NATURE. Faut-il réintroduire dans les Vosges des grands tétras capturés en Norvège ?

C’est le projet porté par le Parc naturel du Ballon des Vosges pour sauver cet oiseau en voie d’extinction dans le massif vosgien. Une consultation publique est lancée du 4 au 24 mars 2024. Les associations s’interrogent sur l’efficacité de cette mesure, si elle était mise en œuvre.

Le grand tétras ou coq de bruyère est en perte de vitesse. S’il reste 300 individus dans le Haut-Jura, dans les Vosges, une seule main suffit pour compter le nombre d’oiseaux encore en vie. “La situation est critique. Il reste quatre à cinq oiseaux sur le massif. On est au seuil de l’extinction à court terme” explique à France 3 Franche-Comté Thomas Chevalier, chargé de mission scientifique au Groupe Tétras Vosges.

Il restait dans cette région une centaine de grands tétras au début des années 2000. La population a chuté progressivement. Les causes sont multiples : vieillissement de la population, dérangement, prédation par les sangliers montés en altitude, réchauffement climatique, ressources alimentaires en baisse….


Pour que le grand tétras ne disparaisse pas à tout jamais de ses montagnes et forêts, le parc naturel vosgien souhaite réintroduire 40 oiseaux par an durant cinq ans. Des oiseaux qui seraient capturés en Norvège, un pays où les grands tétras sont nombreux et encore chassés. 

Une réintroduction efficace ?


Pour le groupe tétras Jura, l’initiative des voisins des Vosges pose évidemment question. “Pour ce qui est du fonds, on a un regard un peu critique sur ce projet de réintroduction. Peu importe que les oiseaux viennent de Norvège, de Suède ou de Russie, c’est un peu une démarche faite dans la précipitation, sans suffisamment d’ancrage local” estime Alexandra Depraz, directrice du groupe tétras Jura. “On sait que le tétras est un oiseau qui demande un engagement fort pour le préserver. Sans adhésion du territoire, cela pourrait aller à l’encontre de ces oiseaux.” 

Quelle va être la durée de vie de ces oiseaux, leur pérennité dans un massif très fréquenté ? On s’interroge sur l’efficacité d’une réintroduction à moyen terme.

Alexandra Depraz, directrice du groupe tétras Jura.

France 3 Franche-Comté


Dans le Jura où la population est pour l’instant encore viable, les défenseurs du grand tétras sont, néanmoins, eux aussi, inquiets. “Ce qui se passe dans les Vosges, va nous arriver dans les 10 à 20 ans qui viennent. Il faut anticiper tout cela” ajoute Alexandra Depraz. La forêt noire en Allemagne fait face, elle aussi, à une diminution du nombre d’oiseaux du fait de la consanguinité, des problèmes de reproduction en plus du climat. “On arrive là-bas aussi à des effets de seuil, des paliers, et la population s’effondre tout d’un coup”. 

Une réintroduction souhaitable ?


Pour le parc naturel du ballon des Vosges, la démarche de réintroduction de tétras venus de l’étranger doit être tentée. 

Le parc en tant que structure ne peut pas laisser disparaitre une espèce sans réagir. Voilà ce qui nous motive en tout premier.

Laurent Séguin, Président du parc naturel des ballons des Vosges

à France 3 Lorraine


Dans les Vosges, le groupe tétras local ne s'oppose pas ouvertement à ce projet de réintroduction. Il préfère rester “neutre” et l’accompagner au mieux “sur le suivi, et les mesures d’accompagnement qui ont pour objectif d’améliorer les conditions d’accueil de l’espèce pour donner une chance de survie aux oiseaux” qui pourraient être réintroduits. Parmi ces mesures, des zones de protection, une sensibilisation du grand public, un travail avec les chasseurs. 


Mais l’inquiétude émerge malgré tout, le scepticisme aussi.

C’est difficile de savoir dans quelle mesure cela peut marcher…. Tant qu’on relâche des oiseaux, on arrive à maintenir des populations. Sur le long terme, est-ce que c’est viable ? C’est la question qu’on se pose.

Thomas Chevalier, chargé de mission du groupe Tétras Vosges

à France 3 Franche-Comté

Le grand tétras, ce gros oiseau qui aime le froid


Le Grand Tétras (Tetrao urogallus), ou Grand coq de bruyère, est un gros gallinacé vivant dans les forêts de conifères, soumises à un climat frois. C’est plus gros des oiseaux forestiers. Le coq pèse de 2,5 kg à 5 kg pour 86 - 110 cm de longueur et la poule pèse de 1,5 kg à 2,5 kg pour 55 - 70 cm de longueur. En Europe centrale, il est de plus en plus menacé par le réchauffement climatique.

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En Europe, plusieurs programmes de réintroduction ont déjà été tentés. En 1976, le Parc national des Cévennes a mis en œuvre une politique de réintroduction d’envergure. La population est à nouveau au bord de l’extinction. D’autres programmes européens sont en cours en Pologne notamment, précise la Jurassienne Alexandra Depraz où un premier bilan d’élevage et relâcher serait, selon elle, positif.

Que dit le conseil national de protection de la nature ? 


Dans les Vosges, le grand public a jusqu’au 24 mars pour s’exprimer sur cette consultation publique de projet de réintroduction de grands tétras. Le Conseil National de Protection de la Nature a rendu un avis défavorable. Il considère que le dossier porté par le parc du Ballon des Vosges n’est pas suffisamment about sur le plan scientifique notamment. Il encourage toutefois la structure à “ trouver les meilleures voies possibles à la réduction drastique et pérenne des pressions exercées sur les écosystèmes fragiles concernés.”

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