Coronavirus : les violences intrafamiliales explosent pendant le confinement

C'est un chiffre inquiétant en Côte d'Or. Les interventions de police pour des violences conjugales et intrafamiliales ont grimpé de 30% en 3 semaines. Le chiffre atteint +127% en zone gendarmerie. Ce jeudi 9 avril, autorités judiciaires, forces de l'ordre et associations ont fait le point.
© LOIC VENANCE / AFP

C’est une augmentation impressionnante. En zone gendarmerie, le nombre d’interventions pour violences intrafamiliales a augmenté de 127 % depuis le début du confinement. Entre le 17 mars et le 8 avril, 84 interventions des gendarmes de Côte d’Or ont été enregistrées contre 37 l’an dernier sur la même période.

« Ces interventions ont lieu essentiellement de nuit et plutôt en fin de semaine » explique la Capitaine Anne-Charlotte Douchet de la Gendarmerie de Côte d’Or. « Soit, il s’agit d’un différend familial qui n’amène pas à la constatation de violences. Soit les victimes n’osent pas déposer plainte. » Car paradoxalement, le nombre de plaintes auprès des gendarmes pour des faits de violences intrafamiliales est, lui, en baisse de 20 % sur la même période. « Le confinement empêche peut-être les femmes de sortir discrètement pour porter plainte »

 

Une hausse significative des interventions au titre des violences intrafamiliales

En zone police, le constat est le même, avec une ampleur légèrement moindre. Depuis le 17 mars, la hausse du nombre d’interventions de police secours atteint 30 % pour des violences intrafamiliales. 106 interventions ont eu lieu ces 3 dernières semaines contre 81 l’an dernier sur la même période. Selon Bianca Lana, commissaire de police, il s’agit souvent d’interventions au sein de foyers où il y a « beaucoup de tensions, mais peu de faits qui peuvent conduire à une procédure judiciaire. »

"Le dépôt de plainte est un motif légitime de déplacement pendant le confinement ! "


Là aussi, alors que les interventions augmentent, entre le 16 mars et le 6 avril, le nombre de plaintes baisse de 80 % par rapport à l’an dernier. A noter que la baisse du nombre de plaintes était déjà importante depuis le début de l’année. Environ moins 30 %. « On suppose que certaines victimes hésitent à se déplacer. Mais le dépôt de plainte est un motif légitime de déplacement pendant le confinement ! » rappelle la commissaire.
 

Les violences intrafamiliales, une priorité pendant le confinement


Avec le confinement, déposer plainte est en effet plus difficile. Dans l’agglomération dijonnaise, les commissariats de Chenôve et des Grésilles ont par exemple fermé leurs portes. A Dijon, le commissariat central, place Suquet, reste ouvert, de même que celui de Beaune.

« En dépit des difficultés liées au confinement, les forces de l’ordre ont deux priorités, l’application du confinement et la lutte contre les violences intrafamiliales » affirme de son côté Eric Mathais, le procureur de la République de Dijon. Alors que l’activité du parquet a sensiblement baissé depuis le début du confinement, et notamment le nombre global de garde-à-vue, celles liées aux violences intrafamiliales sont restées stables.

« Dans la lutte contre les violences intrafamiliales, tous les dispositifs continuent à exister »


La semaine dernière, 4 suspects ont ainsi été déférés au parquet pour des faits de violences sur conjoint. Trois d’entre eux ont été écroués. Même si le nombre d’incarcérations global est en forte baisse pour éviter les risques de contamination en prison, « nous n’hésitons pas à le faire quand c’est nécessaire en matière de violences intrafamiliales » affirme le procureur.

Le parquet rappelle aussi que « tous les dispositifs continuent à exister ». La convention « éviction du conjoint violent » permet, en cas de plainte et quand les faits sont avérés, de contraindre l’auteur à changer de domicile. La remise aux victimes de « téléphones grave danger » reste également possible en cas de danger grave.
 

 

Du côté des associations, on constate le même phénomène. Une baisse des signalements mais qui ne correspond pas à une baisse de la violence. « On sait qu’habituellement, environ un tiers des femmes orientées vers nous, le sont par des partenaires qui sont fermés actuellement, avance Anne Joseleau, directrice de l'association Solidarité Femmes 21. Mais les personnes qui nous interpellent actuellement sont dans des situations assez tendues. Et nous sommes également interpelées par des femmes qui ne souhaitent pas déposer plainte. »

L'appel aux voisins


Depuis le confinement, la « carte » des violences intrafamiliales a donc sensiblement évolué. En Côte d’Or, les interventions pour des violences sur mineurs n’ont pas augmenté expliquent les forces de l’ordre. Mais le confinement entraine une promiscuité accrue qui exacerbe de matière significative les violences intrafamiliales selon les autorités. Les violences apparaissent au sein de nouveaux foyers. Et elle touchent surtout les conjointes.

Pour ne pas laisser ces victimes seules, Anne Joseleau en appelle à la solidarité. "On insiste sur ce que peuvent faires les voisins. Qu'ils n’hésitent pas quand ils entendent des choses difficiles, des violences, des bruits d’objets, qu’ils n’hésitent pas a faire intervenir les forces de l’ordre car on le voit, la période de confinement est une période à risque."

En pharmacie, le dispositif "masque 19"


Pour tenter de venir en aide aux victimes, plusieurs dispositifs ont été mis en place. Un point sur lequel insistent association comme représentants de l’Etat. Parmi eux, le dispositif "Masque 19" en pharmacie. Il prévoit la possibilité pour les femmes victimes de violences au sein du foyer de se rendre chez leur pharmacien pour appeler à l'aide. Un dispositif plus discret. Il permet une première prise en charge quand les associations sont fermées ou que sortir pour porter plainte est impossible en raison de la présence du conjoint.

"En cette période qui exacerbe les violences, c'est une excellente initiative qui permet le recueil de la parole au sein des officines" estime Orane Duchatel, Directrice de l'Association France victimes 21. La victime est ensuite orientée vers des associations qui restent actives même si leurs locaux sont fermés, ou vers les forces de l'ordre pour déposer plainte. En Côte d'Or, un premier conjoint violent a été interpelé grace à ce dispositif.
 
En Saône-et-Loire, face à la même montée des violences inrafamiliales, les autorités se mobilisent... Les interventions de gendarmes ont doublé. 116 ce mois-ci  contre 58 l'an dernier sur la meme période. 
Gendarmes, commerçants et élus sont en première ligne...

Le reportage à La Chappelle-Guinchay d'Elsa Bezin et Anthony Borlot. 
 
Intervenants :
Les solutions d'écoute en cas de danger
  • Le 17 en cas de danger imminent: C'est le numéro à composer en priorité en cas de danger imminent. C'est le seul numéro accessible 24h/24
  • Le 3919, une plate-forme d'écoute informe et oriente les femmes victimes de violences, mais aussi les témoins de violence. Durant le confinement, elle est ouverte de 9h à 19h
  • Le 114, un numéro d'alerte discret. Depuis le 1er avril, il permet aux femmes qui ne peuvent pas sortir de chez elles de donner l'alerte. A l'origine, c'est un numéro destiné aux personnes sourdes et malentendante
  • Le 119, le numéro de l'enfance en danger
  • Le 0801 901 911, pour les auteurs de violences : un numéro national pour les auteurs de violences
  • Un site internet : https://arretonslesviolences.gouv.fr
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