Municipales 2020 : A Chalon-sur-Saône, le RN accusé d'avoir inscrit sur sa liste des candidats contre leur gré

Le Rassemblement National a-t-il forcé la main, voire manipulé certains des colistiers inscrits sur sa liste pour les élections municipales à Chalon-sur-Saône ? 4 d'entre eux l'affirment, dont une femme de 75 ans. Son avocat pointe le rôle de la préfecture alors que la tête de liste RN dément.
 

La tête de liste du Rassemblement National à Chalon-sur-Saône, Franck Diop (ici à droite)
La tête de liste du Rassemblement National à Chalon-sur-Saône, Franck Diop (ici à droite) © Anthony Borlot / France Télévisions
C'est l'une des 4 personnes qui affirme avoir été inscrite contre sin gré sur la liste du rassemblement National pour les élections municipales à Chalon-sur-Saône. Bernadette Commaret a 75 ans. Le mercredi 26 février, en début d'après-midi, 2 militants du Rassemblement National se présentent à sa porte. Ils discutent et lui font remplir un document. 

"Ce n'est qu'après, en discutant avec sa voisine qu'elle a compris." Me Vincent Barbier


"Ils sont venus chez elle sans trop lui expliquer" commence Maitre Vincent Barbier, l'avocat de Bernadette Commaret. "Ils ont photographié sa pièce d'identité. Ce n'est qu'après, en discutant avec sa voisine qu'elle a compris." Bernadette Commaret a donné son consentement. Elle est en 26e position sur la liste  "Ensemble pour Chalon" investie par le Rassemblement national.
 

Un manuscrit écrit par quelqu'un d'autre ? 


Dans un courrier, puis en se rendant à la sous-préfecture de Chalon-sur-Saône, Bernadette Commaret explique avoir été manipulée. Vendredi 28 février, elle est reçue par le secrétaire général de la préfecture. Elle constate alors que son nom figure bien sur la liste déposée par le Rassemblement National. Comme le veut la loi, un court paragraphe manuscrit précise son consentement à se présenter sur la liste. "La préfecture a constaté que son nom était écrit, mais que ce n'était pas son écriture. Il y avait aussi une erreur sur la date de naissance, "1955" alors que ma cliente est née en 1944."

"C'est un peu scandaleux. La sous-préfecture savait qu'il y avait un problème." - Me Vincent Barbier


Pourtant, quelques heures plus tard, la préfecture délivre un récépissé définitif à la tête de liste du Rassemblement national, Franck Diop. Sa liste de 43 noms est validée. "C'est un peu scandaleux, réagit M. Vincent Barbier. La sous-préfecture savait qu'il y avait un problème. On ne comprend pas comment ce récépissé a pu être délivré alors que le problème avait été signalé par un courrier puis par une visite sur place." Selon l'avocat, 4 autres personnes inscrites sur la liste sont dans une situation similaire. 

Un recours rejeté par le tribunal administratif

Le tribunal administratif de Dijon a été saisi le 28 février d'une demande "d'annuler la décision d'enregistrement de la liste Rassemblement National aux élections municipales de Chalon-sur-Saône et de retirer le nom de la requérante de cette liste".

Lundi 2 mars, le référé-liberté de Bernadette Commaret a été examiné. Il a été rejeté. 

Sollicitée, la préfecture de Saône-et-Loire se range derrière la décision du tribunal : "En effet, il appartient au seul juge de l'élection, dans le cas où il serait saisi à l'issue du scrutin, de rechercher si la présentation de la liste a été entachée d'une manœuvre et, dans l'affirmative, si celle-ci a eu une influence sur la sincérité du scrutin." En clair, si une éventuelle décision judiciaire doit a voir lieu, elle interviendra après le scrutin. 
 

"Je ne suis pas un voyou. Je n'ai jamais forcé personne !" - Franck Diop


Contacté, Franck Diop, la tête de liste du Rassemblement National dans la commune dément formellement. « Je ne suis pas un voyou ! Je ne suis pas un professionnel de la politique. J’ai un métier à côté. Je n’ai pas le temps de m’occuper de ce genre de manipulations politiciennes. Ce que je ne peux pas tolérer, c’est de salir un nom !  »
 

Tromperie ou revirement ? 


Selon la tête de liste, il n’est pas possible que les personnes qui ont accepté d’inscrire leur nom sur la liste n’aient pas été d’accord. « Je n’ai jamais forcé personne. Quand on se présente aux portes, on explique systématiquement qui nous sommes, "Franck Diop, candidat RN aux municipales". Si les gens ne sont pas d’accord pour discuter, ils nous ferment la porte. Sur les documents Cerfa, le Rassemblement national est bien inscrit. C’est compliqué de ne pas savoir dans quoi on s’engage.»
 

"Il y a un gap entre la protestation personnelle et l’engagement sur une liste" - Franck Diop


Selon le candidat, qui affirme que cet épisode ne change rien à sa candidature, le revirement de certains de ses colistiers peut cependant s’expliquer. « Ces personnes ont sans doute été contactées par leur famille. Il y a eu des pressions. Elles se sont senties apeurées. Il y a un gap entre la protestation personnelle et l’engagement sur une liste. Moi-même, en tant que tête de liste, j’ai mis beaucoup de temps à me décider. »
 

En 2014, la même polémique à Chalon-sur-Saône

Il y a 6 ans, une polémique semblable avait déjà eu lieu dans plusieurs communes dont Chalon-sur-Saône. A l'époque, le Front National affirmait que des pressions avaient été exercées par divers maires ou adjoints contre des colistiers FN pour les inciter à se retirer de la course. Un signalement au procureur avait été fait après "plusieurs courriers" de personnes disant avoir été inscrites à leur insu sur la liste FN de la ville. Marine Le Pen avait alors annoncé son intention de porter plainte. 

 
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