"Humaniser les athlètes qui nous font rêver" : le biathlon à l’honneur dans la BD jurassienne “Première cible”

Ce vendredi 20 octobre sort la toute première bande dessinée française, par les Éditions du Jura, dédiée au biathlon. Son scénariste, le journaliste Franck Lacroix, revient à travers de nombreuses anecdotes sur la genèse originale de "Première cible", son processus de création et sa volonté de faire découvrir le quotidien d’un sportif de haut niveau.

Lucas Marceau est un jeune biathlète de 20 ans, tout juste sélectionné en équipe de France B. Désormais embarqué dans un quotidien de sportif de haut niveau, sa vie s’en voit bouleversée, à coups de concessions, de choix et de rivalités. Il est le personnage fictif de la toute première bande dessinée française - jurassienne même - sur le biathlon, intitulée “Première cible” et éditée par les Éditions du Jura, qui sort ce vendredi 20 octobre.

“Ça ne va pas toujours être facile, mais dans le même temps, Lucas va se rendre compte qu’il est en train de vivre l’un de ses rêves”, complète Franck Lacroix, scénariste de cette BD et directeur de publication depuis 12 ans de Biathlon Magazine et de Nordic Magazine. C’est au sein de cette rédaction que le projet est né, d’abord sous forme de blague, comme le raconte le journaliste : “Nous avions publié Le Dico du Biathlon l’année dernière et on s’interrogeait sur ce qu’on pouvait, cette année, proposer aux passionnés de biathlon.”

"Maison d’édition cherche dessinateur pour BD sportive"

“Et si on faisait une BD ?”, a alors lancé un collègue. Tous ont souri, “parce que personne n’a de talents de dessinateurs”, précise Franck Lacroix. Toutefois, envieux de relever le défi, il a décidé de concrétiser cette idée en postant une annonce sur un forum spécialisé en BD : “Maison d’édition cherche dessinateur pour BD sportive”. Une trentaine de réponses plus tard, c’est Beniamino Delvecchio, italien ayant travaillé pour plusieurs éditeurs dans le monde, qui a retenu son attention grâce à son trait “traditionnel de la bande dessinée, tel qu’on a pu le voir dans Le journal Tintin”, indique-t-il. Quant à la colorimétrie, elle a été réalisée par l’Uruguayen Claudio Moreno. 

À l’automne 2022, tous les trois se lancent alors dans cette aventure qui aura duré quasiment un an. Un travail quotidien “planche par planche” réalisé au fil des mois en parallèle de leurs autres activités respectives, le tout uniquement en distanciel avec de nombreux échanges et allers-retours d’esquisses. De ce travail inédit, le journaliste sportif Franck Lacroix retient principalement sa rencontre avec l’univers de la bande dessinée, lui qui était novice dans le secteur : 

"J’ai découvert ce que faisait un scénariste qui a presque plus un rôle de metteur en scène : décrire chaque case, voir que ce que l’on traduit par des mots se matérialise très vite par le dessinateur, faire en sorte que le lecteur ait envie de tourner la page… Plein de choses particulières par rapport à d’autres types d’écritures."

Franck Lacroix, scénariste de la BD

Large galerie de personnages 

Autant d’aspects transmis par le dessinateur Beniamino Delvecchio, déjà expérimenté dans la démarche d’écriture d’une bande dessinée, mais qui, au contraire de Franck Lacroix, ne connaissait pas le biathlon. “C’est ce que moi j’ai pu lui apporter à grand renfort de photos, de vidéos et de documentations parce qu’on voulait vraiment une BD la plus réaliste et crédible possible”, souligne le jurassien, qui rappelle que le récit, lui, est totalement fictif. À noter qu’un seul personnage ne l’est pas : celui de Sandrine Bailly, ancienne championne de biathlon qui apparaît avec son vrai nom et son vrai visage. 

Les mots qu’elle prononce dans sa bulle sont également les siens puisque Franck Lacroix lui a posé des questions en se mettant dans la peau de son personnage principal, Lucas, autour duquel gravitent sa copine, son meilleur ami, sa famille et un rival. “J’ai voulu que ce soit un récit initiatique. La BD permet de rentrer dans l’intimité et la tête du personnage pour essayer de comprendre comment se construit un athlète de haut niveau”, explique l’auteur.

La réalité du quotidien

L’enjeu de cette bande dessinée ? Illustrer le quotidien, mais aussi les difficultés et les sacrifices d’un sportif de haut niveau : trouver un sponsor ou manger des pâtes au petit-déjeuner avant une compétition. Une réalité vérifiée auprès d’un stagiaire de la rédaction, biathlète de haut niveau et du même âge que le personnage. 

"J’ai voulu montrer aux lecteurs que derrière chaque sportif de haut niveau il y a des hommes et des femmes qui ont une vie qui n’est pas faite que de moments positifs. Je trouve important d’humaniser ces athlètes qui nous font rêver par ce qu’ils arrivent à accomplir."

Franck Lacroix

Un fil rouge qui permet, selon Franck Lacroix, d’apprécier la BD même sans être passionné du sport d’hiver mis à l’honneur, à travers l’évolution de ce jeune homme qui incarne les exigences d’une discipline pratiquée à haut niveau : “Quelque part, l’histoire est universelle. On est dans le biathlon, mais je pense qu’elle ne serait pas différente pour un danseur étoile”, estime l'auteur. Il pourrait également s’agir d’une introduction à ce sport d’hiver dont la visibilité et la popularité ont connu un essor important ces dernières années. 

Peut-être en sera-t-il de même pour "Première cible" puisque comme le dévoile Franck Lacroix, la dernière page laisse la porte ouverte à une suite. “Je crois que presque inconsciemment, j'ai voulu laisser le champ libre à une suite”, avoue le journaliste dans un rire : “Comme si quelque part, j'avais moi aussi envie de savoir ce qu’allait devenir ce jeune qui est devenu très réel au fil du temps. Je m’y suis attaché et j’ai un peu fini par croire qu’il existait vraiment.” 

En attendant d’en savoir plus sur le futur de cette bande dessinée, l’actualité du biathlon s’annonce bien remplie. Les 21 et 22 octobre se tiendra la seconde étape du championnat de France d’été à Arçon (Doubs) et fin novembre débutera la nouvelle saison avec le début de la Coupe du monde.