JO 2022 côté coulisses : des démarches en cascade pour entrer en Chine et une montagne d'incertitudes liées au Covid-19

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Écrit par Sarah Rebouh

Les Jeux Olympiques 2022 se déroulent en Chine du 4 au 20 février dans un contexte extrêmement délicat. Une équipe de France 3 Franche-Comté doit se rendre sur place pour vous faire vivre l'événement. On vous raconte les coulisses, en amont de l'événement.

Couvrir les Jeux Olympiques pour un journaliste amoureux du sport s'apparente dans la grande majorité des cas à un rêve de gosse. C'est tout simplement la compétition sportive la plus importante au monde et ce depuis que le sport professionnel existe. Autant vous dire que nous étions très enthousiastes à l'idée de couvrir pour vous un événement d'une telle ampleur, aux côtés de plusieurs athlètes francs-comtois. C'était sans compter sur le contexte sanitaire doublé à contexte politique extrêmement délicat, qui ajoute à l'enthousiasme une certaine dose de stress. 

Des JO inédits à l'ère du Covid-19

Une bulle sanitaire ultra-contrôlée 

La Chine a mis en place des mesures très strictes sur place et en amont de l'événement pour les participants afin de limiter la propagation du virus Covid-19, alors que la présence du variant Omicron a été détectée à plusieurs reprises ces dernières semaines sur le territoire chinois. Pour rappel, la Chine applique la politique du "zéro Covid", entraînant des mesures très drastiques pour la population, au moindre signalement de cas. Plusieurs territoires ont d'ailleurs été confinés entièrement ces dernières semaines, et notamment la ville de Xi’an et ses 13 millions d'habitants. 

Autour des sites olympiques et des hôtels destinés à accueillir les participants, une bulle sanitaire a été mise en place. Nous ne pourrons pas en sortir durant tout l'événement. Impossible pour nous d'entrer en contact avec quelqu'un situé à l'extérieur de cette bulle, délimitée par des barrières et de nombreux points de contrôles gérés par les autorités chinoises. Sur place, contrairement à la Corée du Sud en 2018, nous n'aurons pas accès à une voiture de manière autonome. Nous ne déambulerons pas librement dans la ville, ne mangerons pas dans les restaurants typiques des locaux et ne visiterons aucun lieu touristique. Un chauffeur sera disponible quotidiennement pour nous emmener, toujours à l'intérieur de cette bulle, sur les lieux des épreuves sportives.

Nous serons basés dans la ville de Zhangjiakou, comptant 4 millions d'habitants et dans la province du Hebei. 

Des tests anti Covid-19 quotidiens

Pour entrer en Chine et pénétrer dans cette bulle sanitaire, nous devons réaliser deux tests PCR, dont l'un effectué dans un laboratoire agréé par les autorités chinoises. Deux auto-tests doivent ensuite être réalisés les deux jours avant la date prévue de notre décollage. Au moindre cas positif, c'est la fin de l'aventure avant même qu'elle n'ait pu commencer. Les mesures sont évidemment les mêmes pour les sportifs. On imagine facilement la pression supplémentaire qui pèse sur leurs épaules, d'autant que deux nouveaux tests doivent être effectués à l'arrivée sur le territoire chinois.

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Durant la compétition, nous serons testés tous les jours. Si notre test vire au positif, nous serons immédiatement isolés dans un hôtel destiné à cet effet. Ce "jeu" de roulette russe fait évidemment naître en nous une certaine anxiété ou au moins l'impression de prendre part à une aventure dans laquelle nous ne maîtrisons rien. Des salariés de Radio Canada ont d'ailleurs fait les frais de la politique sanitaire très stricte de la Chine, comme le raconte le média par ici.

En parlant d'anxiété, une application baptisée My2022 doit être renseignée tous les jours et ce 14 jours avant notre décollage, depuis nos smartphones pour indiquer de potentiels symptômes et transmettre les données prouvant notre schéma vaccinal complet. Cette application a été pointée du doigt par un laboratoire de recherche canadien, Citizen Lab, qui a identifié plusieurs failles de sécurité dans l’application. Selon le CIO, ses failles ont été corrigées. 

Un événement sans public ou presque

Le Comité d'organisation des Jeux olympiques d'hiver de Pékin a annoncé lundi 17 janvier annuler la vente de tickets au grand public en raison d'une situation épidémique "compliquée". Il a promis toutefois d'accueillir des spectateurs sur invitation. Un événement d'une telle ampleur sans public aura évidemment un goût particulier. À chaque compétition internationale, nous nous faisons un plaisir de retrouver des Francs-Comtois sur place. Cette fois-ci, l'ambiance et les scènes de liesse populaires ne seront évidemment pas au rendez-vous.

Un contexte politique délicat

En plus d'un contexte sanitaire dans le rouge, la situation diplomatique entourant ces Jeux est particulièrement délicate. Plusieurs nations ont décidé de boycotter diplomatiquement cette édition 2022 en n'envoyant aucun représentant politique sur place, "au nom des droits de l'Homme". C'est le cas des Etats-Unis, ennemi politique historique de la Chine, mais aussi du Royaume-Uni, du Danemark, de l'Australie, du Japon ou encore du Canada. 

"Les Jeux Olympiques sont régulièrement l'occasion pour certaines nations de s'inscrire en faux face à la politique du pays d'accueil. Le boycott diplomatique, qui consiste à n'envoyer aucun personnel politique ou diplomatique, est à distinguer du boycott dit intégral, qui implique l'absence des athlètes, à l'image des exemples marquants des Jeux de Moscou en 1980 et de Los Angeles en 1984 en pleine guerre froide, respectivement boycottés par les pays occidentaux et le bloc soviétique" comme le précisent nos confrères de FranceInfo.

A noter qu'à quelques jours de l'ouverture des JO d'hiver de Pékin, l'Assemblée nationale en France a adopté jeudi 20 janvier une résolution dénonçant le "génocide" des Ouïghours par la Chine, et demandant au gouvernement d'en faire de même. Le traitement réservé par la Chine à cette minorité musulmane est dénoncé depuis plusieurs mois par de nombreuses associations internationales de défense des droits de l'Homme et plusieurs personnalités publiques.

La dimension écologique de l'événement a également été observée avec attention, sur un territoire où la neige est très rare. "Organiser des JO dans cette région est une aberration, c’est irresponsable", résumait d'ailleurs la géographe Carmen de Jong, de l’université de Strasbourg. La neige utilisée pour les épreuves sera donc presque à 100% artificielle. 

"Nous avons utilisé environ 300 000 mètres cubes d'eau pour fabriquer la neige, ici, pour trois sites de compétition, a expliqué Jia Maotiang, directeur général de l’exploitation des sites olympiques sur la municipalité de Zhangjiakou à Franceinfo. En été dans la région, il pleut dès qu'il y a des nuages. Nous avons recueilli l'eau de pluie et nous avons stocké tout cela dans un grand réservoir de 200 000 mètres cubes, construit en 2018. Et il y a cinq autres petits réservoirs : on n'a pas besoin de l'eau des lacs ou de puiser dans les nappes souterraines."

Côté météo, le froid devrait quant à lui être bien au rendez-vous. A Zhangjiakou, les températures oscillent entre -20°C et -5°C. 

Comme à chaque fois, les Jeux Olympiques sont une manière pour les pays hôtes de démontrer tout leur savoir-faire et leur puissance, bien au-delà des performances sportives de leurs équipes respectives. Cette fois, les enjeux semblent avoir atteint leur paroxysme tant ce pays est installé sur le devant de la scène depuis l'apparition sur ses terres du coronavirus. 

Suivez les Jeux Olympiques de Pékin 2022 avec France 3 Franche-Comté par ici.