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La société Gerbe est installée à Saint-Vallier, dans le sud de la Bourgogne. Il y a quelques années, elle a bien failli disparaître du paysage. Toujours debout, Gerbe fait face à de nouveaux défis. En compagnie de son directeur Philippe Genoulaz, retour sur l’histoire d’une entreprise, qui a obtenu le label Entreprise du Patrimoine Vivant pour l’excellence de ses savoir-faire

Les femmes, le désir d’un homme

Stéphane Gerbe n’a qu’un souhait, un désir profond : sublimer les femmes.

En 1904, il hérite d’un commerce de mercerie-bonneterie de gros, à Cluny, en Saône-et-Loire. Le métier de commerçant ne lui convient pas. Alors, ambitieux, il fonde son entreprise. Il s’installe à Saint-Vallier, toujours en Saône-et-Loire. Une importante main d’œuvre féminine y réside. L'entreprise Gerbe voit le jour.

En 1914, soit 10 ans après la naissance de la maison Gerbe, une centaine d’ouvrières travaillent dans les ateliers. L’objectif est clair : sublimer les jambes des femmes. Qui de mieux pour le faire que les femmes elles-mêmes ?

Des machines industrielles appelées « Métiers COTTON » et « Métiers BOER » entrent dans l’entreprise en 1925. Gerbe veut se moderniser. L’effectif augmente alors. Cette même-année, l’entreprise recense 350 ouvrières et ouvriers.
 
Gerbe est installée à Saint-Vallier, en Saône-et-Loire. Stéphane Gerbe a fondé l'entreprise en 1904. Plus de cent ans plus tard, l'entreprise est toujours là. / © Antoine Marquet
Gerbe est installée à Saint-Vallier, en Saône-et-Loire. Stéphane Gerbe a fondé l'entreprise en 1904. Plus de cent ans plus tard, l'entreprise est toujours là. / © Antoine Marquet


Stéphane Gerbe laisse les commandes de sa société à ses deux fils en 1936. André et Paul récupèrent les clés de la maison.

Cette même année, le bas Carnation est lancé. Il est tricoté sur une machine rectiligne et dispose d’une couture arrière. Carnation devient l’emblème de la maison Gerbe et s’impose comme vecteur de l’élégance française.

La maison de haute-couture Christian Dior s’associe en 1950 avec Gerbe, lui reconnaissant un savoir-faire unique. Elle donne à sa consœur l’exclusivité pour la création de ses bas et de ses collants. La collaboration entre les deux maisons dure 50 ans.

Toujours ambitieuse et en avance sur son temps, Gerbe acquiert en 1958 des métiers circulaires. La confection se fait sans couture et garantit un confort idéal pour les consommatrices.

800 personnes travaillent à Gerbe en 1980. La maison atteint son apogée et est reconnue comme un leader sur le marché des bas et des collants. Elle continue de créer ses propres collections, toutes plus originales les unes que les autres. Parmi elles, le Gerclub pois qui est le premier collant fantaisie de Gerbe, ou encore le Futura 40, un opaque satiné qui promet une silhouette galbée et des jambes tonifiées.
 
Depuis 2015, Gerbe est aux mains du groupe FRANCE-TIANTI.  / © Antoine Marquet
Depuis 2015, Gerbe est aux mains du groupe FRANCE-TIANTI. / © Antoine Marquet

En 2007, pour récompenser ses plus de 100 ans d’existence, Gerbe reçoit le label EPV : Entreprise du Patrimoine Vivant. Cette distinction garantit l’excellence des savoir-faire français.




 

La renaissance de Gerbe

Entre 2010 et 2015, la maison Gerbe connaît des difficultés.

L’industrie du textile se mondialise et les femmes ne consomment plus de la même manière. Les collants et les bas ne sont plus les premiers produits achetés, car les pantalons sont de plus en plus préférés aux jupes et robes par les femmes.

Les départs s’enchaînent et jamais Gerbe n’aura autant été en danger. La situation économique est inquiétante.

Mondialisation oblige, la famille Yang, venue de Chine et propriétaire du groupe France-TIANCI, reprend la maison Gerbe. La famille se dit séduite par l’art de vivre « à la française ». La manufacture de bas et de collants présente un savoir-faire unique. Les nouveaux actionnaires veulent relancer la production, pérenniser et développer l’esprit Gerbe.

Philippe Genoulaz est choisi pour piloter le développement des produits et du portefeuille clients. Son parcours dans le textile et la mode, sa connaissance et sa sensibilité du sujet lui assurent une légitimité pour reprendre les commandes de l’entreprise. Au-delà d’un directeur exécutif, Philippe Genoulaz se considère comme un manager. Il mise beaucoup sur ses équipes et le travail collaboratif.
 
Il a été choisi par les nouveaux actionnaires pour reprendre les rennes de la maison Gerbe. Son ambition ? Redonner sa place à Gerbe dans l'industrie du textile. Son inspiration ? Les femmes. / © Fred Atlan
Il a été choisi par les nouveaux actionnaires pour reprendre les rennes de la maison Gerbe. Son ambition ? Redonner sa place à Gerbe dans l'industrie du textile. Son inspiration ? Les femmes. / © Fred Atlan

La direction le reconnaît : Gerbe a été sauvé par des employées passionnées et talentueuses.

Aujourd'hui, la maison Gerbe renaît de ses cendres et se construit une nouvelle identité, plus moderne.

 

La mutation digitale, un défi

Gerbe doit faire face à de nombreuses épreuves pour retrouver son succès. L’une d’entre elles, la mutation digitale est abordée avec une sérénité affichée.

La digitalisation ne se pose pas au niveau de la production


assure Philippe Genoulaz. Bien au contraire. Gerbe cherche a perpétué les savoir-faire historiques. Depuis toujours, les collants et les bas sont fabriqués du début à la fin dans les ateliers de Saint-Vallier, par des salarié-e-s. Et ça ne changera pas, c’est promis.
 
Cette machine est la fierté de la maison Gerbe. Elle est dans l'entreprise depuis de nombreuses années et a vu se succéder plusieurs générations d'ouvriers et d'ouvrières. Elle est aujourd'hui bichonnée et ne fonctionne que sur des cas très particuliers. / © Antoine Marquet
Cette machine est la fierté de la maison Gerbe. Elle est dans l'entreprise depuis de nombreuses années et a vu se succéder plusieurs générations d'ouvriers et d'ouvrières. Elle est aujourd'hui bichonnée et ne fonctionne que sur des cas très particuliers. / © Antoine Marquet


Le directeur de Gerbe regrette que beaucoup de ses confrères, italiens notamment, se soient dirigés vers une automatisation « à outrance ». Selon lui, une machine automatique de montage de collant ne pourra jamais garantir une qualité de confort semblable à ce que Gerbe propose.

La digitalisation est présente au niveau des canaux de distribution, que ce soit en communication ou en commercialisation. Gerbe peut compter sur un logo plus travaillé et des books édulcorés. Les équipes de la fabrique de Saint-Vallier ont mis au point un espace de vente en ligne sur le site internet.

 

La féminité à son état brut

Philippe Genoulaz refuse de mettre en avant des mannequins filiformes, rongées par l’anorexie. Ce qu’il cherche, ce sont de "vraies femmes", sculptées, avec des formes, des fesses, des seins, des cuisses.

Le plaisir et la passion doivent être transmis aux collaborateurs. Rien de mieux qu’un sourire pour faire chavirer les cœurs. Alors les mannequins n’ont qu’un seul ordre à suivre : sourire.

Une femme voit. Une femme touche. Une femme porte.


se répète Philippe Genoulaz. Une main portée sur l’épaule par une figure de la haute-couture lorsqu’il était encore jeune et ces trois phrases forment un souvenir qui ne quitte plus l’esprit du directeur. Trois verbes qui représentent trois axes de réflexion, trois axes de travail. L’apparence du produit est longuement étudiée. Une femme doit s’arrêter en passant devant une vitrine. Les collants et les bas Gerbe doivent taper dans l’œil des consommatrices.
 
La teinturière est reconnue pour son talent. Elle anticipe les futures tendances et permet à Gerbe de produire des collants aux coloris exacts, justes. / © Antoine Marquet
La teinturière est reconnue pour son talent. Elle anticipe les futures tendances et permet à Gerbe de produire des collants aux coloris exacts, justes. / © Antoine Marquet

Un collant ne doit pas être juste un collant. Il doit être comme une seconde peau, au toucher agréable, presque séduisant. Et si la cliente le touche, elle voudra le porter.

 

Une confrontation vitale

La maison Gerbe souhaite se mondialiser. Pour Philippe Genoulaz, c’est cap sur l’Europe, l’international mais surtout, l’Asie. L’artisanat français y rencontre un succès indéniable. Les collants et les bas Gerbe comptent bien ne pas échapper à la règle et s’y présenter comme des produits haut de gamme.

Gerbe jouira de nouvelles collaborations. Philippe Genoulaz le garantit. Confidentialité oblige, il ne peut dévoiler de noms. Mais un travail avec une haute maison de couture parisienne serait d’actualité. Ces collaborations, en plus d’être bénéfiques pour l’image de la société, sont vitales.

Se confronter avec l’extérieur, c’est vital pour le développement de l’entreprise.

 
C'est ici qu'ont lieu de nombreuses étapes de la production des collants et des bas de la maison Gerbe. Un processus rigoureux est suivi pour garantir une qualité et un confort parfait. / © Antoine Marquet
C'est ici qu'ont lieu de nombreuses étapes de la production des collants et des bas de la maison Gerbe. Un processus rigoureux est suivi pour garantir une qualité et un confort parfait. / © Antoine Marquet



Le directeur exécutif s’amuse d’une anecdote. Fièrement.

Un jour, nous étions dans une grande maison parisienne. La directrice artistique s’est retournée vers ses équipes et leur a dit de ne pas chercher plus loin dans les coloris. Ce que nous avions apporté était dans les tendances.




 

Gerbe tient grâce à ses salarié-e-s

La teinturière de la maison est presque vénérée par les équipes. Elle a l’œil juste et le don pour dénicher les coloris qui feront le succès des produits de la maison.
 
La collection 2017 de la maison Gerbe est colorée et met en avant des collants à motifs, une première. / © Antoine Marquet
La collection 2017 de la maison Gerbe est colorée et met en avant des collants à motifs, une première. / © Antoine Marquet


Elle n’est pas la seule à exceller dans son domaine. Philippe Genoulaz salue le travail de toutes ses équipes, toujours plus soudées et motivées.

Si Gerbe tient le coup, c’est grâce à nos salariés.


Nous avons fait un tour dans les ateliers, où nous avons rencontré les ouvrières, occupées à la production des collants. Tout est fait ici, à Saint-Vallier.
  • Le design et le développement 
    Les idées fusent pour faire de l’élégance une réalité.
  • Le tricotage
    Les jambes sont réalisées, sur des bases Jersey, Tulle, Brodé ou Tramé
  • La confection et les finitions 
    Les pointes sont fermées. Les ouvrières coupent et ouvrent ensuite l’entrejambe pour y installer une bande de confort et un gousset (en soie naturelle mesdames). Les jambes sont assemblées avec une couture plate avant de poser la ceinture, ultraplate et sans couture. Confort garanti.
  • La teinture 
    Une multitude de coloris, tous plus intenses et profonds les uns que les autres sont disponibles, pour répondre aux tendances les plus pointues de la mode.
  • Le formage
    Le formage est comparé à du repassage… sur mesure. Les collants sont installés sur des jambes en métal et traités à la vapeur pour une tenue et un galbe parfaits.
  • Raccoutrage et remmaillage à la main
    L’opération est essentielle pour garantir une finition propre et d’exception. On chasse les mauvais fils et les équipes le promettent : si le collant n’est pas conforme, il ne sera jamais commercialisé. La perfection est toujours visée.
  • Visitage
    Les ouvrières s’y attellent rigoureusement. Les produits sont contrôlés à 100% et testés.
  • Pliage et packaging des produits
    Et à la main, s’il vous plaît. C’est la dernière étape du process avant l’envoi aux clients.

La muse Gerbe

Malgré les épreuves, Gerbe est toujours là. Plus forte que jamais. Plus qu’une entreprise, elle est personnifiée par ses équipes.

Gerbe, c’est finalement la muse qui dirige les lieux et inspire les esprits. Elle porte en elle les savoir-faire authentiques, transmis de génération en génération depuis 1904. Aujourd’hui, la fabrique abrite de nombreuses générations entre ses murs, mêlant ainsi tradition et modernité.
 
La fabrication est 100 % française depuis 1904. Retrouvez les collections de la maison Gerbe sur leur site internet. / © Antoine Marquet
La fabrication est 100 % française depuis 1904. Retrouvez les collections de la maison Gerbe sur leur site internet. / © Antoine Marquet


En plus d’être élégante, Gerbe est ambitieuse et perfectionniste. Elle vous le promet : vous ne trouverez nulle part ailleurs cette qualité des matières premières, ni ce confort et ces finitions.

Gerbe, prétentieuse dites-vous ? Non.

Forte et fière ? Oui. Et la Bourgogne se réjouit d’accueillir sur ses terres une manufacture qui a traversé les âges et les difficultés, sans abandonner, grâce à des centaines de doigts de fées.