Côte-d'Or : Le barrage de Chazilly refait à neuf pour alimenter le canal de Bourgogne

Supendus dans le vide à une vingtaine de mètres de hauteur, les techniciens cordistes sont les derniers à intervenir sur le chantier de réhabilitation du barrage-réservoir de Chazilly en Côte-d'Or. Construit entre 1830 et 1837, c'est l'un des six barrages qui alimentent le canal de Bourgogne.

Sur le barrage de Chazilly des techniciens-cordistes gravent le béton de la nouvelle tour de vidange centrale afin d'imiter les moellons de grès du parement d'origine.
Sur le barrage de Chazilly des techniciens-cordistes gravent le béton de la nouvelle tour de vidange centrale afin d'imiter les moellons de grès du parement d'origine. © France Télévisions / G. Talon

"C'est une opération purement esthétique", explique l'ingénieur Guillaume Libert, chef de projet de Voies Navigables de France. "Nous veillons à ce que ce barrage, qui fait partie de notre patrimoine, conserve le même aspect que celui qu'il avait avant les travaux".

Les travaux ont débuté en octobre 2019 par la construction de bassins de récupération et le dragage-curage du réservoir, préalables à la vidange.

Une pêche de sauvegarde a permis de récupérer sept tonnes de poissons (brochets, carpes, perches) relachés ailleurs.

Les travaux de réhabiliation du barrage-réservoir de Chazilly lancés en février 2020 se sont terminés en février 2021.

La remise en eau progressive (1,50 mètre maximum par semaine) a commencé depuis le 6 avril 2021. Il va falloir être patient.

Alimenté par la rigole de Beaume et de Pasquier, le remplissage du réservoir se fait essentiellement en hiver et il dépend de la pluviométrie. Il devrait être opérationnel en 2022.

Un barrage imposant comme une forteresse

Avec ses six contreforts comme des tours massives, sa hauteur de 22, 5 mètres et sa longueur de plus de 530 mètres, le barrage de Chanzilly en impose comme un château fort.

Construit entre 1830 et 1837 pour alimenter le canal de Bourgogne, l'ouvrage était fatigué. Des travaux de sécurisation étaient nécessaires.

"Le barrage en lui-même est très solide. C'est un gros barrage en moellons de grès mais il était posé sur une couche un peu marneuse et glissante. La force de l'eau avait tendance à faire basculer le barrage par le fond ", explique Guillaume Libert.

© France Télévisions / C. Jouret

Un fonctionnement amélioré et sécurisé 

Du béton a été injecté à plus de vingt mètres de profondeur au niveau des fondations. Les travaux ont également porté sur l'étanchéité et le drainage. Le parement a été nettoyé, "rejointoyé", et des fissures ont été réparées. 

Un nouvel évacuateur de crues (50 mètres cubes / seconde) a été creusé dans le parement du barrage à une hauteur de 16 mètres : ce sera désormais la cote de retenue normale du barrage. Elle était à l’origine de 22,50 mètres. 

La hauteur de retenue du barrage-réservoir de Chazilly était à l'origine de 22,50 mètres.
La hauteur de retenue du barrage-réservoir de Chazilly était à l'origine de 22,50 mètres. © France Télévisions / C. Jouret

Abaissée une première fois à 17,50 mètres en 1976 pour garantir la stabilité de l'ouvrage, elle l'avait été une deuxième fois, à 15,50 mètres en 2009.

La capacité maximale de retenue d’eau du réservoir sera désormais de 43 hectares, au lieu de 34 hectares avant travaux.

L'enjeu est de taille : stocker suffisamment d'eau pour alimenter le canal de Bourgogne à l'endroit où il franchit la ligne de partage des eaux.

L'évacuateur d'eau du barrage de Chazilly a été reconstruit pour une capacité maximale de la retenue d’eau à la cote 16 mètres.
L'évacuateur d'eau du barrage de Chazilly a été reconstruit pour une capacité maximale de la retenue d’eau à la cote 16 mètres. © France Télévisions / C. Jouret

Un barrage moderne géré à distance

La gestion hydraulique a également été améliorée avec des dispositifs d'auscultation du barrage et des systèmes automatisés, centralisés dans un local technique.

Les débits entrants et sortants peuvent désormais être mesurés en temps réel et les vannes contrôlées à distance.

Dans le local technique, un écran permet de visualiser l'ensemble des données du barrage-réservoir et de gérer les flux hydrauliques.
Dans le local technique, un écran permet de visualiser l'ensemble des données du barrage-réservoir et de gérer les flux hydrauliques. © France Télévisions / C. Jouret

Pour accélérer l'évacuation de l'eau en cas de très forte crue, il existe une vanne de secours en supplément à l'évacuateur.

La tour de prise d’eau de vidange de fond qui assure cette fonction, fait partie des nouveaux aménagement automatisés. Le débit de cette vanne est de 17 mètres cubes / seconde. 

Le barrage-réservoir de Chazilly doit assurer un débit permanent, même en cas de sècheresse, d'au moins 11 litres / seconde pour alimenter le canal de Bourgogne.

La vantellerie de la tour de prise d’eau de vidange de fond a été remplacée et automatisée.
La vantellerie de la tour de prise d’eau de vidange de fond a été remplacée et automatisée. © France Télévisions / C. Jouret

 Un rôle crucial pour la navigabilité du canal de Bourgogne

Avec cinq autres barrages-réservoirs le barrage de Chazilly sert à alimenter le canal de Bourgogne sur sa partie haute.

Directrice adjointe de Voies Navigables de France (VNF) Centre Bourgogne, Virginie Pucelle explique : "Aujourd'hui complètement intégré au territoire, le canal de Bourgogne a été construit pour relier la Saône à la Seine. Pour relier ces deux bassins entre eux, on est obligé d'alimenter le haut du canal".

Schéma simplifié du système d'alimentation en eau du canal de Bourgogne
Schéma simplifié du système d'alimentation en eau du canal de Bourgogne © VNF

"Les six barrages réservoirs sont imbriqués dans un système : entre les barrages et le canal de Bourgogne il y a des rigoles d'alimentation : on a un linéaire de 70 kilomètres de rigoles d'alimentation."

Une chance pour l'économie locale 

Propriétaire et gestionnaire de ces ouvrages, Voies Navigables de France consacre une part importante de son budget à leur entretien : 12 millions d'euros pour les travaux de réhabilitation du barrage-réservoir de Chazilly.   

Le déversoir de l'évacuateur de crue du barrage de Chazilly.
Le déversoir de l'évacuateur de crue du barrage de Chazilly. © France Télévisions / C. Jouret

La directrice adjointe de VNF Centre Bourgogne souligne l'importance de ces stocks d'eau : "ils sont bénéfiques à la biodiversité et la navigation sur le canal de Bourgogne génère des retombées socio-économiques très importantes pour le territoire : 13 millions d'euros par an, au travers des activités de locations de bateaux sans permis ou de péniche-hôtel ".  

Dans le contexte du changement climatique, les barrages-réservoirs sont appelés à jouer un nouveau rôle : " VNF va mettre en place un partenariat avec la région et le département pour une stratégie partagée de gestion des réserves d'eau".

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