Véhicules électriques et hybrides : "il faut que les constructeurs acceptent de faire la transition"

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Écrit par R. C.

Emmanuel Macron a présenté ce mardi 26 mai un plan de soutien au secteur automobile touché par la crise économique liée au coronavirus. Des mesures orientées vers les technologies "vertes". Les constructeurs français n'y sont pas encore en pointe, pour le directeur de l'ISAT Nevers (Nièvre).

Les véhicules hybrides et électriques sont au coeur du plan de soutien à l'industrie automobile présenté ce mardi 26 mai par Emmanuel Macron. Car si les mesures visent à aider les constructeurs français à traverser la crise économique provoquée par le coronavirus, elles ont aussi pour but de les accompagner dans une transition vers des technologies plus propres.

Un secteur dans lequel les industriels héxagonaux ne sont jusque-là pas des références. Pour autant, ce n'est pas faute de maîtriser les technologies, selon Luis Le Moyne, directeur de l'Institut supérieur de l'automobile et des transports (ISAT) de Nevers (Nièvre) : "les constructeurs français n'ont pas forcément pris de retard technologique au cours des dernières années, mais ils n'avaient pas misé leur stratégie de développement dessus".
 

Manque de volonté


Plus qu'un manque de savoir-faire, c'est un manque de volonté que pointe l'enseignant-chercheur au sein de l'équipe "Énergie, Mobilité, Intelligence et Environnement" de l'établissement.

"Les constructeurs français sont restés focalisés sur des modèles à la rentabilité classique. Il faut qu'ils acceptent de faire la transition, au prix d'une rentabilité plus faible pendant quelques années. Toyota l'a fait depuis plus de 10 ans par exemple, les Français doivent peut-être s'y mettre sérieusement."


Faute de choix de politique industrielle, le retard existe pour la préparation de la production. "Aujourd'hui, l'outil de production est sous-dimensionné pour un lancement à grande échelle, déplore Luis Le Moyne. Il faut que les sites soient reformatés, modernisés, préparés pour les véhicules de demain, pour une production en France."
 

Produire durablement en France ?


Un choix que semble faire le groupe PSA, après avoir annoncé que la prochaine génération de sa 3008, et notamment les modèles électriques, serait produite sur le site de Sochaux (Doubs). Mais cette option ne sera payante que si elle est durable.
 

"Peugeot ou Renault ont eu des aventures vers l'électrique ces dernières années, mais les tentatives n'étaient jamais lisibles pour les consommateurs, regrette le directeur de l'ISAT. Renault a produit la Zoé, mais misé dans le même temps sur Dacia et les Clio thermiques classiques. On ne retrouve pas la cohérence de la démarche de Toyota, qui est devenu une référence en matière d'hybride."
 

Des véhicules toujours chers


Conséquence de ce non-choix, les véhicules électriques et hybrides français restent chers et cela représente un frein important pour les consommateurs. "Il est probable qu'on assiste à un très grand attentisme des clients, plus encore dans un contexte de crise, anticipe Luis Le Moyne. Ils vont s'interroger avant de changer de véhicule, surtout pour un véhicule onéreux."

D'où l'enjeu du plan de soutien gouvernemental. "Il ne rétablira pas à lui seul la situation, mais il est absolument indispensable, appuie l'enseignant-chercheur. Le consommateur achète les produits proposés si le rapport qualité / prix est acceptable." Et les primes à la conversion exceptionnelles annoncées peuvent participer à faire baisser les coûts de ces véhicules.

Il y a une opportunité de déclencher la dynamique de changement. Crise et opportunité sont toujours liées.


"Avec le confinement, les citadins ont vécu des vies avec moins de pollution de l'air et sonore. Si l'économie suit et que le pouvoir d'achat le permet, il y a probablement une chance que les gens tentent quelque chose, veut croire Luis Le Moyne. Mais on est à un moment tournant. Si l'accompagnement n'est pas au rendez-vous, il y aura un repli vers les solutions thermiques classiques et le bas de gamme."
 

L'enjeu des batteries


Qu'il s'agisse de véhicule électrique, hybride ou hybride rechargeable, il reste aussi à résoudre le problème des batteries, massivement produites en Asie. "Pour les constructeurs, c'est gênant quand 90% de la valeur d'un véhicule est importée de Chine", justifie Luis Le Moyne.

Une politique de production en France ou en Europe sera donc indispensable pour permettre au secteur de poursuivre sa mue. Les constructeurs français s'y sont engagés, en contrepartie des plus de 8 milliards d'aides au secteur automobile promis par l'Etat.