Covid-19 : Pourquoi les zones rurales sont plus touchées par la deuxième vague

Elles avaient été en partie épargnées durant la première vague en Bourgogne Franche-Comté. Les zones rurales sont cette fois largement impactées par l’épidémie. C’est le cas dans le Jura, le Haut-Doubs ou encore le Morvan. Reportage à Donzy dans la Nièvre. 

A Donzy (Nièvre), le taux d'incidence dépasse 1000 cas pour 100 000 habitants le 6 janvier
A Donzy (Nièvre), le taux d'incidence dépasse 1000 cas pour 100 000 habitants le 6 janvier © Sophie Hémar / France Télévisions

Moulins-Engilbert ou Donzy dans la Nièvre. Noyers-sur-Serein dans l’Yonne, Fontaine-Française en Côte d’Or, Champlitte ou Gray en Haute-Saône, Baume-les-Dames dans le Doubs. Dans toutes ces communes, le taux d’incidence dépasse 500 voire 1000 cas pour 100 000 habitants. C’est deux voire trois fois supérieur à la moyenne régionale en Bourgogne Franche-Comté.

Pourtant, il y a 10 mois, la première vague avait largement épargné ces territoires ruraux. La Nièvre ou la Haute-Saône avaient par exemple connu très peu de cas de covid-19. Comment expliquer ce basculement ?

 

Un sentiment d'insouciance à la campagne ? 

A Donzy, commune de 1500 habitants dans la Nièvre, le taux d’incidence dépasse les 1000 cas pour 100 000 habitants ce mercredi 6 janvier. C'est 7 fois plus que la moyenne nationale ! Ces chiffres sont gonflés par la situation dans l'Ehpad de la commune où 37 résidents et 9 soignants ont été testés positifs. Mais la tendance s'observe également dans les communes voisines.

Christine Roy est infirmière libérale et adjointe au maire à Donzy. Elle regrette un sentiment d'invulnérabilité. "Il n'y a pas une journée dans mes tournées où je ne dois pas demander à mes patients de mettre le masque. Nous sommes dans un petit village. Les gens se sentent en sécurité et relativement préservés. On a eu des cas de Covid chez des personnes agées qui vivent seules mais qui vont lire le journal chez la voisine sans masque."

L'infirmière confie une certaine lassitude. "Un cas sur deux, c’est de l’imprudence. C’est fatiguant pour les soignants de répéter. Et parfois c’est rageant." Elle dit redouter de très mauvais chiffres d'ici une quinzaine de jours. 

Un sentiment partagé par Catherine Jaillard, coordinatrice de la maison de santé de Cosne-Donzy. "Les gens sont à la campagne donc ils se sentent invulnérables. Dans mon village de 170 habitants, les gens se disent, 'Il ne peut rien nous arriver'. La population est consciente de ce qui se passe au territoire national mais pense que cela arrive toujours chez les autres."

Lors de la première vague, les chiffres dans le Grand Est ou en Ile de France ont affolé tout le monde. Chez nous, on n'a rien eu de comparable. Les gens se sont dit 'On est bien dans notre petit coin perdu'. Mais ce n'est pas vrai"

Christine Roy, infirmière libérale à Donzy (Nièvre)

Pourtant, dans les rues de la commune nivernaise, les passants interrogés réfutent tout laxisme.  "Il faudrait être inconscient pour ne pas être au courant. Si on est confiné à 18h, c’est qu’il y a une raison" estime l'un. "C’est évident que l’on se sent tous concernés si on est un peu à l’écoute de ce qu’il se passe, notamment à l’Ehpad de Donzy. Maintenant, il ne faut pas tomber dans la psychose" pense une autre.

Une population plus fragile ?

Pour Catherine Jaillard, la population des zones rurales pourrait aussi être plus à risque. "On sait que la structure de la population est plus à risque. Une grosse proportion de la population a plus de 65 ans." Les plus agés présentants de formes plus symptômatiques sont potentiellement plus contagieux. A celà s'ajoute des pathologies comme le diabète ou l'obésité, facteurs de comorbidité. La professionnelle de santé avance aussi une couverture médicale moins dense en zone rurale. "C’est vrai que l’on a aussi une offre de soins sur le département qui est peut-être plus limitée avec un accès moins facile qu’en ville." La distance pourrait ainsi dissuader certains patients de faire plusieurs kilomètres pour se faire dépister.

Les deux professionnelles reconnaissent néanmoins ne pas pouvoir réellement expliquer le phénomène. "Il faudrait savoir pourquoi ça flambe dans le coin. Il faudrait savoir pour que nous ayions les bons réflexes" soupire Catherine Jaillard.

 

Un territoire "trop peu" touché lors de la première vague

La réponse est peut-être à trouver dans la première vague et le premier confinement décrété avant que le virus ne touche la Nièvre. C'est en tout cas l'analyse de l'ancien médecin et président du conseil départemental (PS), Alain Lassus. "Le département a été épargné durant la première vague parce que l’on a confiné, alors que la Nièvre était indemne. On est resté indemne avec un bon confinement. Là on n’a pas fait un vrai confinement. Le virus est donc arrivé et s’est installé." Très peu de personnes avaient été exposées au covid-19, très peu ont donc été immunisées juge l'élu. "Il y avait eu moins de gens touchés. C’était un terrain plus facile pour que le virus s’y installe assez massivement. C’est ce qu’il s’est passé."

Comme certains professionnels, Alain Lassus ne se montre pas forcément rassurant pour les semaines à venir. "On a résisté un certain temps avec des chiffres qui étaient nettement inférieurs à la moyenne nationale. Puis le virus s’est engouffré dans le département. Et je pense qu’il y est pour longtemps, si on ne met pas en place des mesures pour protéger les plus fragiles d’entre nous." Depuis le 2 janvier, le gouvernement a mis en place un couvre-feu avancé à 18heures dans le département de la Nièvre et dans 19 autres.

 

 

 

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