Nucléaire : le groupe Areva va-t-il "réussir" sa restructuration ?

Areva va "réussir" la restructuration profonde qu'il a engagée pour faire face à d'importantes difficultés financières et redevenir "un pilier" de la filière tricolore, assure Philippe Varin, président du groupe nucléaire français.

Quels sont les obstacles que doit franchir Areva ?

C’est une "conviction profonde", "nous allons réussir", a assuré Philippe Varin à l’assemblée générale des actionnaires jeudi 19 mai 2016. 

Areva, qui possède plusieurs sites en Saône-et-Loire, a vu le jour en 2001 avec l'ambition d'être un champion sur l'ensemble du cycle de l'atome, de l'uranium au réacteur. Mais ces dernières années, le groupe a essuyé plusieurs échecs attribuables aux déboires de son réacteur EPR en Finlande, au fiasco financier de l'acquisition d'Uramin et à la morosité du secteur nucléaire depuis l'accident de Fukushima (Japon) en 2011.

Une nouvelle difficulté est apparue il y a quelques semaines : des "anomalies" ont été décelées dans le contrôle des fabrications à l'usine du groupe au Creusot, en Saône-et-Loire. C’est sur ce site qu’a été fabriquée en partie la cuve de l'EPR de Flamanville, dont l'acier présente un défaut de composition. Areva a dit ne pas exclure des falsifications.


Quel est le plan d'Areva pour assurer sa survie ?

Aujourd’hui, Areva joue sa survie. Le spécialiste du nucléaire a lancé un plan de sauvetage en deux volets : la cession de la majorité de son activité réacteurs Areva NP à EDF et un renflouement par son actionnaire à 86,5%, l'Etat français, dans le cadre d'une augmentation de capital de 5 milliards d'euros. Le tout est assorti d'un plan d'économies qui prévoit la suppression de 6 000 postes d'ici à 2017, dont plus de 200 en Saône-et-Loire.

"Certes notre groupe est confronté à une situation très complexe, qui résulte soit de facteurs externes (accident de Fukushima, la dégradation des marchés), soit de facteurs internes, qui sont liés à des décisions et modes de fonctionnement passés", admet Philippe Varin. Mais "nous allons réussir, parce que nous n'avons qu'un seul objectif : c'est de construire un avenir pour Areva pour que la société redevienne un pilier de la filière nucléaire française avec des liens renforcés et en synergie totale avec EDF et le CEA" (Commissariat à l'énergie atomique), dit-il.



Que fera le nouvel Areva restructuré ?

Une fois sa restructuration terminé, le nouvel Areva se recentrera sur le seul cycle du combustible nucléaire (extraction, transformation et recyclage de l'uranium) et verra sa taille divisée par deux.
En 2015, le groupe est resté dans le rouge pour la cinquième année consécutive, avec une perte nette de 2 milliards d'euros pour un chiffre d'affaires (hors Areva NP) de 4,2 milliards.

"Nous allons réussir parce que la détermination, la mobilisation et l'engagement de la direction générale sont totales pour redresser l'entreprise malgré les difficultés. C'est un travail qui est titanesque", reconnaît le président du conseil d'administration. La cession d'une participation de 51% d'Areva NP à EDF est conditionnée par l'électricien français à la résolution du différend entre le consortium Areva-Siemens et son client finlandais TVO, qui se réclament des milliards d'euros d'indemnités pour les retards et surcoûts du chantier, censé s'achever en 2018.