Après onze ans d'enquête, l'ex-PDG de Smoby, Jean-Christophe Breuil, jugé pour abus de biens sociaux

L'ancien PDG du fabricant de jouets Smoby-Majorette, Jean-Christophe Breuil, prend la parole lors d'une conférence de presse tenue le 19 octobre 2007 à Paris. / © AFP Eric Piermont
L'ancien PDG du fabricant de jouets Smoby-Majorette, Jean-Christophe Breuil, prend la parole lors d'une conférence de presse tenue le 19 octobre 2007 à Paris. / © AFP Eric Piermont

L'ancien PDG du groupe Smoby, Jean-Christophe Breuil, sera jugé, avec six autres personnes par le tribunal correctionnel de Nancy à partir du 30 septembre. Mis en examen en 2008, il doit répondre de détournement de fonds et de blanchiment d'argent pour une somme d'environ dix millions d'euros. 

Par Isabelle Brunnarius

Récit : Emmanuel Rivallain Montage : Emmanuel Dubuis

Il aura fallu onze années aux magistrats instructeurs pour clore leur enquête. "Un dossier volumineux et complexe" selon le parquet de la Juridiction interrégionale spécialisée de Nancy. Une affaire également "sensible" puisqu'elle concerne l'un des fleurons industriels de Franche-Comté : le groupe, dénommé aujourd'hui Smoby Toys Sas, demeure en 2019 le numéro un français du jouet. Dans le Jura, personne n'a oublié cette spectaculaire affaire de détournements de fonds. 

Jean-Christophe Breuil est devenu PDG de l'entreprise familiale en 1995. C'est le petit-fils du fondateur. Au décès de son père, il reprend les rênes de la société. Il n'a pas encore 25 ans et le voilà à la tête d'une entreprise qui a tout pour conquérir le monde. Sa mère Dany sera un précieux soutien.
A cette époque, le groupe rachète plusieurs entreprises comme Lardy, Monneret, Juguetes Pico, Majorette, Solido et son grand rival Berchet mais les difficultés financières provoquent la mise en redressement de l'entreprise en 2007. Nos confrères évoquaient alors dans leurs reportages une dette de 300 millions d'euros. 


Un tract à l'origine de l'enquête 


Mais l'affaire va prendre une toute autre tournure lorsqu'un tract diffusé dans l'entreprise dénonce des malversations financières par le biais de différents montages financiers via des sociétés basées à l'étranger. Le groupe Smoby avait 60 filiales !

On savait qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas, déclarait un des salariés à l'équipe de tournage de l'époque. On travaille énormément et il n'y avait pas de retour d'argent. Il y avait bien un malaise quelque part. On vendait, on fabriquait et on avait pas d'argent. Il y avait un gros problème.

Le parquet de Lons le Saunier ouvre alors  une information judiciaire.

En octobre 2007, Jean-Christophe Breuil déclare n'avoir rien à se reprocher au cours d'une conférence de presse à Paris. On parle des problèmes de Smoby bien au delà du Jura. Le groupe fait la une de l'actualité économique des médias nationaux. 
 


Six mois de prison en préventive


En mars 2008, Jean-Christophe Breuil est interpellé à son domicile lyonnais puis placé en  garde à vue à Dijon. Le chef d'entreprise reconnaît certains faits de malversation tout en contestant les montants des détournements. Mis en examen pour abus de biens sociaux et d'autres infractions financières, Jean-Christophe Breuil passera alors six mois en détention préventive. Il sera ensuite sous contrôle judiciaire jusqu'en 2012 avec interdiction de quitter la France et de travailler. Six autres personnes seront mises également en examen dont l'ancien directeur financier de l'entreprise. 

Ce même mois de mars 2008, le  tribunal de commerce de Lons le Saunier désigne Simba, le numéro un du jouet allemand comme repreneur. Un mois plus tard, plus de trois cents salariés reçoivent leur lettre de licenciement. Depuis, la société allemande a redressé progressivement l'entreprise et a réembauché des salariés qui avaient perdu leur emploi. 

Aujourd'hui, Jean-Christophe Breuil vit entre Hong Kong et Lyon.

L'avocat de l'homme d'affaires, M° François Saint-Pierre assure que son client sera là pour s'expliquer sur les faits commis et il ne les contestera pas mais pour d'autres points du dossier, il s'agit d'"erreurs de gestion".  

Mais ce que l'avocat reproche aux magistrats, c'est le temps d'instruction de ce dossier : onze ans !


C'est inadmissible, estime M°François Saint-Pierre. Mon client avait 38 ans au moment des faits, aujourd'hui, il a bientôt cinquante ans...


Au cours de cette dizaine de jours de procès, le mécanisme financier, extrêment complexe, qui aurait permis de détourner des fonds de l'entreprise à des fins personnelles sera décortiqué. Outre Jean-Christophe Breuil, six autres personnes seront jugées, des anciens cadres ainsi que deux commissaires aux comptes qui n'auraient pas tout dit à la justice. Jean-Christophe Breuil est poursuivi pour 16 chefs de prévention. Plusieurs magistrats se sont succédés lors de cette enquête au long cours. Selon le parquet, ce temps d'enquête est exceptionnellement long en raison d'investigations en Europe et en Chine, des recours légaux de la part des avocats des personnes mises en examen et de la surcharge de travail des magistrats de cette juridiction spécialisée de Nancy.
Mais le temps de la justice n'est pas celui de la vie. "Onze ans, c'est impressionnant, déplore Marie-Christine Dalloz, députée LR et déjà élue à l'époque. La lenteur de cette procédure m'interpelle car les salariés de l'époque voulaient une réponse mais pas onze ans aprés".
 

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