Mobilier urbain : un patron du Jura écrit sa colère aux habitants de Belfort après avoir été écarté d’un appel d’offres

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Le patron de Girodmédias estime que la ville de Belfort a pris une « mauvaise décision avec des conséquences pour les contribuables »  en attribuant à son concurrent JCDecaux le contrat de mobilier urbain pour 15 ans. Il l’a fait savoir en envoyant un courrier à chaque foyer belfortain. Le maire de Belfort, Damien Meslot (LR) rétorque qu’il a choisi l’entreprise « mieux disante ».

Pourquoi dépenser près de 10 000 euros pour écrire aux Belfortains ? Philippe Girod, le responsable de Girodmédias, une société basée à Morbier dans le Jura, a voulu étaler au grand jour les reproches qu’il adresse à la municipalité de Belfort.

J’ai voulu informer les Belfortains de la façon dont pouvaient être gérées les finances publiques de leur commune Il y a un an, la ville a choisi de renouveler son contrat avec JC Decaux plutôt que de changer de fournisseur de mobilier urbain en choisissant Girodmedias. Cette mise en concurrence m’a coûté entre 50 et 60 000 euros. Quand vous dépensez autant d’argent et qu’au final vous estimez avoir la meilleure offre et qu’on vous dit que votre offre elle est aussi bonne techniquement que votre confrère et que vous êtes éliminé sur des critères environnementaux et de design ; il y a de quoi être frustré.

Philippe Girod, PDG Girodmédias

Un marché de plus d'un million d'euros sur 15 ans 

Philippe Girod, interviewé par nos journalistes Rémy Poirot et Eric Debief, précise avoir travaillé pendant un an pour tenter de décrocher ce contrat. « C’est un marché entre 1 et 1,2 millions d’euros pendant 15 ans » affirme-t-il. « Sur ce coup là, je suis comme un animal blessé » confie le chef d’entreprise.

Les contrats d’attribution de mobilier urbain sont complexes. Les entreprises installent des abribus, des plans de villes, des colonnes d’annonces culturelles, des grands panneaux d’affichages dans les villes, bref du mobilier avec des publicités. Les sociétés se chargent de leur installation, de leur entretien et reversent une partie des recettes publicitaires aux villes, c’est ce qu’on appelle une « redevance ». C’est ce qu’explique dans sa lettre, le patron jurassien, présent dans 250 villes en France.

Philippe Girod a répondu à un appel d’offres de Belfort publié en 2020 pour le renouvellement de la concession de service « concernant la mise à disposition, l’entretien et la maintenance du mobilier urbain » détenu jusqu’à présent par la société JCDecaux, qui annonce sur son site « accompagner 4.000 villes dans leur développement et leur transformation ».

Dans son courrier, Philippe Girod s’adresse directement aux contribuables de Belfort en leur affirmant qu’en choisissant JC Decaux, la municipalité ne privilégie pas l’aspect financier : « En faisant ce choix, la ville s’est privée d’une recette de 1 950 000 euros qu’elle aurait pu déduire de vos impôts. »

La proposition de Girodmédias est effectivement plus favorable en termes financiers. Nous avons pu consulter le rapport de l’agence spécialisée Agora. Girodmédias prévoyait de reverser une redevance de 4 825 497, 22  euros sur 15 ans alors que JC Decaux doit reverser une redevance annuelle de 2 515 698,66 euros.

Le maire de Belfort, Damien Meslot (LR) a réagi ce mercredi 3 novembre au courrier reçu par les Belfortains. Pour lui, il a privilégié le « mieux disant » en s’appuyant sur l’étude d’Agora.

Si quelque chose n’était pas clair, il fallait qu’ils saisissent le tribunal administratif. Le même procédé a été utilisé à Rambouillet qui avait choisi JC Decaux.

Damien Meslot, maire LR de Belfort

Girodmédias a effectivement envoyé un courrier aux habitants de Rambouillet en 2019 mettant en évidence le manque à gagner pour la municipalité de choisir son concurrent.

Je réponds à des appels d'offres toutes les semaines. En France et à l'étranger. Quand je ne remporte pas de contrat, je ne fais pas toujours un courrier. Je l'ai fait à Rambouillet pour les mêmes raisons qu'à Belfort. Il y a eu deux recours au Tribunal administratif. Un que j'ai gagné, un autre que j'ai perdu. Le maire m'a attaqué en diffamation et il a été débouté."

Philippe Girod, PDG de Girodmédias

Pour le maire de Belfort, Damien Meslot, ces recettes ne seraient pas automatiquement assurées, le montant de la redevance peut varier si les annonceurs ne sont pas aussi nombreux que prévu.

Nous avons choisi celui qui offrait le meilleur rapport qualité prix. Les critères ont été la rapidité d’intervention, la qualité du matériel et son éco-responsabilité.

Damien Meslot, maire LR de Belfort

Des conseillers municipaux de Belfort ne sont pas convaincus par les explications du maire. Christophe Grudler (LREM) se souvient des débats lors du conseil municipal en décembre 2020.

Cela m’a forcément interrogé. C’était incompréhensible et même suspect que la municipalité choisisse d’avoir près de 2 millions d’euros de recettes en moins pour une simple question d’esthétique. Pour moi, ce sont des prétextes. Aujourd’hui, on augmente la taxe foncière car on a plus d’argent dans les caisses. C’est de la mauvaise gestion de se passer de cette somme.  

Christophe Grudler, conseiller municipal LREM d'opposition à la mairie de Belfort

Dans son rapport, la société Agora classe les deux entreprises concurrentes selon plusieurs critères : techniques, financiers et esthétiques. JC Decaux l’emporte sur les aspects techniques et esthétiques mais pas financiers.

Pour le patron jurassien, ces critères esthétiques et environnementaux sont «assez subjectifs ». Toute l’opposition a voté contre cette attribution du marché urbain à JCDecaux. A la suite de l’envoi de courrier, le groupe Belfort en grand a publié un communiqué sur facebook :

Un dossier opaque selon l'opposition

La conseillère municipale Mathilde Nassar (EELV-LFI) a également en mémoire le débat lors du conseil municipal de 2020. On trouvait que le dossier était opaque de tous les côtés, dit-elle.

Je ne pouvais pas dire quelle était la meilleure offre. Il y a des avantages et des inconvénients dans les deux offres. Pourquoi ne pas avoir été étudié en commission d’appels d’offre ?

Mathilde Nassar, conseillère municipale d'opposition EELV LFI à la mairie de Belfort

Les Belfortains continueront à attendre leur bus sous des abris JCDecaux, l’inventeur du mobilier urbain financé par la publicité. Le contrat sera renouvelable dans quinze ans.