Cancers pédiatriques dans le Haut-Jura : Santé Publique France n'identifie aucune cause commune à tous les cas

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Écrit par Sophie Courageot
© Amandine Plougoulm - France Télévisions

L’enquête épidémiologique ouverte après la découverte d’un cluster de cancers pédiatriques sur le Haut-Jura est terminée, et n’a pas apporté de réponses aux familles.

Les enfants avaient développé pour la plupart des leucémies. 13 enfants ont été touchés des cancers pédiatriques sur 4 communes du Haut-Jura ( Les Rousses, Longchaumois, Morez,, Prémanon) entre 2011 et 2019. Ces enfants étaient âgés de 6 mois à 13 ans au moment du diagnostic.
Deux autres enfants de plus de 15 ans sont venus s'ajouter à l'étude menée par Santé Publique France, ainsi qu'un autre enfant tombé malade en 2020. 

Le 14 novembre 2019, l' Agence Régionale de Santé Bourgogne-Franche-Comté avait annoncé l'ouverture d'une enquête épidémiologique après avoir été alertée par Chloé et Sébastien Fourchon, parent d’une petite fille de 4 ans.

16 familles au total ont reçu un questionnaire, 13 ont participé à l'enquête de Santé Publique France, explique Chloé Fourchon, maman d'une petite fille aux Rousses.

Pas de cause identifiée, une conclusion qui ne surprend pas les familles


Un questionnaire adressé aux parents, et complété dans certains cas par des entretiens, a permis de recueillir des informations complètes sur les situations individuelles et familiales (déroulement des grossesses, parcours de l’enfant, lieux de vie, recherche d’éventuelles expositions professionnelles aux produits chimiques des parents, consommation de tabac…) Cette analyse n'a pas mis en évidence d'exposition à un facteur de risque commun susceptible d'expliquer le regroupement de cancers sur ce secteur géographique” indique l’agence régionale de santé de Bourgogne-Franche-Comté.

Un résultat qui ne surprend pas Chloé Fourchon, porte-parole du collectif de familles du Haut-Jura. “L’enquête est officiellement close, mais on va demander plus. Pour nous parents, ce n’est pas terminé, on va réfléchir de façon collective à la suite” explique la maman. Le collectif pourrait demander notamment des analyses d’eau et d’air aux domiciles des enfants. L’étude s’est appuyée sur des données de la qualité de l’air des stations Atmo basées à Lons notamment, explique Chloé Fourchon, et non pas aux Rousses. 
 

Eau, pollution, radon, radioactivité : rien n’explique ces cancers pédiatriques 

La cellule de Santé publique a effectué une série d’études pour comprendre ce cluster, ce regroupement anormal de cas sur un bassin de population. 

-L’eau potable : sur la zone d’étude, l’alimentation est assurée par quatre gestionnaires ; entre 2010 et 2019, les contrôles de qualité bactériologiques et physico-chimiques ne permettent pas d’identifier l’eau comme un facteur de risque.
-La pollution de l’air : les relevés d’Atmo-Bourgogne-Franche-Comté montrent une qualité de l’air globalement bonne sur le secteur. Les niveaux de polluants atmosphériques observés au cours des 10 dernières années révèlent un strict respect des valeurs réglementaires. Seul l’ozone fait exception, les trois dernières années s’étant montrées propices à la formation et à l’accumulation de ce polluant. Il n’est cependant pas associé aux troubles recherchés.
-Les risques industriels : les anciens sites industriels (données Basias) et les sols pollués (données Basol) situés à moins de 500 mètres de chaque lieu de vie des enfants ont été passés en revue. Aucun ne fait apparaître de problématique particulière qui pourrait constituer une source commune d’exposition environnementale des enfants.
-La radioactivité : les données du réseau national de surveillance de l’IRSN* montrent que l’exposition à la radioactivité est relativement similaire sur toute la France, avec des mesures cependant un peu plus élevées en altitude du fait du rayonnement cosmique plus important.
-Le radon : des dosimètres ont été positionnés par les familles durant deux mois dans leur habitat. Les mesures ont établi des concentrations hétérogènes et faibles dans l’ensemble ; le radon, dont l’association avec les cancers chez l’enfant n’est de surcroît pas avérée, ne constitue donc pas une source d’exposition commune.
-Les champs électro-magnétiques : la présence de lignes à haute tension et de transformateurs électriques a été examinée dans un périmètre de 50 mètres autour de chaque lieu de vie des enfants.
En conclusion, aucun facteur de risque environnemental commun n’a pu être établi à l’issue de ces travaux. 

Une surveillance épidémiologique sera maintenue

Chloé Fourchon espère que les données collectées serviront pour plus tard, ou pour d’autres études. “On nous confirme qu’il y a bien un cluster de cancers pédiatriques dans le Haut-Jura, soit c’est dû au hasard, ou on ne sais pas l’expliquer. Peut être que dans quelques années, on aura suffisamment de connaissances pour avoir des explications", voilà ce qui a été expliqué aux parents à qui l’ARS a présenté mardi 13 octobre, les conclusions de l’enquête.

Le rapport définitif de Santé publique France sera disponible en fin d’année. Une surveillance épidémiologique sera maintenue avec l’aide du Registre national des cancers de l’enfant et plusieurs acteurs de la recherche ou de la prise en charge onco-pédiatrique, en France et en Suisse, indique l’ARS.

En Loire-Atlantique, d'autres parents d'enfants malades en appellent à Emmanuel Macron

A Sainte-Pazanne, en Loire-Atlantique, les investigations des autorités sanitaires n'ont pas permis de confirmer l'existence d'une situation singulière, a indiqué fin septembre Santé Publique France qui ne préconise pas d'autres recherches. 
Le collectif "Stop aux cancers de nos enfants", qui participait au comité de suivi de l'ARS, a exprimé sa déception. "Nous venons de perdre trois ans en croyant que les autorités sanitaires pouvaient chercher", a réagi Marie Thibaud, qui dénombre 22 cas dans ce secteur depuis 2015.
Le collectif a lancé un appel à Emmanuel Macron après la découverte d'un nouveau cas de cancer chez un enfant de 4 ans venu renforcer l'inquiétude des familles.
 

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