Harcèlement scolaire : Emmanuelle Piquet donne des "flèches de résistance" pour répondre aux agressions

La thérapeute mâconnaise Emmanuelle Piquet, spécialiste du harcèlement scolaire, est au centre du documentaire "Les indiens contre-attaquent" diffusé sur France 2 ce mercredi 8 novembre. Depuis 2008, elle apprend aux enfants victimes à se défendre.

Et si on regardait le harcèlement scolaire sous un autre angle ? Depuis 2008, à Mâcon, la thérapeute Emmanuelle Piquet propose des thérapies brèves aux enfants et adolescents victimes de harcèlement. Elle écoute leur souffrance et leur propose des outils concrets pour répondre aux agressions : "C'est une manière résolutoire de voir le harcèlement" explique Emmanuelle Piquet. "Depuis longtemps, beaucoup de personnes dressent des constats, souvent très justes de la situation, expliquent les conséquences, traitent les souffrances. Mon approche est différente. Je me place à côté des enfants. Je les écoute et je vais les inciter à puiser dans leurs ressources pour se défendre."

La parole est une arme pour "faire changer l'inconfort de camp". En consultation avec ses jeunes patients, Emmanuelle réfléchit avec eux aux paroles qui pourraient faire mouche : "Faire preuve de répartie, sans agressivité physique, permet souvent de faire tomber le harceleur de son piédestal devant sa "meute". Il hésitera la fois suivante à s'exposer."

Ces remarques bien senties, aiguisées, ont été renommées "des flèches de résistance" par de jeunes patients. Le terme est resté dans le cabinet qu'Emmanuelle Piquet et sa dizaine de collègues occupent à Mâcon. Les enfants repartent de leur cycle de trois ou quatre consultations avec un carquois remplis de flèches pour se défendre face aux moqueries, aux coups et à la souffrance. C'est ce qui a donné son titre au documentaire réalisé par Guillaume Estivie et produit par Mélissa Theuriau, "Harcèlement scolaire : les Indiens contre-attaquent" qui sera diffusé mercredi soir sur France 2 à 23.05.

Un documentaire ? Jamais !

A ce jour, Emmanuelle Piquet n'avait jamais accepté les propositions de documentaires : "Il était hors de question pour moi que des jeunes harcelés soient filmés car je craignais que cela les mette en danger. J'ai accepté ce film car on ne reconnaît pas les patients et tous les prénoms ont été changés. J'ai aussi accepté parce que j'apprécie le travail de Guillaume Estivie et Mélissa Theuriau." 

Il s'agit de dire que l'enfant harcelé a des compétences et des aptitudes relationnelles. Il a un impact sur cette situation de harcèlement.

Emmanuelle Piquet, thérapeute, fondatrice du groupement Chagrin scolaire

Les consultations, filmées discrètement, permettent aux téléspectateurs de découvrir la méthode que prône Emmanuelle Piquet, celle de l'école de Palo Alto. Le documentaire le montre bien : "Au fur et à mesure des consultations, même s'ils sont de dos, on voit que les enfants se redressent."

Près de 400 consultations pour enfants et adolescents sont désormais assurées chaque mois dans les locaux mâconnais de Chagrin scolaire. Une trentaine de thérapeutes du groupement Chagrin scolaire exercent à Paris, Lille, Lyon et même en Belgique et en Suisse. Outre leur activité de consultation, les professionnels proposent de la supervision et de l'analyse des pratiques notamment pour des personnels de l'Education nationale.

Parler du harcèlement scolaire

A la veille du 10 novembre, journée nationale de lutte contre le harcèlement à l'école, Emmanuelle Piquet se réjouit de la diffusion de ce documentaire qui, espère-t-elle, donnera quelques clés à "des parents en état de détresse, des professionnels de l'enfance qui peuvent être démunis et même des enfants". Elle ira le présenter fin novembre dans un collège mâconnais avec l'équipe du film.

Même si l'omerta est levée et qu'il y a désormais une vraie prise de conscience du harcèlement scolaire, de nouveaux sujets d'inquiétude émergent : "Depuis un peu moins d'un an, nous faisons face à un nouveau phénomène. Des enfants arrivent en consultation car ils sont totalement isolés dans leur établissement. Il n'y a pas de harcèlement manifeste avec des coups, des insultes mais personne n'entre en relation avec eux. L'Education nationale ne sait pas encore comment gérer cette question." 

Pour partager ses expériences et ses conseils, Emmanuelle Piquet participe à des conférences, des TEDx et a publié de nombreux livres.