Plan chasse : dans le Jura, les chasseurs assurent "être pour la cohabitation avec les randonneurs"

Déception du côté des militants pour les droits des animaux, "bon sens" pour les chasseurs... Le "plan chasse" dévoilé par le gouvernement ce lundi 9 janvier se révèle moins ambitieux que prévu pour lutter contre les accidents de chasse. Dans le Jura, les adeptes de la cynégétique assurent que la plupart des mesures sont déjà appliquées.

Dévoilé par la secrétaire d'État chargée de l'Écologie Bérengère Couillard ce lundi 9 janvier, le "plan chasse" ne manque pas de faire réagir. Les associations environnementales, qui espéraient notamment une interdiction de la chasse sur le territoire national le dimanche ou tout au moins une demi-journée dans la semaine, ne cachent pas leur déception.

"Consternation, frustration et lassitude," résume l'association PETA. Ces militants pour les droits des animaux estiment qu'il est "honteux de présenter des demi-mesures médiocres au sein d’un plan visant soi-disant à éviter les accidents", notamment celle de l'appli pour géolocaliser les chasses en cours, l'obligation d'une formation pour les organisateurs de battue, ou la contravention pour ceux qui chassent alcoolisés. "C'est une insulte à la mémoire et aux familles" des victimes d'accident de chasse, juge encore PETA.

Sécurité et ébriété

"Familièrement, je dirais que la montagne a accouché d'une souris. Tout le monde attendait de grandes mesures, mais on reste finalement sur du bon sens, confie Christian Lagalice. À son échelle, le président de la fédération des chasseurs du Jura estime que beaucoup de mesures annoncées ce 9 janvier sont déjà en place. On impose ici déjà 7 ans de formation obligatoire pour les organisateurs de battue," signale celui qui est depuis 27 ans à la tête d'une fédération de 7 000 adhérents. Ici, comme dans le Doubs, une journée par semaine est déjà interdite à la chasse (mardi pour le Jura, vendredi pour le Doubs).

On n'a pas attendu les pétitions des anti-chasse pour prendre à bras le corps la question de la sécurité. Depuis les années 2000, on a senti cette demande sociétale, à la fois pour sécuriser le chasseur lui-même dans son acte, mais aussi pour qu'il y ai le minimum de risque pour les non-pratiquants. Je dis bien "minimum", car certains promeneurs s'aventurent tout de même dans les zones où sont indiquées des chasses en cours.

Christian Lagalice

président de la Fédération des chasseurs du Jura

Quant au contrôle de l'alcoolémie, le chasseur jurassien déplore que la société "soit restée au sketch du bon et du mauvais chasseur des Inconnus". "On en est pourtant très loin aujourd'hui. Personnellement, je ne tolère pas qu'un chasseur rejoigne une battue alors qu'il est en état d'ébriété. C'est absolument inconcevable. Après, il faudra que la loi précise bien qui pourra mener des contrôles et à quel moment," glisse Christian Lagalice.

Ça m'est arrivé de refuser quelqu'un parce qu'il était ivre, mais c'était il y a 20 ans. C'est lié à cette tradition qu'on avait autrefois de couper la journée de chasse en deux, avec un repas et éventuellement de la boisson. Aujourd'hui, la pratique consiste plutôt à chasser en continu et on organise le repas après.

Christian Lagalice

président de la Fédération des chasseurs du Jura

Se signaler auprès des promeneurs

L'autre déception des militants pour les droits des animaux, c'est l'annonce d'une appli mobile pour signaler les chasses en cours et ainsi éviter les accidents avec les promeneurs. "C'est une application aussi inutile que dangereuse," qualifie dans un communiqué commun plusieurs associations, parmi lesquelles la Fondation Brigitte Bardot. "Elle suppose que tous les chasseurs et tous les promeneurs aient un smartphone, et qu’ils pensent systématiquement à se connecter à l’appli. (...) Que se passe-t-il lorsqu’un promeneur, en plein milieu de sa randonnée, reçoit une alerte pour lui signifier qu’une chasse est sur le point de commencer tout autour de lui ?"

En réalité, cette application ne ferait que renforcer la mainmise des chasseurs sur la nature et légitimer la présence d’un "loisir" dangereux voire mortifère pour autrui. En résumé, le message c’est "Dégagez, on chasse !".

associations de défense des animaux (dont Fondation Brigitte Bardot, WWF)

communiqué commun

Côté chasseurs, on n'estime pas s'approprier le terrain. "Nous chassons seulement six mois dans l'année, nous ne chassons pas tous les jours et pas sur tout le territoire, rappelle Christian Lagalice. Même dans les communes rurales, au moins la moitié du territoire n'est pas concerné par la chasse. Ça laisse énormément de place aux personnes qui désirent pratiquer des activités de nature."

Le chasseur reste lui aussi très sceptique quant à la mise en place de l'application, même s'il constate que ses adhérents utilisent de plus en plus les smartphones. "Le Jura possède une importante superficie forestière où la couverture réseau n'est pas idéale. Je ne voudrais pas qu'un chasseur ayant fait tout ce qu'il faut pour se signaler se retrouve en défaut à cause de l'absence de réseau," confie-t-il.

"On est obligés de se déclarer lorsqu'on organise une battue. Si on chasse près d'un sentier pédestre référencé, on est dans l'obligation de signaler la chasse en cours sur celui-ci, avec des écriteaux par exemple," poursuit le président de la fédération de chasseurs. Dans les faits, les militants anti-chasse estiment ces panneaux désuets car "souvent mal placés" et signalant des "bulles de danger" "en réalité bien plus vastes qu’indiquées, au vu de la portée des armes".

Bref, plutôt que de limiter la chasse, le gouvernement préfère limiter la liberté des autres : les Français n’auront pas d’autre choix que de slalomer entre les « bulles de danger », ou de rester chez eux, comme l’a déjà préconisé le chef de la Fédération nationale des chasseurs. Vous avez dit démocratie ? 

associations de défense des animaux (dont Fondation Brigitte Bardot, WWF)

communiqué commun

Localement, dans le Jura, les chasseurs sont en bon terme avec les fédérations de randonnée. "Ils nous préviennent dès qu'une manifestation sportive s'organise en saison de chasse, assure Christian Lagalice. Ce dont les promeneurs ont besoin, ce sont des zones de non-chasse. Je suis de ceux qui sont pour la cohabitation, tout le monde doit profiter des activités de nature."