Législatives 2022. De Pierre Bérégovoy à Marine Le Pen : Nevers, Cosne, la Charité-sur-Loire, portrait de la 1ère circonscription de la Nièvre

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Écrit par Sophie Hémar

Avant les législatives et l'élection des députés, France 3 fait le tour des circonscriptions de Bourgogne. Aujourd'hui, la 1ère circonscription de la Nièvre, qui regroupe Nevers et le Val de Loire. Soit la moitié de la population du département.

Située à l’ouest du département, le long de la Loire, la première circonscription de la Nièvre est divisée en 11 cantons, regroupant la moitié de la population de la Nièvre, soit un peu plus de 100 000 habitants.

Une circonscription urbaine en milieu rural

Si la circonscription semble petite à côté de sa voisine, c’est qu’elle rassemble des villes importantes comme Nevers, Cosne-Cours-sur-Loire, La Charité-sur-Loire et leurs périphéries. C’est la circonscription la plus urbaine du département, même si persistent de grandes disparités entre Nevers, son agglomération, et des zones excentrées plus rurales.

Avec 6,7% de chômeurs en 2022, soit 0,6% de moins qu’au niveau national, ce territoire reste le plus dynamique au niveau de l’emploi. Même s’il a beaucoup souffert de la désindustrialisation ces trente dernières années, dans des villes comme Fourchambault ou Cosne-Cours-sur-Loire.

Emploi et santé, priorités de la population

L’emploi reste l’une des priorités de la population de la circonscription. Même si le chômage reste à un niveau assez bas, et que les offres ne manquent pas, les fermetures d’entreprises s’enchaînent depuis la fin des années 80 : Alsthom à Garchizy et à Fourchambault, dont les usines de transformateurs électriques ont employé plus de 600 personnes au milieu des années 1970 avant de fermer en 1981 (Garchizy) puis en 1986 (Fourchambault), Epéda à La Charité-sur-Loire, ou encore le fabricant d’outillage Facom en 2006 à Saint-Eloi.

Dernièrement, l’annonce de la suppression de plus de 200 postes dans l’entreprise spécialisée dans la fabrication de verrous et d’antivols de voitures U-shin, a fait l’effet d’un coup de massue à ses salariés neversois. Mais ce n’est pas la seule urgence : le territoire de la première circonscription connaît depuis de nombreuses années une véritable crise dans le domaine de la santé.

Souvent qualifié de désert médical, le département enchaîne les fermetures de services de santé et sa population a de plus en plus de mal à se soigner. Ces derniers mois, l’hôpital de Nevers a connu une crise importante dans son service d’urgences, ainsi qu’une fermeture temporaire de sa maternité, la dernière du département. En cause : une difficulté à recruter des professionnels de santé, peu enclins à s’installer dans une zone rurale comme la Nièvre, et des services qui peinent à fonctionner avec un personnel épuisé et trop peu nombreux.

Un espoir cependant : la construction d’un hôpital public à Cosne-Cours-sur-Loire, négociée avec l’Etat à l’occasion du Ségur de la santé par l’actuelle députée de la première circonscription Perrine Goulet, et prévue pour 2025. L’élue, qui avait fait de l’accès aux soins l’une des priorités de son premier mandat, compte poursuivre son action en cas de réélection, en travaillant en particulier sur les solutions pour attirer et faire rester des professionnels de santé dans un département à la population vieillissante.

Une donne politique en plein chamboulement

Historiquement socialiste, fief de Pierre Bérégovoy qui en fut le député par trois fois, la première circonscription a connu d’importants changements de dynamiques politiques ces dix dernières années. En 2014, le PS connaît une déroute historique avec l’élection de Denis Thuriot (sans étiquette à l’époque puis LREM) à la mairie de Nevers, pourtant acquise aux socialistes depuis près de quarante ans.

Pour ces élections législatives, c’est d’ailleurs la première fois depuis 1958 qu’aucun candidat socialiste ne se présentera dans le département, illustration frappante de la désagrégation du PS en France.

Si la région et le département restent acquis au PS, l’élection présidentielle de 2017 fait émerger une nouvelle tendance dans l’échiquier politique : le Front National (devenu Rassemblement National en 2018). Dès 2017, Marine Le Pen parvient à se hisser en tête du premier tour dans la Nièvre, devant Emmanuel Macron, sans transformer l’essai au second tour. Les législatives qui suivent confirment la tendance : si la candidate du Rassemblement National, Pauline Vigneron, parvient à atteindre le second tour loin derrière la candidate de la majorité présidentielle Perrine Goulet, et devant le candidat socialiste, elle est ensuite sèchement battue, et ne recueille que 33,87% des voix (à noter une abstention record de 57,75%).

Mais les choses se présentent différemment pour l’élection à venir : en effet, lors de la présidentielle d’avril 2022, et pour la toute première fois, Marine Le Pen est arrivée en tête au premier ainsi qu’au second tour dans la Nièvre, avec un score final de 50,11% des voix, contre 49,89% pour Emmanuel Macron. Le vote RN poursuit donc son ascension dans ce département très rural. Même si les grandes villes comme Nevers ou Cosne-Cours-sur Loire ont majoritairement voté pour le président sortant, ce n’est pas le cas des petites villes et villages de la circonscription. Serait-ce le signe d’un basculement prochain du territoire ?

Michel Peters (Sans Etiquette) est aussi candidat dans la 1ere circonscription de la Nièvre.