Napoléon : comment le destin et la chute de l'Empire se sont scellés en Bourgogne

La Bourgogne n'a pas accueilli de grandes batailles napoléoniennes. Mais c'est entre Autun (Saône-et-Loire) et Auxonne (Côte d'Or) que Napoléon Bonaparte a forgé son destin de foudre de guerre. Et c'est sans doute à Chatillon-sur-Seine que s'est scellée la chute de l'Empire. 

Un buste de Napoléon Bonaparte conservé au musée Noisot à Fixin, en Côte-d'Or.
Un buste de Napoléon Bonaparte conservé au musée Noisot à Fixin, en Côte-d'Or. © France Télévisions / C. Jouret

On ne dira jamais le contraire : Napoléon Bonaparte est corse. Mais alors que le bicentenaire de sa mort sera fêté le 5 mai 2021, on ose quand même poser la question : ne serait-il pas aussi un peu bourguignon ? 

Tout au long de sa vie, Napoléon Bonaparte a gardé un attachement particulier à la Bourgogne où il est arrivé enfant fraîchement débarqué de son île natale. Un Bourguignon de coeur, donc...

Autun : Le collège du diocèse aujourd'hui "Lycée Bonaparte"

Lorsqu'il arrive à Autun le 1er janvier 1779, Napoléon Bonaparte est un enfant déraciné. Il n'a que 9 ans et demi et ne parle pas un mot de français. Sa langue maternelle, c'est l'Italien. La Corse était française depuis peu de temps

Le père de Napoléon, Charles Bonaparte, a une ambition pour son fils. Il veut le faire entrer dans une école militaire. Ce sera celle de Brienne, en Haute-Marne. Mais il y a un obstacle : parler couramment français fait partie des critères d'admission.

Pourquoi Autun ?

Parce que l'évêque d'Autun, Monseigneur Marbeuf est le neveu du gouverneur de Corse, le comte de Marbeuf, que Charles Bonaparte connaît bien. Il sait qu'au collège d'Autun, (ancien collège des jésuites, tenu par des prêtres du diocèse) ses enfants seront sous la surveillance de l'évêque. 

Napoléon n'est pas seul. Avec lui, il y a son frère Joseph âgé de 11 ans

L'auteur Nada Tomiche raconte dans son essai Napoléon écrivain que l'un des professeurs de Napoléon, l'abbé Chardon, a été frappé par la force de concentration et l'intelligence de son élève. Il le cite : 

"Quand je lui donnais une leçon, il fixait sur moi ses regards bouche béante; cherchais-je à récapituler ce que je venais de lui dire, il n'écoutait plus, et si je lui en faisais des reproches, il me répondait avec un air froid, on pourrait même dire impérieux : Monsieur, je le sais".   

 "C'est, dit l'abbé Chardon, un enfant sombre, pensif qui ne s'amusait avec personne et se promenait ordinairement seul".

Napoléon Bonaparte ne reste que 4 mois au collège d'Autun.

Je ne l'ai eu que trois mois; pendant ces trois mois il a appris le français de manière à faire librement la conversation et même de petits thèmes et de petites versions. 

L'abbé Chardon

Trois semaines à Thoisy-le-Désert

Napoléon Bonaparte quitte le collège d'Autun le 20 avril 1779 pour rejoindre l'école militaire de Brienne-le-Château.

Il est accompagné par Monsieur de Champeaux, le père de l'un de ses camarades de classe également admis à l'école de Brienne.  

Ils font étape à Thoisy-le-Désert, à trois kilomètres au sud de Pouilly-en-Auxois, au château de Monsieur de Champeaux. Le fils de Monsieur de Champeaux tombe malade. Napoléon séjourne trois semaines au château. 

L'empereur dira plus tard au sujet de M. Champeaux : "C'était un gentihomme d'Autun, un brave homme d'un certain âge qui me traitait comme son fils".

Lorsque Napoléon reprend la route, il passe par Semur-en-Auxois, Montbard, et Châtillon-sur-Seine. 

Quant à son frère Joseph, il reste au collège jusqu'à la fin août 1783, rejoint en 1782 par leur frère Lucien qui restera 20 mois à Autun.

L'hôtel Saint-Louis

Au cours de sa vie, Napoléon Bonaparte reviendra à Autun. La première fois en mai 1798. Il est alors 1er Consul à la suite du coup d'état du 18 brumaire et en partance pour l'Egypte.

Plus que le lycée où il a étudié, c'est donc dans la chambre d'un hôtel, ancien relais de poste de la commune que son souvenir est le plus visible.

Napoléon Bonaparte s'y est arrêté plusieurs fois, comme le rappelle une plaque apposée sur la façade l'établissement.

À chaque fois qu'il est venu Napoléon Bonaparte a toujours occupé la même chambre au 1er étage. Le mobilier est resté en l'état. 

L'hôtel a été acheté en 2019 par un promoteur immobilier. La ville d'Autun s'en est inquiétée. Elle considère que la chambre de Napoléon fait partie d'un ensemble patrimonial qui doit être protégé et classé.  

 

Auxonne : La Saône avant la Berezina...

Savez-vous que Napoléon Bonaparte a failli se noyer au cours d'une baignade dans la Saône ? C'était pendant l'été au cours de son premier séjour du 15 juin 1788 au 9 septembre 1789.

Lorsqu'il arrive à Auxonne il a 19 ans, est lieutenant en second au régiment de La Fère et fait partie du Corps Royal d'artillerie. À l'école d'artillerie, il est très studieux. 

Son professeur de mathématique, Jean-Louis Lombard, grand théoricien d'artillerie balistique, dit de lui "ce jeune homme ira loin".

Napoléon passe beaucoup de temps à lire des ouvrages de stratégie guerrière dans la bibliothèque de l'école. Une bibliothèque que l'on peut encore voir telle qu'elle était autrefois.

La bibliothèque du 511e Régiment du Train d'Auxonne
La bibliothèque du 511e Régiment du Train d'Auxonne © Arnaud Lefèvre/ France 3 Bourgogne

Si la chambre qu'il a occupé pendant ces quatorze mois ne se visite pas, celle de son second séjour du 11 février au 14 juin, a été conservée en l'état. Elle est ouverte au public lors des journées du patrimoine ou sur demande auprès du 511e Régiment du train.   

Napoléon Bonaparte laisse une forte empreinte à Auxonne. Sa statue trône milieu de la place d'armes. Il y est encore très présent au travers des lieux qu'il a fréquenté. L'office de tourisme propose d'ailleurs un circuit Bonaparte.

On sait que Napoléon marchait beaucoup. Il allait à pied jusqu'à Villers-les-Pots à la Chapelle de la levée rebaptisée Chapelle Napoléon, ou encore à Villers-Rotin où il aimait se reposer sous le Tilleul de Sully (un arbre planté en 1601 mais qui n'existe plus aujourd'hui).

À noter que Napoléon Bonaparte, lors de son premier séjour est envoyé à Cîteaux et à Seurre pour réprimer une révolte où il reste deux mois sur place jusqu'au 29 Mai 1989.

Il est également envoyé à Dijon pour calmer une émeute, au moment de la révolution le 15 juillet 1789, et doit intervenir dans les mêmes circonstances à Auxonne le 19 juillet.

 
Marmont et Napoléon à Châtillon-sur-Seine

La ville de Châtillon-sur-Seine, tout comme Autun, a été labellisée "Ville impériale" à l'occasion du bicentenaire de la mort de Napoléon Bonaparte.

La ville dispose d'un grand patrimoine lié à Napoléon Bonaparte au travers de l'enfant du pays, le maréchal d'empire Marmont, ami de jeunesse de Bonaparte.

Napoléon Bonaparte est reçu au château Marmont qui est privé aujourd'hui et ne se visite pas.

Il y séjourne à plusieurs reprises, du 18 au 22 mai 1795 et du 12 au 13 mars 1796 alors que tout jeune marié avec Joséphine de Beauharnais, il part prendre le commandement de l'armée d'Italie.

Quelques mois après avoir été couronné empereur, le 5 avril 1805, Napoléon passe à Châtillon-sur-Seine accompagné de l'impératrice Joséphine, de nouveau en route pour l'Italie mais cette fois pour se rendre à Milan et y être couronné roi d'Italie.

Trois jours plus tard, le 8 avril 1805 c'est le pape Pie VII qui passe lui aussi à Châtillon-sur-Seine. Après le sacre de Napoléon 1er, il est resté à Paris pendant l'hiver et retourne maintenant en Italie. Il bénit la population, la ville est en liesse et les festivités durent deux jours.

Un obélisque érigé sur une place de la ville commémore ces deux événements.

Dans le cadre du bicentenaire de la mort de Napoléon Bonaparte, à Châtillon-sur-Seine un grand spectacle et un concert sont prévus le 14 Août 2021 sur la place de la mairie, avec la participation de l'acteur Francis Huster

En 1814 à Châtillon : le congrès de la dernière chance

S'il est passé par Châtillon-sur-Seine avant de partir à la conquête de l'Italie puis de l'Europe, c'est aussi dans cette commune que se scelle des années plus tard, la chute de l'Empire.

1814, c'est la guerre en France dans les territoires du nord-est. Napoléon tente de repousser les troupes coalisées de la Russie, la Prusse, quelques-uns des royaumes allemands, de l'Autriche, l'Angleterre, et de la Hollande.  

Cette guerre, c'est la campagne de France (décembre 1813 - avril 1814) et tandis qu'on se bat en Haute-Marne, dans la Marne et dans l'Aube, un congrès diplomatique européen se tient à Châtillon-sur-Seine.

Napoléon Bonaparte donne carte blanche à son ministre des relations extérieures, le général Armand de Caulaincourt, pour négocier un traité de paix avec les délégations de diplomates autrichiens, russes, anglais et prussiens.

Ces tractations durent plus d'un mois, du 5 février au 19 mars 1814.

L'hôtel du congrès existe encore, un ancien relais de poste avec une très belle cour pavée et une immense écurie. C'est aujourd'hui un hôtel particulier, dans le domaine privé. 

C'est un échec. Les négociation capotent et les puissances européennes reprennent leur avancée. Les coalisés entrent à Paris le 31 mars. La France capitule le 6 avril. Suivront l'abdication de Napoléon Bonaparte et son exil de sur l'île d'Elbe.

Nevers et Dijon

De par sa position géographique, la Bourgogne a souvent servi de point de passage pour les campagnes napoléoniennes.

Pour la petite histoire, Napoléon Bonaparte passe à Nevers (Nièvre), le 15 octobre 1799, à son retour de la campagne d'Egypte.

Il fait étape à l'hôtel du Grand Monarque. Deux heures seulement... mais deux heures qui ont compté dans l'histoire Neversoise, puisque le Syndicat d’initiative y a fait placer, le 14 juillet 1910, une plaque commémorative. Le bâtiment a depuis perdu de son cachet.

À Dijon, sur la façade de l'hôtel de préfecture, près de l'entrée, une plaque rappelle que Napoléon Bonaparte y a dormi deux nuits, du 7 au 9 mai 1800.  Le quartier général de l'armée de réserve était rassemblée à Dijon pour marcher sur l'Italie.

La plaque commémorative que l'on peut voir sur la façade de la préfecture de Côte-d'Or à Dijon.
La plaque commémorative que l'on peut voir sur la façade de la préfecture de Côte-d'Or à Dijon. © Préfecture Côte-d'Or

Napoléon a sans nul doute apprécié la chambre qu'il a occupé au 1er étage. Depuis Milan, il a par décret consulaire en date du 17 mai, fait de l'édifice la résidence du préfet de Côte-d'Or.  

L'hôtel particulier Bouhier de Lantenay, ancienne résidence de l'intendant de la province a été cédée au département en décembre 1811.

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