Saône-et-Loire : un été pluvieux et gâché par une invasion de moustiques

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Écrit par Julie Jeunemaître avec Florence Donjon

C'est l'invité de l'été qui gâche le quotidien des habitants et vacanciers. Depuis quelques semaines, la Saône-et-Loire fait face à une prolifération de moustiques. La faute aux pluviométries importantes couplées à la chaleur.

Ils ont une fâcheuse tendance à gâcher nos soirées d'étés. Mais cette année, de jour comme de nuit, les moustiques sont partout. Une invasion qui touche notamment le Val de Saône.

Les habitants n'en peuvent plus

À Tournus, Clémence a les jambes couvertes de piqûres. Serveuse dans une pizzeria sur les bords de Saône, elle confirme que les moustiques sévissent depuis une semaine."C'est du jamais vu", s'étonne-t-elle. "On n’arrête pas de se faire piquer, les clients s’en plaignent. J'ai essayé la citronnelle et les produits plus naturels, mais ça ne marche pas. C'est l'enfer."

Ils sont déjà passés à l’attaque. Ils aiment bien ma peau mais ma peau ne les aime pas, c’est ça le problème

Florence, habitante de Tournus

En terrasse, Florence une cliente, raconte aussi s'être fait "dévorer" par les moustiques en deux jours. "Ils sont déjà passés à l’attaque. Ils aiment bien ma peau mais ma peau ne les aime pas, c’est ça le problème", rit-elle. 

La ruée sur les produits anti-moustiques

Le restaurant conseille désormais à tous ses clients d'apporter leur propre anti-moustique, lorsqu'ils réservent une table. "Nous on ne peut pas faire grand chose à part mettre des bougies qui ne servent à rien, des prises anti-moustiques qui ne servent à rien non plus", se désole Hélène Sanchez, la gérante. "Ils sont très agressifs et le mieux est que les clients prévoient eux-mêmes."

Sans surprise, la pharmacie de Tournus a été prise d'assaut. "Heureusement qu'on avait du stock", s'exclame la pharmacienne assistante. Répulsifs, lotions, crèmes apaisantes... face aux piqûres Nathalie Martin a aussi une astuce bien à elle. "En prévention, je donne du Ledum Palustre, c’est une souche homéopathique, qu’on peut donner à raison de 5 granules 3 fois par jour. Ça évite une réaction importante."

Des conditions météo idéales

Cette invasion s'explique par des conditions météorologiques particulièrement favorables ces dernières semaines. Les quantités d'eau anormalement élevées associées à la chaleur sont idéales au développement des moustiques. 

Ce sont des moustiques autochtones qui certes sont gênants mais ne représentent pas de risques en tant que tel puisqu’ils ne sont pas vecteurs de maladies

Valérie Vernaton-Perrin, ingénieure d'études sanitaires

"Ceux qui prolifèrent beaucoup sont des culex ou des anophèles. Ce sont des moustiques autochtones qui certes sont gênants mais ne représentent pas de risques en tant que tel puisqu’ils ne sont pas vecteurs de maladies", précise Valérie Vernaton-Perrin, ingénieure d'études sanitaires à l'Agence régionale de santé.  

Le moustique-tigre également surveillé

Le moustique-tigre est en revanche très surveillé depuis son implantation dans le département en 2014. "Il est vecteur d’arbovirose, que sont les maladies Zika, chikungunya et dengue, qui sont plutôt des maladies tropicales mais qui pourraient se développer aussi en France métropolitaine et en Saône-et-Loire", expose Valérie Vernaton-Perrin.

Elle souligne toutefois que ces espèces vivent dans des environnements différents : les moustiques autochtones sont près des rivières et des cours d'eau, tandis que le moustique-tigre est au plus près des habitations. 

"Mais il a besoin d’eau aussi, dans les soucoupes, jouets d'enfants, fonds d'arrosoirs. Donc il a toutes les conditions réunies cette année pour se développer mais il le fera de façon privilégiée vers les habitations et non pas des environnements très larges comme le bassin de la Saône", développe l'ingénieure.

La guerre aux moustiques

Pour limiter leur prolifération, la ville de Chalon-sur-Saône lance une campagne de démoustication. Plusieurs interventions sont programmées. En parallèle, des pièges ont été installés jeudi 5 août dans tous les bureaux et bâtiments publics. Il s'agit d'aspirateurs qui envoient des hormones et attirent les moustiques à l'intérieur.

Les municipalités sont limitées dans les traitements contre les moustiques, ceux-ci n'étant pas "sélectifs", explique Valérie Vernaton-Perrin. "Il convient de préserver toute la biodiversité, notamment les abeilles également très sensibles au traitement contre les moustiques. Il existe des traitements biologiques mais avec un spectre d’action limitée ; ils ne sont plus efficaces quand il pleut à nouveau."

L'ARS et la ville de Chalon rappellent quelques bonnes pratiques à adopter, à savoir :

  • vider les soucoupes sous les pots de fleurs
  • vider les seaux
  • curer les gouttières
  • entretenir les piscines et bassins privatifs
  • couvrir hermétiquement les récupérateurs et réserves d’eau
  • vérifier les regards d’évacuation pour faciliter le bon écoulement des eaux

Chaleur et pluie étant prévues ces prochains jours, les moustiques risquent de s'attarder encore un peu cet été.