Prendre le vélo pour aller au travail, faire des courses ou emmener les enfants à l'école, ça vous fait peur ? Pourtant, ce n'est pas compliqué. Comme en témoignent les usagers du vélo que nous avons rencontrés, à Besançon et à Belfort. En délaissant la voiture, ils ont gagné en qualité de vie, en forme physique, et en pouvoir d'achat. 

Chez les Fremiot, toute la famille est à vélo tous les jours, toute l'année, même pour les vacances



 
En 2012, Héléne et Sébastien Fremiot ont vendu leur voiture. Depuis, les déplacements quotidiens et de vacances se font à vélo et en train. / © Petitssautsdepuces
En 2012, Héléne et Sébastien Fremiot ont vendu leur voiture. Depuis, les déplacements quotidiens et de vacances se font à vélo et en train. / © Petitssautsdepuces
 

Il n'y a pas de mauvais temps, juste un mauvais équipement



Chez Hélène et Sébastien Frémiot, il y a quatre enfants, une bonne douzaine de vélos de toutes les tailles, et zéro voiture ! La dernière qu'ils possédaient a été vendue en 2012. Sans regret.  Et n'allez pas leur dire que le vélo est inadapté au climat de l'est de la France :

"A vélo, il n'y a pas de mauvais temps, il n'y a qu'un mauvais équipement" explique Hélène Frémiot, "coupe-vent, surchaussures souples, je mets aussi pantalon de pluie et chapeau pour protéger mes lunettes des gouttelletes, ça donne un look, mais on est au sec ! Et quand il pleut, on peut attendre quelques minutes que l'averse se calme un peu, il ne faut pas se fixer un horaire trop rigide."
 


J'ai découvert ça, que le vélo ne servait pas qu'à la balade



"Quand j'avais 20 ans, j'ai séjourné en Allemagne. Là-bas, les enfants prenaient le vélo pour aller à l'école, ou rejoindre l'arrêt de bus. La mère de ma famille d'accueil prenait aussi son vélo pour aller au travail", précise  Hélène Frémiot.

Hélène et son mari franchissent le pas en 2008. Arrivés à Belfort, Sébastien part au travail à vélo. La piste cyclable est devant la  maison. Et le temps de déplacement plus court qu'en voiture. Hélène s'y met à la naissance des enfant  : "j'ai acheté un vélo, et là toute de suite un sentiment de liberté ! Notre deuxième enfant ne supportait pas la position allongée ou semi-allongée, à cause d'un reflux oesophagien. Porté sur mon dos, à vélo, il était bien, en voiture, il hurlait et on était tous malheureux. Aujourd'hui, le vélo, c'est aussi l'autonomie de nos enfants, la liberté de se déplacer".

Aller plus lentement, prendre le temps : c'est un véritable mode de vie. Pour les trajets de tous les jours. Et pour les vacances. La famille aime aller loin. Jusqu'en Roumanie, il y a quelques années. Parce que c'est ça la vraie liberté : pouvoir s'arrêter quand on veut, même au bord de la route. Il n'y a pas de vitres pour vous isoler du monde extérieur et du contact avec les gens.

 

Il n'y a pas assez d'emplacements pour les vélos dans les trains



Pour autant, la culture du vélo n'est pas assez répandue en France. Dans le train, en particulier : "il y a une détérioration du service !", affirme Hélène,  "A Belfort, on est à la limite de deux régions SNCF : quand on va en Alsace, il y a 12 places pour les vélos,  quels que soient les trains. Quand on va dans l'autre sens, il y a 3 ou 4 places maximum,  accessibles après des marches et un couloir très étroit".

 

Le vélo pour Nicolas, c'est d'abord pour aller au travail et rester en forme

Une vingtaine de kilomètres à l'aller, autant au retour : ce sont les trajets quotidiens de Nicolas Bland, pour aller à son travail, à Besançon / © Pascal Sulocha
Une vingtaine de kilomètres à l'aller, autant au retour : ce sont les trajets quotidiens de Nicolas Bland, pour aller à son travail, à Besançon / © Pascal Sulocha
 

Mais à vélo entre la campagne et la ville, ce n'est pas toujours facile...

Une vingtaine de kilomètres à vélo entre Osselle et Besançon le matin, la même chose en fin de journée : c'est son trajet quotidien pour aller au travail.  Avec un vélo à assistance électrique, pour alléger l'effort et ne pas arriver "en nage" dans les locaux de l'entreprise.
 

Je ne me sentais pas bien,  assis toute la journée devant un ordinateur. J'avais besoin de faire un peu de sport, prendre le vélo c'est être dehors



"Prendre la voiture était contraire à mes engagements et à mes convictions environnementales", explique Nicolas Bland, 30 ans. Pour lui, le vélo est synonyme de qualité de vie : "quand je venais en voiture, j'étais tout le temps stressé, il y a des gens qui conduisaient mal, qui m'énervaient... alors qu'en vélo on est dans notre bulle. C'est un rythme plus lent, plus agréable à vivre, surtout au printemps et en été bien sûr !"

Car Nicolas prend parfois la voiture, quand la température est vraiment glaciale, ou parce que son travail le nécessite : "ces jours-là, je ne me sens pas bien, moins réveillé, un peu ankylosé quoi !"

 

Il y a un manque de cohérence des pistes cyclables



Usager quotidien du vélo, Nicolas regrette l'état médiocre des infrastructures dédiées aux cyclistes : "je constate qu'il y a des efforts faits dans la ville, mais pour rejoindre les communes extérieures de Besançon, il n'y a rien. Sauf la vélo-route qui traverse mon village"

La vélo-route ? Il s'agit de l'Eurovélo 6, une voie verte, qui traverse la France-Comté le long du Doubs. Elle relie Nantes, sur l'Atlantique, à la mer Noire, en Roumanie. Un itinéraire destiné au tourisme. Grâce à cette vélo-route, Nicolas peut rouler à l'écart des voitures, mais pas sur l'intégralité du parcours.

Or, "les automobilistes ne respectent pas les distances de sécurité, ça pose encore plus problème quand on est sur des routes à la campagne, où les voitures circulent à 80 km/h. Les automobilistes jugent mal la distance et la différence de vitesse. Ils ont  cette envie permanente de doubler, même si ce n'est pas possible. Et ils regardent  à gauche quand ils doublent, pas à droite où se trouve le cycliste..."

Pourtant, Nicolas ne renoncerait pour rien au monde à ses deux heures de vélo quotidiennes. Mieux, il réfléchit sérieusement à partir prochainement en vacances à vélo.

 

Le vélo, c'est la liberté de circuler partout en ville, sans les embouteillages

Sébastien Menestrier : "chez nous, tout le monde est à vélo, on est farouchement vélo !" / © Pascal Sulocha
Sébastien Menestrier : "chez nous, tout le monde est à vélo, on est farouchement vélo !" / © Pascal Sulocha

 

Sébastien Menestrier n'a jamais voulu de voiture, ni même passer le permis de conduire


Sébastien Menestrier a 40 ans. Il est instituteur, professeur des écoles. Il est engagé dans l'association vélo Besançon (AVB). Signe particulier : il n'a pas le permis de conduire. "Je n'ai jamais voulu avoir de voiture,  je milite pour rendre la vie plus facile aux cyclistes, pour des raisons écologiques et pour notre qualité de vie personnelle. Le vélo c'est la liberté, je peux circuler où je veux, quand je veux en ville, ne pas être dans les embouteillages".

Lui, sa compagne et leurs deux enfants se déplacent donc exclusivement à vélo, ou en utilisant les transports en commun : "on peut tout à fait vivre avec du train-vélo, même si la SNCF a du mal à s'y mettre. Et on choisit nos vacances en fonction des destinations possibles par le train".

Même en hiver, je suis 100% vélo


La météo franc-comtoise ? Aucun problème : « On y arrive très bien, les jours de pluie, il faut la cape, le pantalon de rechange, ça va bien dans les sacoches du vélo. Je travaille dans le quartier de Planoise, une heure aller-retour par jour,  je n'ai jamais été empêché d' y aller à cause du temps"
 


Les trottoirs c'est interdit, mais c'est parfois préférable pour notre sécurité



Quelles sont les relations avec les autres usagers de la route et de la rue ? "Aucun problème avec les piétons, ça se passe bien. Mais il faut faire attention aux endroits dangereux, quand la bande cyclable est trop étroite, on est parfois obligés de monter sur les trottoirs avec les enfants. A nous d'être encore plus aimables avec les piétons, il ne faut pas que notre choix du vélo se fasse à leur détriment !"
 

Avec les automobilistes, c'est important de s'arrêter et d'essayer de discuter, même si ça ne donne pas grand-chose


En revanche, avec les automobilistes c'est parfois compliqué : "certains s'impatientent parce qu'ils doivent rester derrière nous, ils pensent  qu'ils ont la priorité sur tout, partout. Je parle volontiers aux automobilistes,  quand ils klaxonnent,  pour leur faire comprendre que, oui, il y a des vélos et qu'il faut peut-être ralentir quelques instants"

Chez Sébastien, tout le monde est à vélo, tout le monde est farouchement cycliste.  Alors, n'essayez surtout pas de lui parler des mérites de l'avion !

 

Sébastien Paris a même fait du vélo son activité professionnelle

Sébastien Paris a fait du vélo son unique moyen de transport, et se prépare à en faire son métier, comme moniteur de vélo-école. / © Pascal Sulocha
Sébastien Paris a fait du vélo son unique moyen de transport, et se prépare à en faire son métier, comme moniteur de vélo-école. / © Pascal Sulocha

Le vélo en ville, c'est tout un apprentissage


A Besançon, Sébastien Paris, 32 ans, vit du vélo, comme mécanicien dans un atelier de cycles, et comme moniteur dans une vélo-école.

"Cest un vrai plaisir d'apprendre aux gens à faire du vélo, à trouver l'équilibre, à maîtriser trajectoire et freinage", explique Sébastien, "avec le pédalage vient le grand sourire de satisfaction. Et puis, c'est un accès à une forme de liberté.  J'ai des élèves qui ont très peu de moyens, le vélo devient le mode de transport pour aller au travail, le moyen de s'approprier la rue".
 

On ne pense pas à chercher les petits itinéraires. Ils peuvent rallonger un peu le trajet mais ils sont beaucoup plus calmes et sûrs"



Sébastien initie aussi ses élèves à la circulation en ville. Devenir cycliste citadin nécessiterait un véritable apprentissage, une re-découverte du code de la route : " si l'on vient de la marche et qu'on se met au vélo, on a tendance à garder les mêmes comportements, à utiliser les trottoirs et les passages piétons.  Et quand on vient de la voiture, on ne connait que les grands axes de circulation, qui sont anxyogènes ou accidentogènes pour les cyclistes".


4 conseils de Sébastien pour bien circuler à vélo en ville
  • Connaître la signalétique spécifique au vélo, comme le "tourner à droite" au feu
  • Respecter les piétons dans les zones partagées, en passant à distance d'eux, sans les frôler
  • Prendre toute sa place sur la route, à l'écart du trottoir. Ne pas hésiter à gêner un peu les automobilistes, pour éviter qu'ils effectuent un dépassement dangereux pour les cyclistes
  • Se comporter comme un automobiliste quand il n'y a pas d'aménagement pour les vélos, ne pas utiliser trottoir ou passage piéton.
 

Une ville est bien aménagée quand on peut répondre oui à la question "est ce que je peux laisser mes enfants aller seuls à l'école à vélo ?"

 

Averc son expérience de cycliste, Sébastien porte un regard assez sévère sur l'état des infrastructures à Besançon : "Se promener à vélo un dimanche matin, c'est génial, c'est confortable, mais en semaine, c'est très limité. On est confrontés aux voitures mal garées, aux bandes cyclables trop étroites et trop proches des portières des voitures en stationnement, au réseau de voies cyclables qui manque de continuité et de cohérence".

Pourtant, Sébastien est désormais "tout vélo" : quelques heures après notre rencontre, il a vendu sa voiture, qu'il n'utilisait plus du tout !
 
 

La Bourgogne-Franche-Comté, mauvaise élève pour ses aménagements vélo ?

Pour la Bourgogne Franche-Comté, en 2017, le baromètre des villes cyclables publié par la fédération française des usagers de la bicyclette attribuait une bonne note à la seule ville de Belfort. Dijon et Besançon avaient tout juste la moyenne. / © FUB
Pour la Bourgogne Franche-Comté, en 2017, le baromètre des villes cyclables publié par la fédération française des usagers de la bicyclette attribuait une bonne note à la seule ville de Belfort. Dijon et Besançon avaient tout juste la moyenne. / © FUB
 

Au baromètre des villes cyclables, la région ne brille pas...

En 2017, la fédération française de usagers de la bicyclette (FUB)  publiait son premier baromètre des villes cyclables. Des dizaines de milliers d'usagers du vélo avaient noté leur ville, en fonction des infrastructures, des emplacements de stationnement et de la place accordée au vélo.

En Bourgogne Franche-Comté, les notes sont médiocres. Une seule ville, Belfort, atteint le niveau "plutôt favorable". C'est tout juste moyen pour Besançon et Dijon, et défavorable pour la dizaine d'autre villes où les usagers se sont exprimés.


Le bilan par régions a démontré que la France est globalement très en retard par rapport aux voisins d'Europe du Nord, en particulier les Pays-Bas et le Danemark, qui sont considérés comme des modèles.

L'enquête pour établir le baromètre 2019 des villes cyclables est en cours jusqu'au 30 novembre : pour y participer, rendez-vous sur le site de la fédération française des usagers de la bicyclette, à cette adresse.
 
Une rue de Copenhague, au Danemark. Avec Amsterdam aux Pays-Bas, la ville est citée comme un exemple car elle a été entièrement réaménagée pour accueillir piétons, vélos et transports en commun. / © Raoul Advocat
Une rue de Copenhague, au Danemark. Avec Amsterdam aux Pays-Bas, la ville est citée comme un exemple car elle a été entièrement réaménagée pour accueillir piétons, vélos et transports en commun. / © Raoul Advocat