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Université de Bourgogne : vers la fin des Lettres Classiques ?

© France 3 Bourgogne
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Cette année, seulement cinq étudiants sont inscrits en première année de "Lettres Classiques" à l’université de Bourgogne. Un conseil d'administration a annoncé la fermeture des parcours qui comptent moins de 8 élèves. Certains craignent la disparition du département.

Par Charlotte Becquart

La rentrée 2016 aura été houleuse pour l’université de Bourgogne (uB). Après un rassemblement organisé la semaine dernière contre des réductions de financement, la contestation ne faiblit pas. En cause cette fois : une menace de fermeture qui planerait sur le parcours Lettres Classiques.

Une inquiétude croissante

La confusion règne depuis un conseil d'administration datant de juillet dernier. A l'ordre du jour : des coupes budgétaires et la potentielle fermeture des parcours comptant moins de 8 étudiants. Une décision qui inquiète côté "Lettres Classiques", puisque cette année, ce sont 5 personnes qui se sont inscrites en première année.

D'après une pétition lancée le 12 septembre 2016, la filière pourrait donc fermer sa licence 1 (L1) dès l'année scolaire actuelle. Une décision lourde de conséquences, qui pourrait signifier la fin de la deuxième année puis de la troisième année à long terme, faute d'étudiants formés en L1.

Léonie Ollagnier est étudiante en troisième année de thèse et dispense des cours au sein du département "Lettres Classiques". C'est elle qui a créé la pétition à destination d'Alain Bonnin, président de l'uB. Elle indique que l'université de Bourgogne leur a annoncé la nouvelle à la rentrée.

"En fin d'année scolaire, nous avions préparé la maquette de cours pour la rentrée en fonction des restrictions budgétaires", raconte-t-elle. "Nous avons fait beaucoup d'efforts pour mutualiser tous les cours entre niveaux et filières pour coûter le moins cher possible. A aucun moment il n'avait été question de fermer la L1, même si le nombre d'inscrits s'élève à 5. Pourtant, après la réunion de rentrée le 5 septembre et le début des cours magistraux, on a appris la nouvelle qui nous a laissés pantois."

Selon la doctorante, les modalités d’enseignement pour ces premières années sont très confuses. Les cinq étudiants inscrits seraient pris en charge au sein d’un autre cursus. "On nous a dit que les étudiants de première année seraient basculés en "Lettres Modernes", avec une option "Lettres Classiques"", rapporte-t-elle. "Le problème est qu'on n'attend pas le même niveau dans les deux cursus. Il va manquer un grand nombre d'heures de grec, latin et littérature. Par cette mesure, l'université de Bourgogne renonce à sa prétention à l'excellence."

Cette disposition s’inscrirait dans le cadre de coupes budgétaires mises en place plus tôt dans le mois. Théo Sainte-Marie est un représentant du syndicat étudiant UNEF au conseil d’administration. Il explique que la situation s’est compliquée dès le premier conseil suivant la réélection d’Alain Bonnin à la présidence de l’université. "On nous a annoncé des restrictions budgétaires avant l'été", explique-t-il. "Si l’on comprend tout à fait que la situation est difficile, le problème est que le président préfère casser la formation au profit d’autres investissements".

L'opposition se constitue

En réaction à l’inquiétude d’élèves et de personnels, Léonie Ollagnier a créé une pétition s'opposant à la disparition de la L1 Lettres Classiques. Elle a recueilli plus de 2 200 soutiens en moins de 48 heures. Le texte, validé par des étudiants et personnels protestataires, parle d'une décision surprenante :

"Nous tenons en effet à souligner l’étonnement que nous ressentons face à la menace de suppression d’une filière qui offre à ses étudiants une formation exemplaire."

"Ces quatre dernières années, à l’agrégation interne, 51.5 % des inscrits ont été admissibles, 18% ont été reçus, et ce sont des étudiants de l’UB qui ont été majors du concours en 2014 et 2016. A l’agrégation externe, les résultats sont encore meilleurs, puisque ces quatre dernières années nous avons eu 100% d’admissibles et 75% d’admis, statistiques qui peuvent rivaliser avec celles des meilleures universités de France."







Proposer le même cursus, autrement

Du côté de la présidence de l’université, on ne comprend pas la polémique. Cyril Gomet, chef du cabinet d’Alain Bonnin, dément fermement la fermeture du cursus. "Ça n’a aucun sens et à aucun moment cela a été dit. Il y a certes des échanges permanents entre les différents acteurs de l’université, mais ils représentent un cheminement normal de rentrée", commente-t-il.

"Il est certain que nous faisons des économies, mais les efforts sont demandés à toutes les composantes. On a 10% d’étudiants en plus alors que notre budget ne bouge pas."

Eric Heilmann est doyen de l’UFR Lettres et Philosophie. Il explique qu’effectivement, cette année, les étudiants de "Lettres Classiques" sont considérés comme inscrits en "Lettres" et non pas en "Lettres Classiques". "Ça a toujours été le cas informatiquement, puisque "Lettres Modernes" et "Lettres Classiques" ont toujours eu un tronc commun", développe-t-il. "Regrouper ces étudiants permet d’éviter la fermeture prévue par le conseil d’administration de juillet dernier ainsi que la perte de financement."

Cela n’affectera en aucun cas le cursus, assure le doyen de l'UFR. "Nous avons négocié avec tous les enseignants pour savoir comment gérer les coupures budgétaires. Il y a eu des réductions de 10% décidées avant la rentrée, mutualisant deux UE en une seule. Mais ces coupures touchent tous les parcours et auraient été mises en place même si les 5 étudiants de "Lettres Classiques" avaient formé une promotion à eux seuls. Cet aménagement ne changera donc rien pour eux."

Toutefois, si la question est réglée pour l’année 2016/2017, des questions se posent pour le prochain contrat à passer avec l’Etat.

"Au-delà de cette rentrée, le problème est effectivement posé pour la prochaine période 2017/2021", annonce Eric Heilmann. "La question sera de savoir si on peut conserver la licence telle qu’on la connaît. Les lettres classiques font partie des filières en perte de vitesse, notamment avec la réforme du collège qui laissera moins de place aux langues mortes."

Du côté des protestataires, le futur collectif annonce qu’il saisira le tribunal administratif de Dijon si l’université ne fait pas machine arrière. Théo Sainte-Marie annonce que l'UNEF soutient cette initiative. "On pourrait également étendre la procédure à d’autres formations touchées par les réductions d’heures de cours", explique-t-il. "Si des étudiants s’inscrivent dans une filière et paient en pensant avoir tant d’heures de tel cours et que ceux-ci sont finalement diminués de 15 à 20%, ce n’est pas normal."

Une assemblée générale à destination des étudiants et personnels de l'uB se tiendra le mardi 20 septembre prochain.



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