Yonne : une artiste expose ses œuvres "non essentielles" dans les rayons d'un supermarché

L'art étant jugé non-essentiel, à Joigny (Yonne), l'artiste Alexandra de Prinsac a décidé d'installer ses oeuvres dans les rayons d'un supermarché pour les faire photographier. Les photos seront ensuite imprimées pour une exposition baptisée : Allons à l'essentiel !   

Quand le non essentiel rejoint l'essentiel dans les rayons frais d'un supermarché, à Joigny (Yonne).
Quand le non essentiel rejoint l'essentiel dans les rayons frais d'un supermarché, à Joigny (Yonne). © France Télévisions / A. de Prinsac

Alexandra de Prinsac est une artiste bien connue à Joigny. Très suivie sur les réseaux sociaux, par une clientèle fidèle qui la soutient, elle a eu la surprise en décembre dernier, de constater que son exposition "Pensée" n'attirait pas autant de monde que d'habitude.

" J'ai pris conscience à ce moment là, de l'inquiétude que suscite l'épidémie de coronavirus. Beaucoup de gens ont préféré ne pas venir pour ne pas prendre le risque éventuel d'être contaminé".

 

L'art c'est la nourriture de l'esprit

 Alexandra de Prinsac ne pensait pas que dans une petite ville comme Joigny l'art puisse être à ce point victime de la crise sanitaire. " Le métier d'artiste est mis en péril ", dit-elle.

 "Être artiste c'est un défi de tous les jours. On se bat pour en vivre. On crée pour présenter des oeuvres, mais pour le moment je suis à l'arrêt puisque rien ne se passe".

La fermeture des commerces dits non essentiels, a fait naître en elle un sentiment de colère. 

L'art est une nourriture de l'esprit . Être jugé non-essentiel, c'est d'une violence inouïe, quand nous nous battons pour vivre.

"L'art jugé non essentiel, cela m'a atteint psychologiquement. Comme beaucoup d'artistes, pendant des années j'ai entendu l'injonction de me trouver un vrai métier. Être non essentiel c'est ce à quoi ça me renvoie. C'est très réducteur ".

Alexandre de Prinsac défend sa profession : "Nous participons  à l'économie du pays : on paie nos cotisations, on paie nos impôts... Artiste c'est un vrai métier. Nous, ce qu'on apporte à notre clientèle c'est du baume à l'âme".

 

Alexandra de Prinsac devant l'une de ses œuvres.
Alexandra de Prinsac devant l'une de ses œuvres. © France Télévisions / A. De Prinsac

 

Je vais finir par aller mettre mes sculptures au rayon fruits et légumes 

Cette idée, Alexandra de Prinsac, affirme l'avoir eu spontanément. Elle a obtenu un rendez-vous avec Julien Simonnet, le directeur de l'Intermarché de Joigny, et lui a proposé de mettre en scène ses sculptures sous cloches "un peu comme dans un musée" au milieu des produits du magasin.

Julien Simonnet qui a déjà tendu la main à des restaurateurs en acceptant de mettre en vente des plats préparés, dit avoir trouvé la démarche intéressante. " Ça sort des sentiers battus. C'est une bonne énergie, et ça m'a semblé amusant de mettre en avant les produits dits non-essentiels".

Puisque tous les lieux d'exposition sont fermés, c'est comme si l'art en était réduit à être exposé dans les grandes surfaces. 

Lundi 22 mars en début d'après-midi, les clients du magasin seront sans doute un peu surpris par cette animation peu habituelle. Les sculptures installées dans les rayons seront prises en photo par l'auteur et metteur en scène Emmanuel Robert-Espalieu. 

 

© Une exposition comme dans les galeries ou dans les musées, mais qui se veut très ironique.

 

L'exposition"Allons à l'essentiel" dans les vitrines d'un restaurant

Dans le même esprit, Alexandra souhaite aussi faire des vidéos : " J'imagine par exemple de poser des produits alimentaires et des sculptures sur le tapis roulant et que tout soit passé en caisse". 

Les photos et les vidéos seront ensuite exposées dans les vitrines d'un restaurant fermé, commerce non essentiel en raison de la crise sanitaire. Une exposition baptisée : "Allons à l'essentiel".

C'est une exposition très ironique qui permet de dénoncer, avec humour, l'absurdité de cette crise sanitaire pour les secteurs concernés.  

Les photos de l'exposition seront éditées en format carte postale et mises en vente dans le supermarché, comme un produit de consommation courante. 

 

 

L'occasion de se réinventer

Alexandra de Prinsac, s'est beaucoup remise en question. "Avant la crise sanitaire, si on m'avait proposé d'exposer mes oeuvres dans un supermarché, je ne l'aurais pas fait. Aujourd'hui, avec la crise, l'art peut être n'importe où". 

 J'ai pris conscience que ça allait être difficile de repartir artistiquement et que ma manière de travailler appartenait à l'ancien monde. 

En décembre 2019, l'atelier d'Alexandra de Prinsac a brûlé dans un incendie. L'artiste a réfléchi et a imaginé une autre façon de travailler. 

"Je suis en entrain de monter une caravane qui va s'appeler C'Artavane, qui sera une galerie mobile. Je vais aller un peu partout à la rencontre des gens pour apporter l'art où ne l'attend pas".

Alexandra de Prinsac a déjà des projets. A Montpellier, une librairie solidaire l'a invitée à venir faire une lecture de ses poèmes. Car l'artiste a plusieurs cordes à son arc. Elle peint, sculpte, écrit. Une créativité foisonnante et inépuisable. 

 

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