Covid-19 : "Il faudrait que l'on travaille à 130% !" A l'hôpital de Chalon-sur-Saône, la deuxième vague est déjà là

En Saône-et-Loire, 127 patients Covid étaient hospitalisés ce lundi 19 octobre. C’est 30 de plus que 2 jours auparavant ! Alors que la deuxième vague se dessine, les hôpitaux tentent de se préparer. Reportage au Centre hospitalier William Morey à Chalon-sur-Saône.

Le centre hospitalier William Morey à Chalon-sur-Saône
Le centre hospitalier William Morey à Chalon-sur-Saône
Ce lundi 19 octobre, le service de réanimation de l’hôpital William Morey prend en charge 6 patients atteints du Covid-19. C’est déjà près de 40% des places disponibles. A titre de comparaison, le seuil fixé pour l’alerte maximale au niveau régional est de 30 % de patients Covid dans les services de réanimation. Sur l’ensemble du groupement hospitalier Nord-Saône et Loire, 82 personnes étaient hospitalisées ce lundi.

« Le profil des patients hospitalisé, est relativement jeune, détaille le Docteur Nicolas Decrouy, médecin urgentiste. La moyenne d’âge est entre 50 et 60 ans, pas forcément avec des facteurs de risques. Il faut que tout un chacun sache que l’on n’est pas exempt parce que l’on n’a pas de maladie chronique, parce que l’on n’a pas de pathologie ancienne, avertit le médecin. On peut faire du Covid et on peut faire du Covid de façon grave ! »

Pour les équipes médicales, pas de doute, la deuxième vague est bien en train d’arriver en Saône-et-Loire. « On est au début de cette 2e vague, constate le Dr Decrouy. On la voit monter en puissance depuis 15 jours, mais on est loin d’être au sommet. Il faut que l’on soit vigilant et réactif. Il faut que l’on se donne tous les moyens pour ne pas arriver aux phases de déprogrammation massives que l’on a connues lors de la première vague. »
 

Des moyens humains déjà utilisés à 120 %

C’est tout l’enjeu de cette deuxième vague reconnait la directrice de l’hôpital Christine Hungerer : prendre en charge les patients atteints du Covid-19, tout en maintenant la prise en charge pour les autres malades. « Notre stratégie, mais c’est la même dans tous les établissements de France, c’est d’arriver à mener de front la prise en charge de patients qui ont le covid et de patients qui ne l’ont pas. C’est préoccupant parce que l’on a par ailleurs une très forte activité avec les patients qui ne sont pas atteints de Covid, en partie liée avec l’activité qui ne s’est pas faite au printemps dernier. »
 

"Il faudrait que l’on puisse travailler à 130 % mais on manque de personnels."

Christine Hungerer, directrice au centre hospitalier William Morey



Un objectif, pas toujours atteignable. L’établissement se retrouve confronté à un manque de personnel. « Il faudrait que l’on puisse travailler à 130 % mais on manque de personnels. On va donc être obliger de déprogrammer un peu d’activité pour pouvoir accueillir tous les patients qui le nécessitent. »

« Cela risque d’être la quadrature du cercle ! »
ajoute le docteur Philippe Dubot, président de la commission médicale d’établissement de l’hôpital de Chalon-sur-Saône « On manque principalement de moyens humains. Les personnels médicaux sont déjà dans un état de tension maximum. Ils ont beaucoup donné durant la première vague. Depuis, ils ont aussi beaucoup donné pour essayer de rattraper le retard pris pour les patients non covid qui n’avaient pas été pris en charge. On est déjà à 120% de nos capacités de travail. Voir arriver une deuxième vague avec une suractivité supplémentaire, ça risque d’être très difficile » reconnait le médecin qui ne cache pas une certaine appréhension. La situation est encore complexifiée.
 

« Il faut aussi tenir compte de l’absentéisme pour cause de maladie, rappelle le médecin urgentiste Nicolas Decrouy. Notre crainte c’est d’avoir à gérer deux crises en même temps. Le Covid et une grippe grave qui vont sursaturer nos services d’hospitalisation et nos services de réanimation ». Il appelle les personnes concernées à se faire vacciner.
 

Plusieurs mois de mobilisation attendus

Autre différence avec la première vague, la durée de mobilisation. « On s’attend à ce que la progression épidémique soit peut-être plus lente que pour la première vague, mais qu’elle soit de plus longue durée. Cela veut dire que le dispositif que l’on met en place doit tenir dans la durée, sur plusieurs mois. »

Actuellement, le groupement hospitalier cherche à développer le nombre de places pour accueillir les patients en sortie d’hospitalisation et à augmenter ses capacités en soins intensifs. De nouveaux respirateurs sont arrivés au sein de l'hôpital. mais à nouveau, ce sont les moyens humains qui peuvent faire défaut. « La plus grosse difficulté que l’on a, c’est d’augmenter le nombre de lits de réanimation car cela demande beaucoup de personnels. On a demandé une contribution à tous les hôpitaux et cliniques privées du territoire pour que chacun mette à disposition des ressources médicales et para-médicales pour pouvoir ouvrir dans les prochaines semaines 8 lits de soins intensifs pour faire face à la pandémie » détaille la directrice du centre hospitalier.

Au printemps dernier, le Covid a fait près de 200 morts dans les hôpitaux de Saône-et-Loire. Depuis le 17 septembre dernier, 27 décès supplémentaires ont été enregistrés.

Le reportage d'Alexandre Baudrand, Anthony Borlot et Carlos Zappala : 
 
 
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