Intensifier le télétravail : des exaspérés aux plus convaincus, les Francs-Comtois sont partagés

Alors que la circulation du Covid-19 est toujours très active sur en France, renforcée par l'apparition des variants, le gouvernement a insisté  jeudi 4 février sur la nécessité d’intensifier le télétravail. Une annonce qui divise les Comtois, qui ont répondu à notre appel à témoignages.

A Lons-le-Saunier, Séverine Monavon travaille depuis chez elle tous les vendredis
A Lons-le-Saunier, Séverine Monavon travaille depuis chez elle tous les vendredis © France 3 FC / Hugues Perret

"Dans toutes les entreprises où cela est possible, le recours au télétravail est impératif. Il reste la règle pour toutes les activités qui le permettent". Le message a été clairement passé par le Premier ministre Jean Castex lors de son allocution télévisée jeudi 4 février : le télétravail doit être la solution privilégiée par les entreprises qui peuvent le proposer à leurs salariés.

"Plus aucune interaction sociale"

Face à la circulation toujours très active de la Covid-19 en France mais sans mesures restrictives comparables à celles du premier confinement, difficile toutefois d’imposer à tous ceux qui le peuvent le travail quotidien à la maison, surtout quand les conditions ne sont pas idéales.

"Les collègues en ont marre. Tout le monde n’a pas le même débit internet et en zone rurale, c’est vraiment trop compliqué" peste Corinne, une franc-comtoise. "J’aimerais bien une aide de l’Etat pour investir dans une chaise de bureau et un écran plus large" ironise de son côté Paul, visiblement peu convaincu par son matériel pour travailler à domicile.

Obligatoire pendant le premier confinement des mois de mars et avril 2020, le télétravail est devenu la norme pour une majorité de salariés qui peuvent l’exercer. Mais il reste très inégalitaire, et n’est pas sans conséquence pour le moral des travailleurs comtois : "Je suis partagée, car j’ai le sentiment d’être plus productive, mais c’est aussi très pesant car on n’a plus aucun lien social et le moral en prend un coup" avoue Charlotte Lilbert.

Le télétravail est devenu une habitude pour certains

"Je suis en télétravail trois à quatre jours par semaine et ce n’est vraiment pas simple" reconnaît de son côté Cédric, "Il faut être en capacité de s’organiser seul et c’est compliqué avec les sollicitations que l’on peut avoir chez soi. Et ce n’est pas les réunions Skype qui compensent le manque d’interactions sociales".

Un salarié travaille dans un bureau amenagé à son domicile pendant la pandémie du Covid 19 à Mulhouse.
Un salarié travaille dans un bureau amenagé à son domicile pendant la pandémie du Covid 19 à Mulhouse. © Vincent Voegtlin - maxPPP

Sylvie Lambert elle, travaille dans les ressources humaines à La Chaux-de-Fonds (Suisse). Elle peut continuer de se rendre à son travail tous les jours et s’en réjouit : "Je pense que le télétravail fait perdre l’ADN de l’entreprise aux collaborateurs et fait perdre cet esprit d équipe et d’appartenance si riche et important pour l’humain" explique-t-elle.

Renforcer le télétravail autant que possible ne devrait en revanche pas être un problème pour ces salariés francs-comtois qui ont pris l’habitude de travailler depuis chez eux, et qui y trouvent leur compte. C’est le cas d’Annie Perney, gestionnaire à la CAF de Vesoul, qui s’estime chanceuse, et en profite pour faire de grosse économies de gasoil depuis plusieurs mois. "Je trouve plus de temps pour moi et me famille et ne plus voir mes collègues n’est pas forcément un problème car je suis de base solitaire" ajoute-t-elle.

"On s’adapte selon la faisabilité et les périodes"

A Lons-le-Saunier (Jura), Séverine Monavon, acheteuse conseillère en décoration pour l’entreprise de rénovation Bonglet, a elle aussi pris l’habitude de travailler depuis son domicile.

Son patron l’autorise à travailler depuis chez elle tous les vendredis mais elle se dit prête à augmenter la fréquence autant que possible : "Avec tous les outils dont je dispose, c’est comme si j’avais mon bureau à la maison. Que ce soit par mail, téléphone ou visio, je peux continuer à approvisionner les chantiers, à faire le lien entre les commandes, les conducteurs de travaux et la réception" explique-t-elle. "Que je sois chez moi ou à la maison, je n’ai aucune déperdition d’information". 

Comme Séverine une dizaine d’autres salariés sur la cinquantaine qui compose l’entreprise travaillent depuis chez eux mais des contraintes existent. Pour continuer à fonctionner normalement, l’entreprise Bonglet doit obligatoirement maintenir des effectifs en présentiel. "On adapte le télétravail en fonction des missions des collaborateurs, de la faisabilité mais aussi de la période car certaines tâches au sein de l’entreprise nécessitent des opérations manuelles qui ne peuvent se faire que dans nos locaux" explique le directeur des achats Hervé Peutot.

Après l’allocution du Premier ministre, l’entreprise se dit prête à renforcer le télétravail mais encore une fois, selon certaines conditions. "Le télétravail est une bonne solution pour la situation que nous connaissons, mais il faut aussi s’adapter à l’aspect suivi administratif" souligne Hervé Peutot, "On essaye d’adapter nos conditions en fonction des contraintes qu’on peut avoir. Mais il ne faut pas oublier que cela nécessite des infrastructures et une connexion internet adaptées".

Encore 2,5 millions de non convertis ?

Selon les derniers chiffres communiqués par la ministre du travail Elisabteh Borne, près de 2,5 millions de Français qui pourraient télétravailler actuellement ne le font pas. "Les risques de contamination sont diminués de 20%" avec un télétravail à temps partiel et "de 30%" avec un télétravail à temps complet, a d'ailleurs fait valoir la ministre, qui veut sensibiliser cette part de la population.

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