Venizy : une plaque commémorative pour un couple de “Justes”

La plaque commémorative dévoilée ce vendredi 29 novembre / © FTV
La plaque commémorative dévoilée ce vendredi 29 novembre / © FTV

Un couple de Vénizy (près de Saint-Florentin, dans l'Yonne) a caché une famille juive pendant l'Occupation. Une plaque commémorative à la mémoire de ce couple de "Justes" a été dévoilée ce vendredi 29 novembre dans le village.

Par F.L.

L'histoire de la famille Zelik
Juda (Julius) Fechter, un immigrant juif polonais, a été arrêté en France début 1942, et envoyé dans un camp de détention.
Son épouse Tobe (née Gelbein) a été arrêtée le 12 juillet 1942, mais le policier français qui a procédé à l'arrestation n'a pas emmené ses deux filles, Eveline (née en 1934) et Dina (née en 1941), affirmant que le bus était plein.
Au lieu de cela, il suggéra qu'ils se rendent «à une adresse différente, s'ils en connaissaient une».
Tobe leur dit d'aller voir sa soeur, Tzipa Zelik; elle a ensuite été emmenée à Drancy, et peu de temps après, envoyée à Auschwitz.

En septembre 1942, Dina subit une opération aux amygdales. Dans le lit à côté d'elle, à l'hôpital, se trouvait l'une des filles d'Abel Fournier, Gisèle. 
Abel Fournier (né en 1904), est alors employé de la Société Nationale des Chemins de Fer français (SNCF) et membre de la résistance.
Fournier et la tante de Dina, Tzipa Zelik, se lient rapidement d'amitié.
Zelik a parlé à Fournier des problèmes de la famille : elle et ses filles, Salomé (née en 1927), Mirka Mora (née en 1928) et Marcelle (née en 1931) avaient été arrêtées et dirigées vers le camp de Pithiviers, avant d'être sauvées par un Ausweis (certificat de travail) que lui a envoyé son mari, Léon, lui aussi membre de la résistance. Elle ne savait plus à qui s'adresser. Fournier promet alors de les aider.

Avec l'aide du responsable de la résistance à la SNCF, Fournier trouve, pour la famille de sept personnes, une maison vide habitée près de chez lui, dans le hameau de Vigny, proche de Venizy (Yonne); le propriétaire de la maison, un ami de Fournier, était détenu en tant que prisonnier de guerre en Allemagne.
Mme Gisèle Fournier, fille d'Abel et de Suzanne Fournier, rendant hommage à ses parents, le 29 novembre 2019 / © FTV
Mme Gisèle Fournier, fille d'Abel et de Suzanne Fournier, rendant hommage à ses parents, le 29 novembre 2019 / © FTV

Abel et Suzanne Fournier, aux côtés de la famille Zelik
L’épouse d'Abel Fournier, Suzanne (née Morin), a énormément aidé Zelik, qui était au point de craquer, après tout ce qu’elle avait traversé.
Les Fournier ont subvenu à tous leurs besoins, en fournissant à la famille juive des terres pour cultiver des légumes, pendant deux ans, jusqu'à la fin de l'occupation en 1944.
Bien que les filles ne soient pas allées à l'école, les villageois étaient au courant de leur présence. et comme les Allemands campaient à quelques kilomètres de là, il y avait un danger permanent.

Après la guerre, Juda Fechter, qui s'était réfugié dans un hôpital pour handicapés mentaux, a retrouvé ses filles.
Il a immigré en Israël quelques années plus tard.

En 2005, Marcelle Madrange (née Zelik) et Eveline Harosh (née Fechter) ont demandé à Yad Vashem (Institut international pour la mémoire de la Shoah) d'honorer la famille qui les avait sauvés.
Ensemble, avec le témoignage de la soeur d'Eveline, Dina, ils ont raconté que les Fournier, y compris leur fille Gisèle (aujourd'hui religieuse), avaient agi par souci d'humanité, en prenant des risques énormes et sans aucune compensation financière.
Cette histoire a également été mentionnée dans les mémoires de Mirka Mora. Le 17 décembre 2006, le Yad Vashem a reconnu Abel et Suzanne Fournier comme "Justes parmi les nations."

Le reportage de Baziz Djaouti et Yoann Etienne
Intervenants :
  • Ralph Menran, délégué Yad Vashem, Institut national pour la mémoire de la Shoah
  • Gisèle Fournier, fille de Suzanne et Abel Fournier, Justes parmi les nations
Vénizy : une plaque commémorative pour un couple de "Justes"


 

Qui sont les "Justes parmi les Nations" ?

L'appellation de "Juste parmi les Nations" adoptée par l'État d'Israël, selon une loi de 1953, désigne les non-juifs qui ont pris des risques importants, mettant souvent leur vie en péril, pour secourir les juifs voués à l'assassinat massif par l'Allemagne national-socialiste.
L'État hébreu a créé pour ces bienfaiteurs une distinction spéciale, accordée par une commission présidée par un juge de la Cour suprême.
Ceux qui en sont honorés reçoivent une médaille à leur nom, accompagnée de cette maxime biblique : « Quiconque sauve une vie sauve l'univers tout entier. »

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