse de la betterave : le retour à l'usage de néonicotinoïdes face aux apiculteurs

C'est un phénomène visible sur toutes les grandes cultures de betteraves sucrières : des feuilles jaunes et des betteraves sucrières atrophiées, synonyme de pertes de rendement. Un puceron transmet cette jaunisse, il pourrait être éradiqué par un insectide actuellement interdit.
Des champs de betteraves, jaunies par la maladie, à Villemanoche (Yonne)
Des champs de betteraves, jaunies par la maladie, à Villemanoche (Yonne) © FTV Claude Heudes

Des champs entiers concernés

Sébastien Roger est un producteur betteravier basé à Villemanoche (Yonne)
Son champ de betteraves est touché entre 30 et 40% par la maladie de la jaunisse : c'est un problème nouveau arrivé cette année, qui fait suite à l'interdiction d'enrobage des semences avec un insecticide néonicotinoïde, sans solution alternative. 
Une betterave peu malade dans la main gauche, une autre, dont la totalité des feuilles sont jaunes, deux fois plus petite, dans la droite.
Sébastien Roger résume simplement "Avec 30 ou 40% de récolte en moins, on perd de l'argent. Aujourd'hui un certain nombre d'agriculteurs, enfin beaucoup, se posent la question de poursuivre cette culture."

Les néonicotinoïdes, ennemis des apiculteurs 

Ces néonicotinoïdes, qui s'attaquent au système nerveux des insectes et donc des pollinisateurs comme les abeilles, ont été interdits de tout usage phytosanitaire en septembre 2018.
Face aux difficultés des betteraviers, particulièrement importantes au sud d'une ligne Rouen-Reims, le gouvernement a annoncé jeudi 6 août vouloir "une modification législative cet automne" pour ré-autoriser dès 2021, sous "conditions strictes", des semences enrobées de l'insecticide afin de "pérenniser" la filière sucrière. 
Et ce malgré l'opposition des défenseurs de l'environnement et des apiculteurs, dénonçant un "retour en arrière".
Martial Dunant est apiculteur à La Chapelle-Champigny. Pour lui le retour à l'utilisation de néonicotinoïdes est une "aberration", et cela pourrait donner d'autres idées aux agriculteurs. 
L'apiculteur réagit : "On a des problèmes sur les orges d'hiver, sur le blé, sur le maïs avec d'autres insectes. Donc, pour eux, c'est clairement le pied dans la porte pour ré-homologuer le produit sur l'ensemble des cultures, et ça c'est clairement pas possible !"
Les néonicotinoïdes avaient été interdits depuis deux ans car ils s'attaquent au système nerveux des abeilles
Les néonicotinoïdes avaient été interdits depuis deux ans car ils s'attaquent au système nerveux des abeilles © FTV Claude Heudes

L'Yonne comporte 2500 ha de betteraves pour 150 producteurs, les néonicotinoïdes pourraient bientôt être à nouveau autorisés, pour une période limitée à deux ans.

Le reportage de Baziz Djaouti et Claude Heudes
Intervenants : 
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La jaunisse de la betterave, la faute aux pucerons
Le virus de la jaunisse est transmis par le puceron vert du pêcher (Myzus persicae) et le puceron noir de la fève (Aphis fabae). Les pucerons prélèvent le virus en se nourrissant sur d'autres plantes contaminées. Les réservoirs de virus peuvent être des chénopodes (épinards, ansérine blanche, arroche étalée), mouron blanc ou des betteraves ensilées.
Les conditions favorables sont les hivers doux et les printemps chauds, permettant ainsi aux pucerons vecteurs de survivre et de contaminer rapidement les champs. En général, plus l'infection est précoce, plus la perte de rendement sera importante.
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