Mobilisation pour les jeunes migrants guinéens : vu de Guinée, ce n’est pas un «cas particulier »

Publié le Mis à jour le
Écrit par Isabelle Brunnarius
Yaya Camara, Laye Fodé Traoré et Stéphane Ravacley le 19 janvier 2021
Yaya Camara, Laye Fodé Traoré et Stéphane Ravacley le 19 janvier 2021

Malgré la mobilisation pour éviter sa reconduite à la frontière, le jeune guinéen Abakar Gassama qui vivait sur Montbéliard (Doubs) pourrait repartir ces prochaines heures vers son pays. La médiatisation de ces obligations de quitter le territoire ne fait pas la une de l’actualité en Guinée.

Laye Fodé Traoré, Yaya Camara, Abakar Gassama font la une de l’actualité en raison d’une mobilisation de citoyens français et comtois pour qu’ils puissent terminer leurs formations et être embauchés dans l’hexagone. Dans leur pays d’origine, en Guinée, ces élans de solidarité passent quasi inaperçus.

Début janvier, la grève de la faim du boulanger de Besançon Stéphane Ravacley pour que son apprenti Laye Fodé Traoré puisse continuer à travailler à ses côtés a fait la une de la presse française mais aussi internationale. Le combat de cet artisan face à une décision administrative (obligation de quitter le territoire français) provoquait une importante vague de soutiens et a affiché au grand jour une situation déjà dénoncée par les associations de défense des droits de l’homme.  

En déplacement dans le Doubs, la ministre du Travail, Elisabeth Borne, estimait que la situation de l'apprenti était un "cas particulier". Mais vu de Guinée, cette situation n'a rien de particulière. Les journalistes n’ont fait que reprendre la dépêche écrite par l'Agence France Presse.

« Cette histoire, c’est un marronnier pour nous" explique Ibrahim Traoré, journaliste à Guinée 7. "Ce n’est pas très commenté ici. Il y a souvent des expulsions de l’Europe. A la limite, c’est une affaire franco-française » dit-il. D’après Moussa Moïse Sylla, journaliste et correspondant pour des médias français, la Guinée est un des pays où les candidats à l’immigration sont les plus nombreux, juste après le Pakistan.

La jeunesse guinéenne a du mal à trouver un emploi en Guinée, faute d’une bonne formation. Ce combat d’un patron français pour garder son apprenti qu’il a lui-même formé, « on peut voir cela d’un mauvais œil" admet Ibrahim Traoré. "Ce sont des bras valides qui désertent la Guinée » ajoute le journaliste. Comment les Guinéens peuvent-ils à réagir à un patron qui fait une grève de la faim pour conserver son salarié ? «  Il a agi comme un bon Africain !" répond le journaliste : "Quand on emploie quelqu’un ici, c’est comme si c’était quelqu’un de la famille ».

Partir de Guinée, un sujet tabou dans le pays

Le départ de la jeunesse guinéenne est plus ou moins un « sujet tabou », précise une source française. D’autant plus que la liberté de la presse est pourfendue par le pouvoir en place.

Amnesty International a dénoncé, début février, la mort récente dans les prisons guinéennes de quatre hommes arrêtés en lien avec la contestation contre un troisième mandat du président Alpha Condé, ainsi qu'une "vague" d'au moins 400 arrestations depuis la présidentielle d'octobre. Des accusations "infondées" et "partisanes" selon le gouvernement guinéen.

Les défenseurs des droits humains dénoncent la dérive, ces dernières années, du régime de Alpha Condé, ancien opposant historique devenu en 2010 le premier président démocratiquement élu après des décennies de régimes autoritaires, et la remise en cause des acquis initiaux sous sa présidence.

Les candidats « à l’aventure » sont d’autant plus nombreux à prendre des risques pour venir tenter leurs chances en occident, que les publications sur les réseaux sociaux, d’après Ibrahim Traoré, montrent des jeunes sur des « jolies photos d’Europe » en esquivant les réelles difficultés pour rester vivre en France ou ailleurs.

« Toutes les familles sont touchées et même endeuillées", fait remarquer Moussa Moïse Sylla. Environ, une famille sur quatre serait concernée par cet exil.

Un exil particulièrement compliqué pour les Guinéens en raison d’un Etat-civil jusqu’à présent défaillant surtout en milieu rural. Les journalistes guinéens admettent qu’il y a un « vrai problème de fiabilité des papiers ».  Les citadins  peuvent plus facilement obtenir un extrait de naissance que les campagnards.

Vers des papiers infalsifiables

En France, la PAF, police de l'air et des frontières, estime que les papiers fournis par les jeunes Guinéens ne sont pas véritables. Une attitude contestée par le GISTI ( Groupe d'information et de soutien des immigré·e·s) qui a demandé l'annulation de cette note de service généralisant l'idée que tous les papiers d'identités des Guinéens étaient susceptibles d'être faux. Pour le GISTI, on ne peut pas généraliser un tel raisonnement, les situations sont à chaque fois uniques. 

Si les jeunes Guinéens, formés par la France à des professions souvent en tension lorsqu’ils sont encore mineurs, ont tant de difficultés à obtenir un titre de séjour, c’est souvent en raison de la difficulté de présenter des papiers reconnus officiellement.

Réputé infalsifiable, le passeport biométrique coûte cher en Guinée : environ 50 euros alors que le salaire minimal est environ de 45 euros par mois. Début février, la police guinéenne tenait justement une conférence de presse pour préciser comment obtenir la carte d’identité nationale biométrique. Une carte infalsifiable qui coute moins de dix euros. Une information qui, elle, a fait la une de tous les médias guinéens.

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