"C'est un cauchemar qui ne s'arrête pas" : le désarroi des gérants de discothèques, toujours privés de réouverture

Fermées depuis 15 mois à cause de l'épidémie, les discothèques le resteront encore ce 9 juin. Et elles ignorent quand elles rouvriront. Une réunion entre les syndicats et le gouvernenement est prévue le 15 juin. En Saône-et-Loire, les gérants n'envisagent pas la réouverture avant septembre.

Selon le Syndicat national des discothèques et lieux de loisirs, les trois quarts des discothèques pourraient disparaitre.
Selon le Syndicat national des discothèques et lieux de loisirs, les trois quarts des discothèques pourraient disparaitre. © Vincent Michel/Maxppp

"C'est un cauchemar qui ne s'arrête pas." Aurélien Audard commence à désespérer. Alors que ce mercredi 9 juin, la France entame sa troisième phase du déconfinement, le gérant de la discothèque le Klub à Digoin (Saône-et-Loire) est certain que son établissement n'est pas prêt de rouvrir. "C'est coup de massue sur coup de massue".

Le dernier en date, ce fut le calendrier de déconfinement dévoilé par Emmanuel Macron le 29 avril dernier. Les patrons de discothèques espéraient enfin voir le bout du tunnel mais apprennent une nouvelle fois que les discothèques resteront fermées. "Il y a un sentiment d’être des laissés-pour-compte. On se sent délaissé et on est désabusé."

Fermeture totale depuis 15 mois 

Le secteur fait partie des plus touchés par la crise du coronavirus, et ça pourrait encore durer. Depuis quinze mois, les boîtes de nuit ont dû restées portes closes. Alors que la situation sanitaire s'améliore, et que les restrictions sont peu à peu levées, le monde de la nuit reste un des rares secteurs à n’avoir aucune perspective de réouverture.

Pour beaucoup de gérants, il y a un sentiment d'incompréhension. Beaucoup dénoncent des mesures injustes entre les différents types d'établissements. "Je ne comprends pas comment on peut rouvrir des bars ambiance et ne pas rouvrir les discothèques" s'interroge Aurélien Audard. "Je ne veux pas faire la guerre à nos collègues. Je n’ai rien contre les bars à ambiance. Mais je ne vois pas pourquoi l’Etat a mis la discothèque dans une case à part depuis 15 mois. Les saunas libertins vont également rouvrir le 1er juillet. C’est juste hallucinant, ahurissant."

Le milieu de la nuit sous perfusion 

Depuis le début de la pandémie, Aurélien a dû mettre au chômage partiel ses onze salariés. Il arrive aujourd'hui à s'en sortir grâce aux aides de l'Etat. "Les aides couvrent mes dépenses et mes charges". Mais aujourd'hui, lui et ses salariés "ont tous envie de reprendre le boulot." 

Un sentiment partagé par Adrien Attademo. Depuis 2016, il gère le Planet-Tilt, une boîte de nuit installée à Montmort, en Saône-et-Loire. Depuis le début du premier confinement, il arrive à survivre grâce aux aides de l'Etat. "Pour l’instant, ça va. On est sous perfusion, on est aidé. J’ai de la chance que les aides comblent tout juste les frais."

Un été sans discothèques ? 

Mais aujourd'hui, il se dit "pressé de rouvrir". La question, c'est quand. Pas cet été, selon lui. "Peut-être qu'ils vont autoriser les boites saisonnières en extérieur mais à l’intérieur je n’y crois pas trop. Le gouvernement a bien dit qu'ils ne veulent pas que ça danse. Donc s’ils autorisent, c’est sans piste de danse".

La question de la réouverture est conditionnée à la mise en place d'un protocole sanitaire strict et du pass sanitaire. L’éventualité d’imposer la vaccination ou un test PCR négatif à l’entrée des discothèques, pour accélérer leur réouverture, fait débat dans la profession. Adrien Attademo s'y oppose. Il dénonce le fait que les discothèques seraient le seul secteur qui aurait un pass sanitaire alors que "les bars à ambiance font pratiquement le même métier que nous et y échapperaient" estime le gérant. 

Pour beaucoup de gérants, un protocole sanitaire trop strict fait de masques, de distanciation sociale pourrait être inconciliable avec la nature même d’une boîte de nuit, lieu de fête et de rencontres. "Quand vous neutralisez la piste de danse, vous neutralisez le coeur de notre métier" souligne Christian Jouny, représentant du Syndicat national des discothèques et des lieux de loisirs. "Quand vous divisez par 5 la capacité d’accueil d’une discothèque, vous mettez en péril son seuil de rentabilité. J’accorde plus d’intérêt aux conditions qu’à la date de réouverture."

Certains gérants à l'image d'Aurélien se disent également dubitatifs vis-à-vis de la clientèle et notamment des jeunes. Les 18-25 ans représentent la grande majorité de la clientèle des boîtes de nuit. "Je pense plutôt vers septembre quand une bonne partie des jeunes sera vaccinée. Peut être que là, il y aura quelque chose à mettre en place mais là c’est trop tôt."

Une réouverture en septembre ? "Je ne vois pas comment cela peut être autrement" estime Aurélien Audard. "L’ouverture cet été, j’ai dû mal à y croire. Je pense honnêtement que le gouvernement ne va pas prendre de risque."

Une réouverture qui inquiète

Mais au-délà de la date de réouverture, ce sont les conditions dans lesquelles les discothèques vont rouvrir qui inquiètent le plus. "On verra le bout du tunnel mais le problème, c'est que cela fait 15 mois que l'on est fermé. Les gens ont pris d’autres habitudes. Qu’est ce qu’il va se passer à la réouverture ?" s'interroge Aurélien. "Je ne sais pas."

Après 15 mois de fermeture,  les patrons de boîtes sont inquiets et ne savent toujours pas quand ils pourront de nouveau accueillir les fêtards et surtout dans quelles conditions. "Ce qui m’inquiète, c’est la réouverture. Est-ce que l’on va pouvoir un jour retravailler à la normale ?" s'interroge Adrien. 

Invité de BFM Business, le ministre délégué aux PME Alain Griset a annoncé le 10 mai que "le 15 juin au plus tard on leur donnera une date prévisionnelle de réouverture". 

Un quart des discothèques menacées de fermeture 

Selon les syndicats, les trois quarts des discothèques pourraient disparaitre. 154 d'entre elles ont déjà été placées en liquidation judiciaire depuis le début de la pandémie. Et selon Chritisant Jouny, représentant du Syndicat national des discothèques et des lieux de loisirs, 243 seraint en grosse difficulté. "Sur le plan économique, les discothèques sont majoritairement en difficulté. Les aides ont permis de maintenir l’outil en état de marche. Rien de plus."

Pour les discothèques, rendez-vous le 21 juin."

Emmanuel Macron, président de la République

En déplacement dans un lycée hôtelier de Tain-l'Hermitage (Drôme) ce mardi 8 juin, à la veille de l'ouverture des salles des restaurants, Emmanuel Macron a également évoqué la situation des discothèques. "Pour les discothèques, rendez-vous le 21 juin", a lancé le chef de l'Etat aux journalistes qui l'interrogeaient sur le sujet.

Interrogé par l'AFP, l'entourage d'Emmanuel Macron a précisé qu'il ne s'agissait "pas d'une date de réouverture mais d'une clause de revoyure prévue autour de cette date". Les discussions sont "en cours avec le secteur". 

 

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