VIDÉO. Les Loiristes, youtubeurs et pêcheurs de silures géants : "on est des gamins"

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"On est des gamins" : les Loiristes, youtubeurs et pêcheurs de silures géants ©Lisa Guyenne / Damien Rabeisen / Valérie Jonnet / FTV

Sur la Loire près de Nevers, nous partons à la recherche des silures géants avec Rémi et Hugo, deux amis d'enfance qui partagent leur passion de la pêche sur les réseaux sociaux.

Nevers, 6 heures du matin. Le jour n'est pas encore levé lorsque nous rejoignons, à la lueur de la frontale, Rémi et Hugo, non loin de Nevers.

Les deux amis, la petite trentaine, sont connus sous le nom des Loiristes. Sur Youtube, Facebook et Instagram, ils documentent leurs sessions de pêche sur la Loire. Les plus spectaculaires : celles où ils mettent la main sur des silures.

Ces énormes poissons sont les géants de nos rivières. Voraces et mystérieux, les silures colonisent la France depuis quelques dizaines d'années. Originaires de l'Europe de l'Est, du Danube notamment, "ils sont arrivés en France par la Seille", relatent les Loiristes. "Un gars a tenté de lancer un élevage, mais ça n'a pas marché et il les a relâchés dans la nature..."

Riche idée : les silures, n'ayant que peu de prédateurs et n'étant pas très difficiles quant à leur régime alimentaire, ont rapidement trouvé leurs aises dans nos cours d'eau. Ils ont arpenté la Seille, affluent de la Saône, pour se retrouver aujourd'hui en Loire, dans la Seine, jusque dans le Tarn et la Garonne...

"Ce ne sont pas les monstres qu'on décrit"

Aujourd'hui, ces géants sont accusés par certains de dérégler l'écosystème en dévorant tout ce qui leur passe sous les moustaches. On a même observé des silures chasser des pigeons, à la manière des crocodiles, en bord de rivage. Mais pour Rémi et Hugo, "ce ne sont pas les monstres qu'on décrit".

Les Loiristes ont une profonde affection pour ces grosses bêtes à l'aspect, disons, spécial : une peau lisse dépourvue d'écailles, de petits yeux, les moustaches caractéristiques des poissons-chats, et surtout une énorme gueule pourvue de minuscules dents râpeuses.

7 heures, "l'un des meilleurs créneaux"

Nous embarquons sur le bateau de Rémi et Hugo et nous dirigeons vers un premier "spot" de pêche. Le soleil se lève.

"Là, on arrive dans la très bonne heure, on est sur un des meilleurs créneaux de la journée. Les carnassiers vont entrer en phase d'alimentation", explique Rémi, optimiste. "À cet endroit, on a eu des 2,31 mètres, des 2,20 mètres. Il y a de beaux poissons à faire, il faut juste avoir la chance de tomber dessus."

Pour commencer, on pêche "au vif". Autrement dit, avec un poisson vivant, une carpe ou un goujon attrapé lors d'une précédente sortie. "On n'aimerait pas être à sa place", confessent les pêcheurs. Destin peu enviable en effet : le poisson est hameçonné et accroché à la canne à pêche pour servir lui-même d'appât aux "gros".

Une fois les vifs installés vient l'attente. "Des fois ça va très vite, mais il faut énormément de patience", glisse Hugo. 

"Notre idée de base, c'est le partage"

Pour l'instant, les silures se montrent timides. Nous changeons de "spot", quelques centaines de mètres en amont. Les Loiristes connaissent parfaitement les lieux : ils pêchent ici depuis toujours. "La Loire, c'est notre terrain de jeu. Beaucoup de pêcheurs l'adulent, nous on a la chance d'être dessus tous les jours ou presque. Je ne sais pas si on réalise vraiment la chance qu'on a", sourit Rémi. 

C'est cette passion qu'ils ont voulu partager sur les réseaux sociaux. Ils ont lancé leur chaîne Youtube il y a trois ans, et comptent aujourd'hui environ 3 500 abonnés. "Notre idée de base, c'est le partage. Le silure attire la curiosité d'énormément de monde." Et au-delà du silure, "ce qui nous plaît, c'est de montrer notre passion, montrer ce qu'on vit". 

Car la Loire, c'est vrai, est un fleuve magnifique. "Quand il fait beau, on voit les poissons depuis le bateau car l'eau est claire et peu profonde", indiquent les Loiristes. Bon, malheureusement, nous n'y aurons pas droit aujourd'hui : il fait gris, la pluie s'invite même par moments. 

"On n'a pas de chance avec la météo. En plus, il y a du vent. Et on est aussi embêtés par les algues", regrette Hugo. Les algues vertes, qui se développent chaque été, sont une plaie pour les pêcheurs : elles accrochent les lignes et les hameçons.

"Le silure est intelligent, il a de la mémoire"

Les silures sont toujours cachés. On tente alors une nouvelle technique : le clonk. "C'est notre joker !" lance Rémi. Le clonk, c'est une sorte de boomerang en bois qui, lorsqu'on le frappe à la surface de l'eau, émet un bruit particulier. "Ce bruit fait réagir les silures, même si personne n'a encore pu expliquer pourquoi. En tout cas, on peut s'en servir lorsque la pêche est difficile comme maintenant." Un joker à utiliser toutefois avec modération : "Le silure est intelligent, il a de la mémoire. Il peut vite comprendre et associer le clonk au hameçon."

Cette fois visiblement, nous sommes tombés sur des silures à bonne mémoire. Aucun résultat malgré le clonk. Nouvelle tentative : on descend du bateau pour se poster sur la rive et lancer nos lignes depuis la terre ferme. 

"C'est vrai qu'à travers nos vidéos, on ne voit pas les longues heures d'attente où on insiste comme aujourd'hui", note Hugo. 

Soudain, un gros "plouf" tout près du bord ! À pas de loup, on se dirige vers l'endroit en question. Premier arrivé, Rémi analyse : "Il y a un poisson qui vient d'attraper une proie ici, juste au bord, je vois encore l'endroit où la vase a été remuée." Les silures se montreraient-ils enfin ? Les Loiristes lancent leur ligne à toute vitesse... Mais le calme est revenu sur la berge. Faux espoir.

"C'est le jeu, des fois on n'attrape rien pendant 4 heures, et des fois on lance à peine notre ligne qu'on ferre un gros poisson..." 

Rémi et Hugo pêchent en "no-kill", c'est-à-dire qu'ils relâchent le poisson après capture (et photos !). "Certains les tuent et les laissent sur la berge parce qu'ils estiment que c'est une espèce envahissante", regrettent les deux amis.

"En fait, il faut laisser les gros sur place ! Ils mangent les petits, car les silures sont cannibales, et grâce à cela, l'espèce se régule. Si on prélève tous les gros, les petits vont se multiplier et bouleverser l'équilibre."

Le silure fait-il disparaître les autres espèces ? Pas du tout, selon les Loiristes. "On pêche ici tout le temps et on voit toute la diversité d'espèces de la Loire. Ceux qui disent que les silures ont tout bouffé, c'est qu'ils ne savent plus pêcher..."

"À chaque sortie, on trouve des déchets"

En tout cas, silure ou autre, aujourd'hui nous n'allons visiblement rien pêcher du tout. Au moins, le soleil est arrivé. Nous accostons sur une petite île au milieu de la Loire pour casser la croûte. Et à peine arrivés, nous découvrons un autre aspect de la Loire : un tas de déchets laissés là par des visiteurs indélicats. 

Bouteille de bière, cannette d'énergisant, sauces de fast-food, un vieux journal... "Il y a même une carte de bus de Nevers !" Rémi et Hugo se désespèrent de voir leur fleuve pollué. "À chaque sortie, on trouve des déchets. Dès qu'on peut, on les ramasse et on les emporte avec nous, mais c'est triste."

"Le respect de la nature, il y a encore un vrai problème avec ça."

À défaut de trouver des silures, nous avons découvert la Loire autrement. À quelques kilomètres de Nevers, tout près des premiers bâtiments, le fleuve dévoile son aspect sauvage. On n'imagine pas se trouver si près d'une grande ville. Un écrin qu'il faut préserver le plus longtemps possible. Pour les silures, et pour tous les animaux qui peuplent ces eaux.