Viticulture : pourquoi le château de Pommard en Côte-d’Or a décidé de passer en biodynamie

Au château de Pommard, en Côte-d’Or, la terre entre les pieds de pinot noir est retournée à l'aide d'une charrue et d'un cheval. / © PHILIPPE DESMAZES / AFP
Au château de Pommard, en Côte-d’Or, la terre entre les pieds de pinot noir est retournée à l'aide d'une charrue et d'un cheval. / © PHILIPPE DESMAZES / AFP

Le château de Pommard rejoint quelques dizaines de domaines de Bourgogne qui sont déjà convertis à la biodynamie comme la Romanée-Conti, le Clos de Tart ou Bonneau du Martray. Une tendance qui ne cesse de se développer en France.

Par avec AFP

Un peu plus de 400 domaines viticoles dans toute la France ont adopté la biodynamie et cette tendance va croissant.

Le château de Pommard, un prestigieux domaine bourguignon racheté en 2014 par l'entrepreneur américain Michael Baum, a entrepris lui aussi de se convertir à la biodynamie.
 

On en revient à ce que nos ancêtres faisaient avant

 

C'est quoi la biodynamie ?


Dans les vignes, la terre entre les pieds de pinot noir est retournée à l'aide d'une charrue et d'un cheval. Avec un cheval, "on ne tasse pas comme avec un tracteur, donc la vie microbienne du sol n'est pas abîmée", explique Emmanuel Sainson, chef de culture du domaine. "On est vraiment sur le respect de la plante, du terroir. On en revient à ce que nos ancêtres faisaient avant".

De cette terre fraîchement retournée émergent des vers de terre ou des fourmis, que le labour a dérangés en plein travail. Un écosystème a repris possession des lieux. "La biodynamie, c'est la vigne, le sol, la plante, les raisins. C'est un tout, du bourgeon d'hiver jusqu'à la récolte."

La vigne est désormais traitée avec des préparations à base d'orties, d'osier ou de bouse de vache fermentée dans une corne.

 

Emmanuel Sala, directeur technique du château de Pommard, descend l'escalier menant à la cave / © PHILIPPE DESMAZES / AFP
Emmanuel Sala, directeur technique du château de Pommard, descend l'escalier menant à la cave / © PHILIPPE DESMAZES / AFP

Pourquoi cette technique semble-t-elle ésotérique ?

C’est un traitement "très proche de l'homéopathie", précise le directeur technique Emmanuel Sala. Il est destiné à activer les défenses naturelles de la plante et à se passer de produits chimiques de synthèse. Le soufre est toujours utilisé, notamment dans la vinification, mais en très petite quantité.

Le calendrier lunaire et les forces astrales rythment aussi les traitements de la vigne, la mise en bouteille et même les périodes idéales pour déguster le vin.

On a du mal à être pris au sérieux parce que ça paraît un peu surréaliste


Cette technique apparaît un peu trop ésotérique à certains esprits cartésiens. "On a du mal à être pris au sérieux parce que ça paraît un peu surréaliste, mais pourtant c'est la vérité", répond Emmanuel Sala, qui affirme ne plus s'en inquiéter et préfère mettre en avant le contenu de ses flacons.

Les vins sont "plus complexes" et reflètent davantage le terroir. "On le met en bouche et on prend une baffe parce que c'est un bol d'énergie qui arrive", décrit le maître de la vinification du château de Pommard, goûtant sur fût un Simone 2016, issu de l'une des premières parcelles cultivées en biodynamie.


Michael Baum, propriétaire du château de Pommard, en Côte-d'Or / © JEFF PACHOUD / AFP
Michael Baum, propriétaire du château de Pommard, en Côte-d'Or / © JEFF PACHOUD / AFP

Pourquoi un entrepreneur de la Silicon Valley a-t-il opté pour la biodynamie ?


En 2014, Michael Baum, jusqu'ici entrepreneur à succès dans la Silicon Valley, s'est offert le château de Pommard et ce clos de 20 hectares - le plus grand "monopole" (domaine privé d'un seul tenant) de la région. Quand on lui a parlé de biodynamie, le nouveau propriétaire, qui roule en voiture électrique, dit qu’il a "été convaincu très vite que c'est ce qu'il fallait faire". Il se dit emballé par cette "façon naturelle de faire du vin".

Cela permet de conserver un vignoble pendant 150 ans, contre 40 ou 50


En termes de main d'oeuvre, c'est "sans doute 3 à 4 fois plus cher les premières années", reconnaît-il. Mais à long terme, "c'est en fait moins cher, cela permet de conserver un vignoble pendant 150 ans, contre 40 ou 50 avec des cultures "commerciales", assure l'homme d'affaires devenu vigneron.

Il affirme aussi, sans vouloir le chiffrer, que le produit des ventes a déjà presque doublé, en particulier grâce à de nouveaux clients "qui apprécient vraiment cette approche".

Fin 2018, toutes les parcelles du domaine seront labourées à cheval et le directeur technique espère obtenir en 2019 la certification "Demeter", qui est avec "Biodyvin" l'un des deux labels biodynamiques.







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