Vaccination des femmes enceintes : "On est de plus en plus confrontés à des femmes enceintes qui font des formes graves"

Depuis mars, les femmes enceintes sont prioritaires pour la vaccination contre le covid dès leur deuxième trimestre. Une possibilité méconnue, pas toujours bien accueillie. Pourtant, les preuves s’accumulent contre les risques que le Covid-19 fait courir aux futures mères et à leur enfant.

Les femmes enceintes sont désormais prioritaire pour la vaccination contre le Covid-19, dès leur deuxième trimestre
Les femmes enceintes sont désormais prioritaire pour la vaccination contre le Covid-19, dès leur deuxième trimestre © Maxppp/Le Républicain Lorrain/Pierre Heckler

J’en parle, mais il n’y en a pas une qui m’a dit oui”. Au téléphone, cette sage-femme qui exerce dans le nord de la Franche-Comté soupire. Depuis le 4 avril, les femmes enceintes sont prioritaires pour la vaccination contre le covid, à partir de leur deuxième trimestre. Mais sur le terrain, cette possibilité est souvent méconnue des patientes, et pas toujours très bien accueillie. “Elles me disent 'oh, je vais attendre', explique une autre maïeuticienne, bisontine, avec le manque de recul, elles n’osent pas trop”.

Pourtant, la Haute Autorité de Santé, le ministère de la Santé, et le Collège national des Gynécologues obstétriciens (CNGOF), s’accordent pour dire que tout laisse à penser que cette vaccination ne présente aucun danger pour ces futures mamans et leur enfant. En revanche, les risques que le covid leur font courir commencent à être connus. D’ailleurs, dès janvier 2021, le CNGOF, qui élabore les recommandations de la profession, appelait à cette mise en priorité, écrivant “ne perdons pas une chance de protéger nos patientes”. 

On est de plus en plus confrontés à des femmes enceintes qui font des formes graves, qui sont en réa, ou qui ont des complications fœtales.

Dr Huissoud, Responsable de la maternité de la Croix Rousse et Secrétaire général du CNGOF

Les multiples risques du covid-19 pour les femmes enceintes et leur grossesse

Le docteur Cyril Huissoud, responsable de la maternité à l’hôpital Croix Rousse à Lyon et Secrétaire général du CNGOF pour l’obstétrique, a participé à élaborer cette position. S’il n’existe pas de base de données permettant de compter les femmes enceintes parmi les malades et les victimes du covid, depuis plusieurs mois, il voit se succéder les femmes enceintes dans les services covid de son hôpital. “On en a toujours une en réanimation, parfois deux, raconte-t-il, c’est continu”. Des femmes plutôt jeunes, parfois sans aucune comorbidité. “On sait qu’il y a trois à cinq fois plus de risques de faire des formes graves à un âge équivalent”, expose le professeur, “on considère qu’une femme de 35 ans, elle prend 15 ans en termes de risques du fait de sa grossesse”. En effet, les capacités respiratoires et cardiaques des femmes sont réduites par la grossesse. Des situations très difficiles qui ont aussi des répercussions sur leur enfant : “les formes compliquées chez la mère conduisent à ce qu’on fasse naître l’enfant plus tôt”, pour avoir une chance de la soigner, raconte le médecin. 

Mais ce ne sont pas les seules complications auxquelles le covid expose les enfants : “quand elles ont eu le covid, elles font plus de complications classiques de la grossesse”, constate-t-il. C’est notamment le cas de la pré-éclampsie, un dysfonctionnement du placenta qui peut engager le pronostic vital de la mère et de son fœtus si elle n’est pas prise en charge à temps. “On a plus de risques de prématurité”, continue d'énumérer le docteur Huissoud.

Autre phénomène inquiétant : “On a de temps en temps des retards de croissance aigus, même chez des femmes qui ont fait des formes très peu symptomatiques du covid”. Une étude américaine avait déjà pointé les effets négatifs que le coronavirus pouvait avoir sur le placenta, et une étude française est en cours de préparation sur le sujet. “Il y a quelques accidents aigus qui ont été rapportés, et qu'on est en train de publier”, confie le médecin. Selon lui, ces retards de croissances seraient jusqu’à deux fois plus nombreux lorsque la femme enceinte a eu le covid pendant sa grossesse. Un suivi mensuel rapproché des femmes étant dans ces situations est d’ailleurs recommandé par le CNGOF.

Des données très rassurantes 

Face à ces données inquiétantes, celles concernant la vaccination des femmes enceintes sont, elles, très rassurantes. “Les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont d’emblée vacciné les femmes enceintes, raconte le Dr Huissoud, et maintenant on a du recul sur des centaines de milliers de femmes qui l’ont été, qui ont accouché depuis, et il n’y a pas eu de problème”. En effet, aucun incident concernant une femme enceinte vaccinée n’a été rapporté. 

“On avait peu de craintes à avoir vis-à-vis des vaccins ARN, complète-t-il, les études animales sont rassurantes, et le principe de fonctionnement des vaccins laissait à penser qu’il n’y aurait pas de crainte particulière”. En France, seuls ces vaccins (Pfizer et Moderna) sont utilisés pour vacciner les femmes enceintes. De plus, ajoute-t-il, “les femmes enceintes qui ont fabriqué des anticorps les ont transmis au bébé”. Un argument de plus pour leur proposer la vaccination contre le sars-cov-2.

 

 

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