"On a besoin de trésorerie avant le tribunal", dans l’impasse, la fonderie MBF va libérer une partie de ses stocks

Dans l’attente d’un repreneur, MBF Aluminium à Saint-Claude (Jura) a voté ce jeudi en assemblée générale la libération d’une partie de ses stocks. Objectif : payer les salaires du mois de juin et retrouver un peu de trésorerie avant le passage devant le tribunal à Dijon le 15 juin.

La fonderie MBF va-t-elle être placée en liquidation judiciaire. Elle emploie 280 personnes à Saint-Claude dans le Haut-Jura.
La fonderie MBF va-t-elle être placée en liquidation judiciaire. Elle emploie 280 personnes à Saint-Claude dans le Haut-Jura. © Hugues Perret - France Télévisions

"Ce n’est pas une reprise d’activité " prévient d’emblée Koray Sukran, représentant SUD chez MBF Aluminium. L’entreprise du Haut-Jura - qui risque la liquidation judiciaire et attend toujours l’offre d’un repreneur - a voté ce jeudi 10 juin en assemblée générale la livraison d’une partie de ses stocks restants pour payer les salaires du mois de juin. "On ne peut pas se présenter au tribunal le 15 juin avec un trou dans notre trésorerie. Nous savons très bien que tant que les salaires seront versés, il n’y aura pas de liquidation" poursuit le représentant syndical.

"La promesse n'est pas tenue"

La décision a été prise collectivement à la majorité mais a tout de même suscité quelques tensions entre les salariés, rapporte Le Progrès, certains employés pointant notamment du doigt les promesses de la région et de l’Etat, qui "s’étaient engagés à assurer les paies du mois de mai, voire juin".

Les salariés de MBF réunis en Assemblée générale
Les salariés de MBF réunis en Assemblée générale © Rachel Saadoddine/ MaxPPP

"Les salariés ont un peu d’amertume" explique Koray Sukran, "C’est normal car nous étions censés avoir de quoi payer les salaires jusqu’à la fin juin, et aujourd’hui on nous dit que ce n’est plus possible. La promesse n’est pas tenue. On s’en doutait plus ou moins mais forcément il y a de la déception".

MBF produit des pièces en aluminium pour l'industrie automobile. Ses clients sont Stellantis et Renault, mais les carnets de commandes ont diminué au fil des mois, une partie de la production des constructeurs se faisant désormais en Espagne. Face à l’absence de repreneurs et après un premier sursis accordé à MBF par le tribunal de Dijon le 26 mai dernier, la région Bourgogne Franche-Comté - sous l’impulsion de sa présidente Marie-Guite Dufay - avait indiqué son intention d’entrer dans le capital de l’entreprise jurassienne à hauteur de 33%, soit une participation estimée entre 300 et 600 000 euros.

"On compte sur les constructeurs"

"Aujourd’hui on nous demande de faire un effort. On ne peut pas rester dans cette situation si l’on souhaite avoir un repreneur" explique de son côté Saverio Vadala, représentant CFDT, "Nous ne pouvons pas créer de la dette supplémentaire, c’est la raison pour laquelle nous devons absolument livrer une partie des pièces toujours en stock pour avoir des fonds".

En libérant une partie de ses stocks, et alors que l’entreprise ne produit plus rien depuis le mois de mars, MBF espère obtenir entre 300 et 400 000 euros, ce qu’il faut pour assurer les paies du mois de juin. Mais attention les syndicats préviennent : il ne s’agit en aucun cas d’une reprise de l’activité. "On ne relance pas la machine" assure Koray Sukran, "Il y aura des interventions de maintenance car il faut entretenir nos outils, mais nous ne relançons pas la production" poursuit-il.

Quid d'un repreneur ?

"Nous attendons une réaction de la part des constructeurs" admet de son côté Saverio Vadala, "Si nos clients sont prêts à reprendre des pièces, alors on reprendra le boulot. Pour l’instant nous mettons toute notre énergie à essayer de trouver un repreneur". Et pour cela, l’entreprise du haut-jura compte d’abord sur les constructeurs : "Si on a un repreneur, on sort de tous ces problèmes. Mais nous avons besoin du soutien des constructeurs français" assure le délégué SUD. 

Si la piste d'un rachat par Mickael Azoulay serait toujours d’actualité selon Le Progrès, la région aurait trouvé 25 investisseurs privés potentiels. Mais la période électorale ne facilite pas la gestion du dossier, et pour l’heure, la Région n’a pas été en mesure de formuler d'offre concrète. Le tribunal de Dijon avait donné comme délai le 9 juin à minuit pour qu’un repreneur se manifeste. Il doit à nouveau se prononcer le 15 juin prochain.

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