Présidentielle 2022 : Comment Belfort, ville de droite encaisse la défaite de Valérie Pécresse et des Républicains

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Écrit par Sophie Courageot avec Emilien Diaz

Au premier tour de l'élection dimanche 10 avril, la candidate du parti Les Républicains Valérie Pécresse n’a pas dépassé la barre des 5%. Une désillusion dans les urnes. De Belfort jusqu’à Besançon, les Républicains arborent le second tour avec la gueule de bois, et des incertitudes pour les législatives.

Valérie Pécresse, ou l’échec criant des Républicains au premier tour de la présidentielle

4,8%. Au soir du premier tour, Les Républicains sont sortis affaiblis après un revers historique de leur candidate Valérie Pécresse ne totalisant que 4,8% des voix. À un tel point que le parti de droite ne sera pas remboursé des frais de campagne. Valérie Pécresse a lancé un appel aux dons, en révélant être endettée personnellement à hauteur de 5 millions d'euros. Un appel à l’aide largement moqué sur les réseaux sociaux.

Les Républicains qui jouent leur survie ont préféré une prudente position d'équilibre en appelant lundi 11 avril à ne pas voter Le Pen le 24 avril au second tour. La numéro 2 du parti, la député du Doubs Annie Genevard a souligné : "A Emmanuel Macron de convaincre, son sort ne repose pas sur les seules épaules des Républicains".

À Belfort, fief de la droite, le réveil est encore difficile

Au pied du Lion de Belfort, cette ville, ce département de droite sont toujours "groggy". Ici, Valérie Pécresse a obtenu 5,28% des suffrages, 800 voix seulement. Les Belfortains ont préféré voter Mélenchon à 29,54%, puis Macron 24,24%.

“On est tous très déçus. On pensait qu’elle ferait plus que cela, c’est très difficile à avaler” confie un Belfortain d’un certain âge.

“C’est une sacré claque pour Valérie Pécresse, moi, je n’ai pas voté pour elle, son programme, sa personnalité me déplait fortement…. Je pense que c’est un peu dépassé ce vieux schéma, droite, gauche. Emmanuel Macron a bien secoué le cocotier en 2017. Je pense que les gens ne se retrouvent plus dans le parti LR” estime une électrice belfortaine.

Rejoindre politiquement Macron, pas la bonne option selon le maire de Belfort Damien Meslot

Dans le bureau de Damien Meslot, maire de Belfort et ancien député LR, les résultats de dimanche soir sont encore dans les têtes. Une déception forcément, mais pas vraiment une surprise, les sondages n’étaient pas bons, les gens peu nombreux dans les réunions de campagne. Damien Meslot appelle à tirer les enseignements de la défaite. “Il faut reconstruire le parti, je pense aussi changer les hommes, et la ligne politique, et définir une nouvelle stratégie, et passer à une génération plus jeune. Le temps est venu pour certains d'arrêter, et pour d’autres de prendre la relève, je pense à des Ian Boucard ou Aurélien Pradié, qui sont de jeunes députés brillants, et qui peuvent amener du sang neuf à LR” réagit l’élu.

Certains doivent partir, le maire de Belfort cible Nicolas Sarkozy

“Il a fait son temps, il est temps pour lui de se consacrer à autre chose. L’ancien président de la République a annoncé mardi 12 avril qu'il voterait pour Emmanuel Macron qui est, selon lui "le seul en situation d'agir". Pour Damien Meslot, la droite républicaine ne doit pas partir rejoindre le train de La République en Marche. “Je crois que ce n’est pas parce qu'on a une défaite ou que les sondages sont mauvais qu’il faut désespérer" assure-t-il. “Et puis, vous savez tous ces gens qui vont à la soupe chez Macron, pour un petit plat de lentilles, ça a plutôt tendance à dégoûter les électeurs. Je pense que les gens ont de la reconnaissance et du respect pour ceux qui restent dans la ligne. En-tout-cas, je resterai fidèle aux Républicains et les élus du Territoire de Belfort également."

"Nous ne reconstruirons pas la droite en nous diluant dans le macronisme. Nous rebâtirons sur la fidélité à nos convictions", a affirmé sur Twitter le patron des sénateurs LR Bruno Retailleau, en parlant de "position personnelle" de Nicolas Sarkozy qui n'est "pas celle de notre famille politique".

Droite, gauche, centre, extrême… "les gens ne savent plus où ils sont”

Dimanche soir, avant que les résultats ne soient définitifs et scellés sous la barre des 5%, le sénateur LR du Doubs Jacques Grosperrin savait déjà que la situation était grave pour Les Républicains. “On n’imaginait pas qu’elle soit aussi basse… On a le sentiment que c’est un vote utile pour qu’elle soit descendue si bas, et qu' à un moment donné les électeurs LR ont voté pour Emmanuel Macron. On n’a pas réussi à desserrer l’étau entre les extrêmes, que ce soit Mélenchon ou Marine Le Pen. On se trouve dans une situation terrible pour notre parti politique, terrible pour nos futurs candidats aux législatives, même si on a un ancrage fort, ça nous questionne encore” concède l’élu de droite.

Jacques Grosperrin s’interroge sur l’effet Macron à long terme. “Je pense que c’est un parti politique qui ne survivra pas à l'arrêt de la carrière d’Emmanuel Macron, et qu’on reviendra peut-être à des blocs, droite, gauche, qui permettront à chacun de se situer, parce que maintenant, les gens ne savent plus où ils sont” affirme le sénateur Les Républicains du Doubs.