"Tôt ou tard, le loup reviendra" : en Saône-et-Loire, éleveurs et écologistes opposés sur l'abattage du loup

Les réactions fusent après la mort d'un loup, abattu vendredi 13 novembre, après l'attaque de plusieurs troupeaux en Saône-et-Loire. Les agriculteurs se disent soulagés, mais inquiets tout de même pour l'avenir de l'élévage. Quant aux associations de défense animale, elles dénoncent un gâchis.

Cliché pris dans la nuit du 26 au 27 juillet 2020, dans le Charolais.
Cliché pris dans la nuit du 26 au 27 juillet 2020, dans le Charolais. © Office français de la biodiversité
Les réactions fusent sur les réseaux sociaux après l'annonce de la mort d'un loup vendredi 13 novembre à Saint-Romain-sous-Gourdon, vers 19h lors d'une opération de tir de défense autorisée par les services de l’État. Depuis le mois de juin, plusieurs troupeaux ont été attaqués et 119 bêtes tuées en Saône-et-Loire.
 

Bonne nouvelle pour les agriculteurs


Pour les éleveurs, la mort de cet animal est une bonne nouvelle. "C'est un soulagement" confie Pascal Chaponneau, président de l’organisme de sélection du mouton charollais. "Ca faisait presque 5 mois que ça durait. C’était désagréable de se lever le matin et de ne pas savoir dans quel état on va retrouver nos lots de brebis." 

Lui aussi est satisfait que le loup ait été abattu. Denis Berland est éleveur à Viry. Avec son frère, Luc, il produit des bovins et ovins charolais. Cet été, son troupeau a subi une attaque du loup durant laquelle il a perdu six de ses bêtes. "On a été beaucoup éprouvé. J’ai trois enfants, ils ont mangé du loup matin, midi et soir. C’est une perte financière, du travail en plus mais surtout moralement, c’est usant, destabilisant." 

Inquiet pour l'avenir de la filière


Si aujourd'hui, Denis Belrand se dit "soulagé" comme beaucoup de ses confrères, il a peur pour les années à venir. "On sera encore améné à gérer ce problème là, c'est sûr. Je suis la cinquième génération dans la famille. Je suis inquiet." Certain que le loup va revenir sur le territoire, il s'inquiète de l'avenir de la filière ovine car on lui demande aujourd'hui d'adapter son travail sur l'exploitation à la présence de loup. "On nous demande de sortir nos animaux. Et à coté de ça, on nous demande de rentrer nos animaux à cause d’un loup. On marche sur la tête." Pour lui, il est évident que le gouvernement doit revoir le plan loup. 
 

ll faut changer le plan loup et nous donner le droit de tirer dès qu’un loup attaque chez nous."

Pascal Chaponneau, président de l'organisme de sélection du mouton charolais



Un avis partagé par Pascal Chaponneau. "Il faut tout revoir et il faut se mettre autour d’une table. Il faut changer le plan loup et nous donner le droit de tirer dès qu’un loup attaque chez nous sans être obligé de poser des kilomètres et des kilomètres de filet, de dépenser une fortune payée par le contribuable en sachant pertinemment que cela ne fonctionne pas chez nous."
 

Une aberration écologique pour la défense animale


Muriel Liviero est trésorière de l'association Le Klan du loup. Elle s'accorde à dire aussi qu'il faut se mettre autour de la table pour trouver d'autres alternatives. Si elle parle aujourd'hui "d'aberration écologique et de gâchis monumental", selon elle, "une protection sur un certain territoire, cela s’étudie. C’est du cas par cas. Je suis consciente du travail que l'on demande aux éleveurs. Il y a un équilibre à trouver mais malheureusement les éleveurs pensent qu’en tuant le loup, cela leur rend service mais pas du tout. De cette manière là, ils ne se mettent pas à la page et n’apprennent pas à vivre avec. Tôt ou tard le loup reviendra et on se retrouvera avec le même problème."

L'association Combactives, qui a lancé un recours contre contre l'arrêté de la préfecture de Saône-et-Loire autorisant l'abattage d'un loup, crie elle au scandale. Pour Fabien Robert, président de l'association de défense animale, "c’est quelque chose d’aberrant. On a aujourd’hui que les alternatives sont viables." Selon lui, "il n'y a  pas de remise en question de ces éleveurs qui pensent que le loup n’a pas la place chez nous. L'élevage doit évoluer aujourd’hui, c’est une évidence absolue."

 

Des preuves ADN de l'implication du loup


L’association le Klan du loup s’inquiète surtout des conditions dans lesquelles ont été pratiqués "les tirs de défense" par les agents de l’Office français de la biodiversité et des louvetiers. Elle dénonce aujourd'hui le fait qu'aucun résultat de prélèvement d'ADN n'ait véritablement authentifié le loup comme responsable de toutes ces attaques. 
 

Si la présence du loup aurait été confirmée grâce aux images, le Klan du Loup, conteste la méthode et demande davantage de tests, notamment ADN pour attester de la présence de l’animal sur le territoire et confirmer son implication dans toutes les attaques dénombrées en Saône-et-Loire.

"Cela fait cinq mois qu’on accuse le loup de prédation sans aucune preuve scientifique ADN qu’il s'agit bien d’un loup" avance Muriel Liviero."Au 26 octobre, l’association a reçu un courrier de l’OFB nous disant qu'effectivement des prélèvements avaient été effectuées mais au moment du courrier, pas de résultats à nous communiquer. Cela veut dire que depuis cinq mois, on a traqué et tué une bête sans savoir si elle était à l’origine de toutes les attaques."

 
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