Saône-et-Loire : ils cultivent des champignons dans un tunnel ferroviaire désaffecté

Une champignonnière s'est installée dans un lieu insolite en Saône-et-Loire : un tunnel ferroviaire désaffecté. Il faut dire que l'endroit a des conditions de température et d'humidité parfaites pour cultiver pleurotes et shiitaké.

L'endroit n'est pas banal mais il possède des conditions de température et d'humidité idéales. À Culles-les-Roches, entre Chalon-sur-Saône et Montceau-les-Mines en Saône-et-Loire, un ancien tunnel ferroviaire s'est transformé en champignonnière.

Trois myciculteurs, c'est ainsi qu'on appelle ceux qui font pousser des champignons, partagent le lieu depuis 2017. Manuel Dufour s'y est mis il y a deux ans. "C'est un endroit qui est tout à fait atypique, perdu au milieu des bois. Le tunnel date de la fin du 19e siècle. Il fait 6 mètres de haut et 4 mètres 50 de large", décrit-il. 

Trois variétés de champignons y sont cultivés sur un substrat composé de paille compressée. Des pleurotes gris et des shiitakés toute l'année, des pleurotes jaunes en été.

Du vin un temps stocké à cet endroit

Le tunnel ne sert plus à la SNCF depuis "la fin des années 1950, ou des années 1960", croit savoir le cultivateur. Après sa désaffection, il a accueilli une première fois une champignonnière à la fin des années 1980, avant que des vignerons de Buxy ne s'en servent de cave pour y faire du vin de garde. Mais cela n'a pas duré. "Ils ne pouvaient mettre que des bouteilles sans étiquette à cause de l'humidité, et puis c'était loin, donc ils ont arrêté l'exploitation du tunnel".

Manuel Dufour, ancien employé communal, se plaît dans sa nouvelle activité. "Je vais aux champignons depuis que je sais marcher, donc c'est un univers que je connais bien", confie-t-il.

Une culture sans aucun produit chimique

Il exploite 100 mètres linéaires au sein du tunnel. Sa production monte en puissance et il espère parvenir à récolter "entre trois et quatre tonnes" en 2022. 

Le shiitaké est le deuxième champignon le plus cultivé au monde et le pleurote le troisième. On ne fait donc pas dans l'exception. Le pleurote jaune, lui, est un peu moins cultivé.

Manuel Dufour, myciculteur

"Ce qui nous a fait nous orienter vers ces variétés-là, c'est qu'on arrive à les faire pousser sans aucun intrant. C'est très important pour nous", détaille-t-il. Ce travail sans engrais ni produit phytosanitaire va bientôt déboucher sur une certification bio, les démarches sont en cours.

Le tunnel permet d'obtenir naturellement une température très stable, autour de 13 degrés tout l'année. Un environnement très favorable, pour la culture du champignon. "On a une amplitude thermique inférieure à 3 degrés. L'année dernière, au plus bas, nous étions à 11,6 °C et au plus haut à 14,5 °C."

Le taux d'humidité, lui, est toujours supérieur à 90, voire à 95 %. Des conditions parfaites pour les pleurotes. "Quand tout se passe bien, on a des champignons au bout d'une semaine. Et quand ils arrivent, l'expression pousser comme des champignons n'est pas surfaite. Après une première pousse très abondante, on a ensuite plusieurs pousses supplémentaires. Mais elles sont moins fournies."

Une diversification en projet

L'autre variété qu'il cultive, le shiitaké, est plus capricieux. "Là j'en ai qui sont en place depuis quatre semaines, et ils n'ont toujours pas poussé", explique Manuel Dufour.

Les trois myciculteurs installés dans le tunnel sont pour l'instant indépendants. Ils vendent leur production principalement en circuit court, sur des marchés locaux, à des restaurateurs ou dans des épiceries spécialisées. 

"Nous sommes en train de réfléchir à la création d'un groupement d'intérêt économique, pour développer l'activité auprès de grossistes et de différents revendeurs", précise Manuel Dufour. Ils envisagent aussi de se diversifier, en se lançant dans la culture d'une plante qui apprécie elle-aussi l'obscurité et l'humidité : l'endive.

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