VIDÉO. Depuis leur maison, des habitants du Jura voient quatre loups attaquer un jeune cerf

durée de la vidéo : 00h01mn17s
De nuit, plusieurs loups tentent d'attaquer un cerf dans le Jura. ©DR

La scène s’est déroulée dans le Jura, sur la commune de Bois d’Amont lors du weekend du 1er mai Deux habitants ont assisté à la scène, filmée en partie. Décryptage.

“Oh putain, ce n'est pas possible… ils sont 3... 4 !!! "

Quatre loups sur leur terrain. Il fait nuit noire, quand un homme et une femme filment un bout de cette scène. Sur la station des Rousses, quatre loups cernent de toute part un cervidé venu se réfugier près de leur habitation. “Je ne veux pas voir ça ! entend-on dans cette vidéo d’1’36 partagée de nombreuses fois sur les réseaux sociaux. Voir un loup devant sa maison a peu de chances de se produire. En voir quatre encore moins !

Nous avons pu contacter l’auteur de cette vidéo. Il n’a pas souhaité en dire plus.

La préfecture du Jura indique que le témoignage de cet habitant et sa vidéo ont été confiés à l'office français de la Biodiversité par l’État. Ces données vont servir à alimenter la base nationale pour évaluer la population de loups au niveau national. "Cette vidéo témoigne du fait que les loups présents sur la zone franco suisse chassent les grands cervidés" indiquent les services de l'État.

Les loups sont là, deux meutes entre France et Suisse

Depuis de longs mois, il est établi que des loups sont présents dans ce secteur. Bois d’Amont est une vallée, avec deux meutes installées de chaque côté, l’une sur le secteur suisse du Marchairuz, l’autre sur le versant français de la forêt du Risoux. Une vingtaine de loups seraient présents en ce moment selon l'association Defend the wolf. Le Jura est un front de colonisation du loup gris d’Europe. Des loups y sont régulièrement aperçus par les habitants.

Sur cette attaque, “ce sont de jeunes loups”

Selon l’association Defend the wolf qui œuvre sur le Jura vaudois, les jeunes loups filmés par le Bois d’Amonier proviendraient de la meute dite du Risoux. Ils ont été vus et filmés par Defend the wolf dans la nuit du 29 au 30 avril 2023. Les bénévoles qui sont sur le terrain depuis plusieurs jours ont pu observer cette nuit-là un premier loup à moins de 100m, les trois loups à 200m et les 4 loups à 500m. Et de nombreuses traces de leur présence.

Quant au cerf cerné par les loups, qu'est-il devenu ? Une carcasse a été retrouvée près de la frontière suisse affirme Defend the Wolf. “Lorsqu’il y a une prédation, le loup reste alors 24 heures à 36 heures dans les parages” explique Fabrice Monnet, président et fondateur de Defend the wolf et responsable de la brigade de protection des loups sur le secteur suisse du Marchairuz.

Pour lui, cette attaque sur la commune frontalière de Bois d'Amont ne doit pas inquiéter. “

Il faut faire la part des choses, ne pas attiser la haine. On a deux meutes de loups sur le secteur. On doit les voir, comme on voit une famille de renards...Nous sommes dans un endroit où il y a des loups, on doit s’y habituer.

Fabrice Monnet, Defend the wolf

“Une prédation comme celle-là, c’est la nature”

Patrice Raydelet, président du Pôle Grands Prédateurs est photographe, spécialiste du loup notamment. Tout comme son confrère suisse, la vidéo filmée à Bois d’Amont ne le surprend pas plus que cela. “Le loup est comme nous, il va au supermarché. Tant que les proies potentielles sont présentes, il va les suivre” dit-il. Patrice Raydelet se rend régulièrement dans les Abruzzes en Italie. “Il y a des villages où les cerfs et biches sont présents. Les loups vont chercher les proies où elles se trouvent. Il n’y a rien d’extraordinaire, de tragique. C'est la nature” rappelle-t-il.

Pour le défenseur de la biodiversité et du loup, espèce protégée, ce genre d’attaques en plein village peut se reproduire. Les mentalités vont devoir évoluer. “Dans les Abruzzes, on fait régulièrement des affûts dans les zones où le loup est présent. On trouve parfois des carcasses près des terrains de foot. Là-bas, l’état d’esprit n’est pas le même”. “En France, il faudra encore du temps, voir une carcasse dans un village, ça choque encore aujourd’hui” ajoute Patrice Raydelet.

Bois d’Amont est sur le territoire du loup, et pas l’inverse.

Natacha Bigan, Férus

Natacha Bigan représentante de Ferus Jura relativise aussi la scène à laquelle les deux habitants de Bois d’Amont ont pu assister depuis leur maison. “On y voit des loups en train de faire leur travail de carnivores. C’est impressionnant, certes, mais cette personne a pu juste assister à une scène de chasse d’un prédateur”. “Bois d’Amont est sur le territoire du loup, et pas l’inverse”. Elle ajoute que cette scène est normale, car le loup n’associent pas la présence de maisons à celle de l’homme. Il est même plutôt rassurant selon elle de voir ces loups apprendre sans doute à chasser des ongulés plutôt que d’attaquer des bovins.

Avec l’arrivée du printemps, les zones d’attaques pourraient évoluer. Les loups vont trouver dans les pâtures en alpage d’autres proies, comme les jeunes bovins. L’été 2022, les attaques se sont multipliées dans le Doubs et dans le Jura. Les agriculteurs ont perdu de nombreuses bêtes. Plusieurs associations comme Ferus, Vigie Jura ont mis en place des formations de bénévoles pour qu’ils interviennent sur le terrain auprès des éleveurs lorsqu’une attaque se produit ou est redoutée. L’association Ferus est en train d’équiper les agriculteurs qui le souhaitent de pièges photos, pour tenter d’anticiper le risque d’attaques.

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