Pourquoi les préfets demandent aux chasseurs de tuer plus de sangliers (et pourquoi ça ne marche pas)

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Écrit par B.L.
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Archives. © Pierre HECKLER / MAXPPP

Avec des hivers doux, les sangliers se reproduisent plus vite. Cette prolifération provoque des accidents routiers et ferroviaires et des dégâts aux cultures. Les préfets demandent aux chasseurs "d’augmenter la pression de chasse", mais le message a du mal à passer. On vous explique pourquoi. 

C’est quoi l’agrainage des sangliers ?

En Saône-et-Loire, le préfet vient de demander une nouvelle fois aux chasseurs "d’augmenter la pression de chasse". A l’approche de l’hiver, il a pris un arrêté pour interdire l’agrainage des sangliers sur l’ensemble du département du 1er décembre 2019 au 29 février 2020.

L’agrainage consiste à donner de la nourriture au gibier, ce qui l’aide à survivre à l’hiver. "En Saône-et-Loire, l’agrainage de dissuasion est le seul mode d’agrainage autorisé, sous certaines conditions. Il a pour but de détourner les sangliers des cultures lorsqu’elles sont vulnérables, en les maintenant dans les milieux forestiers. En période hivernale, il n’y a plus de cultures sensibles. Par conséquent, l’agrainage de dissuasion ne se justifie plus", rappelle le préfet.

Il faut dire que la pratique de l’agrainage provoque la colère des agriculteurs, car donner à manger aux animaux contribue à augmenter le nombre de sangliers, qui causent ensuite de nombreux dégâts dans les champs.
 

 

Pourquoi les chasseurs donnent-ils à manger aux sangliers ?

Après la Seconde Guerre mondiale, le grand gibier (et notamment les sangliers) était plutôt rare. Des mesures ont donc été prises pour leur réintroduction. Conséquence : "depuis la fin des années 1980 et surtout les années 1990, ces populations ont augmenté de manière exponentielle", indique le rapport d’une mission parlementaire de mars 2019.
Parallèlement, le nombre de chasseurs ne cesse de diminuer. Ils étaient 2,2 millions en 1975, contre environ 1 million aujourd’hui.

Aujourd’hui, face à la surpopulation de sangliers et aux dégâts que cela entraîne, l’heure est désormais à la régulation. Pourtant, indique le rapport, "il est fréquent d’entendre des chasseurs exprimer qu’ils ne souhaitent pas tirer davantage durant la saison de chasse, pour que suffisamment d’animaux soient présents l’année suivante".

"Les fédérations craignent qu’en cas de régulation efficace parvenant à faire fortement baisser les effectifs de grand gibier, la diminution des tableaux de chasse qui en résulterait n’engendre une diminution encore plus forte du nombre de chasseurs.

Si le gibier se fait rare, les chasseurs pourraient en effet être d’autant moins tentés de poursuivre leur activité de chasse. Les ressources financières des fédérations risqueraient alors de diminuer d’autant. Les fédérations sont donc partagées entre le souhait de réguler les populations et celui de les maintenir à un niveau suffisamment élevé pour tenir éloigné ce risque d’effondrement de leurs ressources humaines et financières."

 
 

Comment régler le problème de la prolifération des sangliers ?


Pédagogie et dialogue font partie des principales solutions préconisées pour régler le problème.
"Il est nécessaire de mettre tous les intervenants autour de la table, pour engager un dialogue", résume la mission parlementaire.

Pour cela, "chasseurs, agriculteurs, forestiers et services de l’Etat doivent commencer par écouter et prendre en compte l’expérience vécue par leurs interlocuteurs" :
-les agriculteurs pourront exprimer les difficultés rencontrées en raison des dégâts et de leur besoin pour protéger leurs cultures
-les chasseurs devront évoquer les difficultés liées à leurs effectifs limités, à l’embroussaillement et rappeler leur souhait que leur activité demeure un loisir et non une activité professionnelle, etc
-les forestiers expliqueront leur plan de gestion sylvicole et leurs besoins de plan de chasse liés aux interventions prévues sur les peuplements, etc.

En résumé, une grande partie de la solution passe par "un changement de regard difficile mais indispensable de la part de la communauté des chasseurs", insiste le rapport.

 
 

Qui va payer la facture qui est de plus en plus lourde ?


Ce sont les chasseurs qui doivent indemniser les agriculteurs dont les cultures ont subi des dégâts. Pour la saison de chasse 2016-2017,  par exemple, ils ont payé 37 millions d'euros au titre de l'indemnisation "grand gibier", dont le sanglier est le principal responsable. En ajoutant les coûts d'estimations des dégâts, des gestions de dossier et d'actions de prévention, la facture grimperait à 60 millions, selon le rapport parlementaire.

Les dégâts se concentrent dans le nord-est de la France, et notamment en Bourgogne-Franche-Comté. Au total, "19 départements concentrent 50% des montants indemnisés", indique le rapport parlementaire.

"Nous ne sommes plus en mesure financièrement de payer", déclare Willy Schraen, président de la Fédération nationale des chasseurs (FNC), interrogé par l'AFP le 20 octobre 2019. Il existait un pot commun national pour ces indemnisations. Mais il vient d'être supprimé par le gouvernement au profit d'un système de dédommagements au niveau local, dans l'idée de responsabiliser davantage les fédérations de chasse départementales.

"Il y a plein de territoires qu'on ne maîtrise plus", assure Willy Schraen, qui cite les zones périurbaines où il est impossible de chasser avec des armes à feu car trop dangereux, des espaces naturels protégés ou des forêts où les propriétaires refusent la chasse. "On souhaite changer la loi" pour ne plus être les seuls à payer le montant des dégâts, dit le président de la Fédération nationale des chasseurs.

 

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