Yonne : Un médecin mis en examen pour agression sexuelle sur une collègue. Ses patients désemparés.

La maison de santé de Charny-Orée-de-Puisaye où exerçait le médecin depuis septembre 2019 / © Google Streetview
La maison de santé de Charny-Orée-de-Puisaye où exerçait le médecin depuis septembre 2019 / © Google Streetview

L'interpellation a eu lieu lundi 10 février au matin à Charny-Orée-de-Puisaye. Le médecin généraliste exerçait à la maison de santé de la commune depuis septembre 2019. Il est accusé d'agression sexuelle par l'une de ses collègues. Les consultations sont suspendues.

Par Sébastien Letard

Le médecin généraliste a été interpelé lundi matin par les gendarmes de l’Yonne. Il est accusé « des faits d’agression sexuelle », selon le parquet de Sens. C'est l'un de ses collègues de travail qui a signalé les faits. Le médecin placé en garde à vue, a été mis en examen mercredi 12 février.

Alors que les investigations se poursuivaient et au vu des nouveaux éléments dont il disposait, le parquet de Sens avait décidé de prolonger la garde à vue du médecin jusqu'à mercredi matin.

Cinq victimes se seraient signalées. Ces personnes, exerçant des métiers de santé, auraient approché le médecin dans le cadre de leur vie professionnelle. Non seulement dans l'Yonne, mais aussi à Sens, et en Haute-Marne. 

Une instruction a été ouverte. Le médecin a été présenté devant un juge d'instruction pour les chefs d'agression sexuelle et harcèlement sexuel. Placé sous contrôle judiciaire, le médecin conteste les faits.

"Je suis tombé de l'armoire", explique Michel Courtois le maire de Charny-Orée-de-Puisaye. "Jai du mal à comprendre. C'est très déconcertant mais la justice doit faire son travail". 

Un médecin arrivé il y a 5 mois


La commune s'était particulièrement investie dans le recrutement de ce nouveau médecin généraliste. Arrivé en septembre 2019, le professionnel avait été recruté par un chasseur de tête. Il prenait le relais du dernier médecin parti en retraite. Cette arrivée au sein de la maison de santé avait été un soulagement après plusieurs années de disette. Face à la désertification médicale, les élus avaient même tourné un clip pour attirer les praticiens.

Il y a un danger pour les habitants sans médecin 


Depuis lundi, les consultations sont suspendues. "Il faut que je trouve un autre généraliste assez rapidement", explique Claudette, une patiente qui trouve porte close devant la maison médicale. "Je ne sais pas où on va se diriger." Seul autre médecin généraliste encore en place sur la commune nouvelle de Charny-Orée-de-Puisaye, le docteur Pascal Agricole. Ce mardi matin, son cabinet situé à Champignelles a subit de l'interpellation de son collègue. "Mon secrétariat a été débordé de coups de fils par des gens qui étaient perdus à la recherche d’un médecin. Tous les médecins étaient déjà en surcharge. Cela implique une surcharge a la surcharge."

La mairie tente de trouver une solution pour répondre aux besoins des patients. "Il y a urgence. Il y a un danger pour les habitants. Un seul médecin pour un bassin de population de 10 000 habitant, ce n'est pas possible. La pref a pris attache avec l’Agence régionale de santé (ARS) pour essayer de trouver une solution. Pourquoi pas mobiliser un médecin militaire ?" s'interroge l'élu. En attendant, l'ARS recommande de se tourner vers les cabinets médicaux voisins ou les services d'urgences. 

Pour l'instant, aucun signalement de la part de patientes n’a été signalée par le parquet.

150 plaintes contre des médecins en 4 ans


En septembre 2019, la Cour des comptes publiait un rapport où elle pointait du doigt le traitement des plaintes pour agression sexuelle par le conseil de l’ordre des médecins. Selon ce document, entre 2014 et 2017, « 150 plaintes pour des faits à caractère sexuel ont été enregistrées dans les chambres disciplinaires de première instance ».

La Cour des comptes dénonçait d’ailleurs le manque de réactivité du conseil de l’ordre sur le sujet. La plupart des médecins ayant fait l’objet de plaintes échappent aux sanctions internes, ce qui qui ne les protège pas de poursuite devant la justice. « Près de 43 % de ces plaintes [au conseil de l’ordre] ont fait l’objet d’un rejet. Les 57 % restants ont abouti, pour 11 %, à des avertissements ou blâmes, 5 % à des suspensions totalement assorties de sursis, donc sans effet immédiat sur l’exercice du praticien sanctionné ; 12 % ont abouti à des radiations et 29 % à des interdictions d’exercer assorties de sursis."

Un reportage de Yoann Etienne, Claude Heudes et Pascal Rondi


Intervenants
  • Claudette Hausson, patiente
  • Michel Courtois, maire de Charny-Orée-de-Puisaye
  • Pascal Agricole, médecin généraliste à Champignelles
  • Stéphanie El Halili, pharmacienne

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