Jura : Comment mieux protéger le lynx sur nos routes ?

Un jeune lynx a été fauché par une voiture, mercredi 16 décembre, près de la commune des Bouchoux dans le Haut-Jura. Alors que l'espèce peine à se développer dans la région Bourgogne-Franche-Comté, des solutions existent pour réduire la mortalité routière de ces animaux. 

Deux jeunes lynx boréals se reposent en forêt, le 23 septembre 2020.
Deux jeunes lynx boréals se reposent en forêt, le 23 septembre 2020. © Philippe Clément/BELPRESS/MAXPPP

C'est le troisième cette année. Un lynx est mort après une collision avec une voiture dans le Haut-Jura, au niveau de la commune des Bouchoux. Il est découvert sur l'asphalte de la route départementale 124 par un livreur lors de sa tournée, mercredi 16 décembre au petit matin. "C'était un jeune mâle, né en 2020", note le service départemental de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) au Progrès

L'ONCFS décompte 17 lynx fauchés par des véhicules dans le Jura depuis 2017. Ce seraient 138 individus au total dans toute la France, depuis 40 ans et la réintroduction de l'espèce. Proportion importante, sachant que la population de lynx peine à se développer et qu'il n'y aurait seulement qu'une centaine de lynx en France, principalement dans l'arc jurassien, selon la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) de Bourgogne-Franche Comté

Les accidents de la route sont ainsi l'une des premières causes de mortalité de ces mammifères protégés, inscrit dans la liste rouge nationale des espèces menacées. C'est à cause de "l'augmentation du trafic routier et de la vitesse sur certains axes, aménagés pour faciliter le transport des travailleurs frontaliers" vers la Suisse, explique à l'AFP Gilles Moyne, le président du centre de sauvegarde de la faune sauvage Athénas. "C'est lié aussi à l'écologie du lynx, qui utilise de grands territoires forestiers, coupés par ces axes routiers."

De manière générale, la route tue une quantité massive d'animaux. Plus de 220 millions d'animaux périssent chaque année en Europe, selon une étude publiée le 8 juin 2020 dans la revue scientifique Frontiers in Ecology and Environment (lien en anglais). Soit 194 millions d’oiseaux et 29 millions de mammifères. 

L'une des coauteurs de cette étude, Manuela Gonzalez-Suarez, explique à Phys.org (lien en anglais) : "La densité des routes d'Europe est parmi les plus élevées au monde : 50 % du continent se trouve à moins d'un kilomètre et demi d'une route ou d'une voie de chemin de fer. Les routes constituent donc une menace importante pour la vie sauvage, et les chiffres montrent que les morts qu'elles occasionnent pourraient même mener à l'extinction complète de certaines espèces."

Le lynx, vulnérable au morcellement de son territoire

Les voies de circulation morcellent les espaces naturels, et les animaux en quête de nourriture, d'eau ou de territoire sont contraints de les traverser. Les lynx sont particulièrement touchés. Les jeunes se déplacent beaucoup et peuvent parcourir jusqu'à 40 kilomètres en une nuit. Alors, même des courtes sections de routes les affectent et freinent leur dispersion. L'animal "est très vulnérable aux changements du paysage ainsi qu’à la destruction et la fragmentation des forêts", explique le ministère de la Transition écologique et solidaire dans son Plan régional d'Actions (PRA) en faveur du Lynx boréal. Or, si les lynx ne peuvent pas se disperser et agrandir leurs territoires, le risque de leur extinction s'élève. 

Un lynx et ses petits.
Un lynx et ses petits. © Reiner Bernhardt/picture alliance / Reiner Bernha/Newscom/MaxPPP

Dans le Jura français, les jeunes lynx ont "un taux de mortalité par collision plus élevé que les adultes", pointe le PRA. Et ce, surtout en automne, lorsque "la mère fait de plus grands déplacements car ses jeunes sont capables de la suivre". Les opportunités de traverser les routes – et de se faire écraser – sont donc plus importantes. Le plan d'action distingue plusieurs axes routiers où le risque de collision est le plus fort : toutes les autoroutes, mais aussi les routes nationales (N57 et N5 par exemple) et quelques départementales (D470, D471, D1083, D436, D69 et D52).

Alors, pour faciliter et sécuriser les déplacements des lynx et des autres animaux, des passages à faune (aussi appelés écoducs) sont construits en dessous ou au dessus des routes. "Ces exemples montrent qu’il est possible de concilier réseaux humains et autoroutes de la vie'", se félicite l'APPR (Autoroutes Paris Rhin Rhône), qui indique que 38 passages à faunes sont installés sur l'autoroute A39, soit un tous les quatre kilomètres. 

Le PRA note néanmoins que l'efficacité des passages à faune pour les populations de lynx n'a pas encore été démontrée. Dans une analyse de The Conversation publiée sur 20 minutes, des universitaires assurent même que "malgré l'enthousiasme des constructeurs routiers, en réalité, ces traverses à elles seules ne réduisent pas la mortalité faunique sur les routes". 

Clôturer les routes

Selon les scientifiques, "dans la majorité des cas, il est plus urgent d’installer des clôtures que des écoducs". Ces clôtures de plusieurs mètres de haut sont installées le long des routes, ce qui impose aux grands mammifères comme les lynx de les longer pour trouver d'autres points de passage. Bien évidemment, il n'est pas possible de grillager tous les abords des routes. Il s'agirait plutôt de recenser toutes les zones dangereuses, tout en prenant en compte les comportements des animaux. "Par exemple, les tortues se déplacent sur des distances beaucoup plus courtes qu’un lynx, et leurs zones dangereuses sont très localisées. En conséquence, bien qu’une abondance de clôtures courtes convienne aux tortues, les clôtures pour lynx doivent être beaucoup plus longues", concluent les universitaires. 

Mais il faut aussi responsabiliser les humains pour prévenir les accidents. Des panneaux jaunes lettrés "Attention lynx !" sont installés par le Centre Athénas. "L'idée, c'est que les gens ralentissent et fassent attention de manière plus automatique sur certains tronçons", explique Gilles Moyne à l'AFP. Saisonnièrement, pour ne pas que les conducteurs s'y habituent : "C'est à notre avis le secret. Il faut que les gens se disent 'c'est maintenant qu'il faut faire attention, parce que, si je vais trop vite, un lynx risque de faire une mauvaise rencontre'"

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